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LA CHRONIQUE REVUE
du 15 février 2010




« Or le paradigme civilisationnel est fondé sur un pari […] : la prédominance, dans une société émancipée du capital, de l’“être” » sur l’“avoir”, c'est-à-dire la réalisation personnelle, par des activités culturelles, ludiques, érotiques, sportives, artistiques, politiques, plutôt que le désir d’accumulation à l’infini de biens de consommation. »
Cette citation est extraite de la contribution de Michael Löwy & Estienne de Rodary (coordinateurs du dossier) à l’opus 39 de la revue semestrielle Écologie & Politique, intitulé : Écologie critique de la pub, éditée par les éditions Syllepse.
Un remarquable numéro dans lequel les auteurs s’appliquent à analyser et à démonter les rouages d’une publicité envahissante, qui tend à nous réduire au rôle moutonnier et purement digestif de consommateurs. Une publicité qui squatte nos cerveaux tout autant que nos rues, nos domiciles, notre quotidien, créant de faux besoins — besoins artificiels et contribuant au gaspillage et la destruction active de la Planète.
La publicité assurément est le bras armé du système capitaliste. Elle est la pourvoyeuse de chimères et de rêves imbéciles qui alimentent sans cesse le mythe de la croissance infinie, ainsi qu’un mode de consommation ostentatoire où la possession est érigée en dogme.
Un autre extrait de la contribution de Michael Löwy & Estienne de Rodary (« La publicité nuit gravement à la santé » de l’environnement) : « Toute action visant à mettre des limites à l’agression publicitaire — en attendant de pouvoir, un jour, s’en passer entièrement — est un devoir écologique, un impératif moral et politique pour tous ceux qui voudraient sauver de la destruction notre environnement naturel. »

J’ai relevé, en autres (toutes sont excellentes et méritent qu’on s'y arrête), deux participations, celles de :

* Véronique Gallais, membre du conseil scientifique d’Attac : « La consommation responsable suppose pour chacun de reconsidérer son rapport à soi-même, à la nature et à la société. » Tant il est vrai qu’acheter n’est pas un acte banal, c’est aussi un acte politique et écologique. Peut-être faudrait-il mieux évaluer la valeur d’usage que nous donnons aux biens « désirés », ceci afin de réduire notre consommation tout en la rendant citoyenne.

* Véronique André-Lamat, Laurent Couderchet & André-Frédéric Hoyaux, tous trois enseignants-chercheurs : « En moins de cinq années, le champ de l’environnement a été phagocyté par celui du développement (durable) faisant craindre à de nombreux observateurs l’accaparement de la cause environnementale par les puissances du marché et sa dénaturation. » Ce terme bien commode de développement durable est un oxymore dont usent les publicitaires, les entreprises et les hommes politiques (même les Verts s’y sont laissés engluer) comme d’un bel emballage passe-partout ; une poudre aux yeux des citoyens afin de faire accroire l’idée saugrenue qu’il existerait une « croissance verte », un « capitalisme vert » ou une « finance verte » — et pourquoi pas une « guerre verte », pour aller jusqu’au bout du raisonnement.

Écologie & Politique est une revue particulièrement intéressante, ne se contentant pas de rester à la surface, mais plongeant au plus profond d’une société malade de sa boulimie et de son consumérisme mortifère.

Pour terminer, voici la présentation qui y est faite du dossier et qui résume parfaitement l’ambition (atteinte) par la revue de nous donner à entendre un son de cloche très différent de celui des sirènes dominantes, et à comprendre les mécanismes (économiques, sociologiques et techniques) publicitaires qui nous aliènent : « La publicité est au cœur du système capitaliste. Érigée en régulatrice de nos échanges marchands, elle empiète désormais sur l’ensemble des activités humaines. Occupant l’espace public et les médias, s’immisçant dans les écoles et les hôpitaux, la pub diffuse des messages forgés par quelques-uns mais imposés à tous. Sous des couverts d’extravagance créatrice, elle uniformise la façon de consommer, de vivre et de penser. Comprendre l’écologie de la pub, dans ses relations avec la société qui la nourrit et la subit, comme dans ses incidences environnementales, apparaît fondamental pour imposer des limites à l’agression publicitaire et jeter les bases d’un nouveau paradigme de consommation. »



Écologie & Politique, revue semestrielle (N° 39 Écologie critique de la pub), éd. Syllepse

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