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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 19 mai 2009



« … je suis un vrai “conservateur sauvage et utopiste, aux yeux écarquillés, au cœur sanglant.” »
« … j’appartiens à cette population d’Américains toujours plus nombreuse, sans doute largement majoritaire aujourd’hui, qui a désormais compris qu’un système social radicalement industriel, totalement urbanisé et élégamment informatisé n’est pas apte à accueillir la vie humaine. »

Dans mon petit Panthéon personnel des auteurs américains, Edward Abbey se trouve en bonne place auprès de Richard Brautigan, Kenneth Rexroth et David-Henri Thoreau.
Son roman le plus connu, Le Gang de la clef à molette, célèbre une certaine forme de désobéissance civile, celle qui consiste à s’insurger contre la colonisation abusive de la Nature.
Tête de file de la contre-culture dès la fin des années soixante, Edward Abbey militait pour la préservation des grands espaces américains. « Il est temps de commencer à faire reculer le béton et l’acier avant que notre pays entier, avant que la planète entière, ne soient plus qu’un vaste ghetto high-tech fumant, puant et surpeuplé. »
Défenseur acharné du désert de l’Ouest américain, il exècre ce qu’il appelle la « Machine » industrielle, au propre comme au figuré — ces grands monstres de métal qui dévorent l’espace et ces entreprises qui accumulent des profits colossaux aux dépens de la faune, du sol et des populations autochtones.
Dans Le retour du gang de la clef à molette, Edward Abbey et ses personnages hauts en couleur s’attaqueront à un excavateur géant, une sorte de molosse mécanique représentant le paradigme d’une société envahissante et bétonneuse.
Edward Abbey est décédé en 1989. Il est enterré quelque part dans le désert, personne ne sait où. Doug Peacok, dans Une guerre dans la tête, encore aux éd. Gallmeister, raconte admirablement l’épisode de sa mort et son enterrement clandestin.

Au risque de paraître partial, je dois préciser que j’aime tout ce que publient les éditions Gallmeister. Que ce soit dans la collection Nature Writing, Noire ou Americana, tous les livres que j’ai pus lire ont laissé chez moi une marque indélébile — la sensation d’avoir vécu une expérience mémorable.
Un fou ordinaire ne déroge pas à cette règle. Dix textes, issus de revues ou publiés à l’occasion de la sortie d’un beau livre de photographies, composent le paysage panoramique d’une certaine idée des grandes étendues sauvages américaines.
Ce qui chez un autre auteur, serait un pensum, une suite de descriptions soporifiques ou un catalogue géologique et botanique fastidieux, devient sous la plume d’Edward Abbey une épopée.
Ils sont rares les écrivains dont la vie est aussi intéressante que les écrits. Où l’engagement personnel façonne autant la forme et le fond. Où l’Art et la Vie ne font qu’un. Où une conviction profonde devient un idéal d’existence. Pour toutes ces raisons, Abbey est un écrivain hors norme.

Il est bien question, dans Un fou ordinaire, d’une aventure humaine se mêlant intimement à celle de la nature.
Tout en nous conviant au spectacle extraordinaire de ces étendues arides ou glacées, Abbey assène des vérités qui sont autant de combats et de révoltes : « En fait et en bref et en somme, c’est l’Ouest américain — propriété des tous les Américains, habitats des choses sauvages, dernière place forte des derniers Danseurs fantômes — dans son ensemble qui subit à l’heure actuelle une attaque massive de la part des armées industrielles du Gouvernement et de la Cupidité.»
Pour Edward Abbey la défense de la nature et de la vie sauvage est une affaire de morale. Un combat à mener avec ses armes, l’écriture et/ou l’action. Pour lui, l’écologie ne se résume pas à un créneau politique ou à une mode passagère. L’homme, celui qu’il considère comme le seul possible, se doit dans sa propre vie d’appliquer les idées qu’il défend. Tendre au maximum vers la mise en pratique d’une écologie quotidienne et prendre soin de son milieu naturel. Tel est l’unique credo.
Dans le texte intitulé En marchant dans les montagnes du désert, Abbey note : « Plus le monde semble empirer, plus notre civilisation industrielle sombre dans la misère et le sordide, dérive vers la guerre civile universelle, plus ma vie personnelle est bonne et heureuse. »

Tout au long de ces dix récits, l’auteur n’a de cesse de nous indiquer la « frontière ». Une limite qui sépare une nature apprivoisée d’une nature soumise. Les grands espaces dont nous parle Edward Abbey sont des terres où l’homme est à sa juste place, celle d’un vivant parmi les vivants, ni plus ni moins. Où l’intelligence, l’indépendance, la confiance et l’entraide sont indispensables à la survie.
« La planète est plus grande que nous l’avons jamais imaginée. […] Et nous, misérables créatures humaines avec nos innombrables outils et jouets et peurs et espoirs ne sommes qu’une petite feuille sur le grand arbre efflorescent de la vie. »
Tout est dit.


Un fou ordinaire, d’Edward Abbey, aux éd. Gallmeister, collection Nature Writing, 2009

Pour en savoir plus : http://www.gallmeister.fr



Supplément de lecture :



Le commerce équitable en question, de Sylvain Allemand, aux éd. Les Carnets de l’info, nous invite à envisager une manière différente de commercer.

Le commerce équitable ne participe pas forcément à la gestion  durable de notre planète, il a pour le moins le mérite de nous faire réfléchir sur la problématique de ce monstre d’inhumanité qu’est la mondialisation.

De là à penser qu’un jour le commerce équitable pourrait remplacer le capitalisme outrancier et libéral… il n’y a qu’un pas, mais de géant. Toutefois, il a son rôle à jouer, ne serait-ce qu’en proposant une alternative aux consommateurs.
Savoir que le paysan qui a cultivé, que l'artisants qui à façonné, que l'ouvrier qui transformé les produits achetés sont payés à leur juste prix, que leur travail est reconnu et qu’ils peuvent ainsi faire vivre leur famille et éduquer leurs enfants, donne une saveur toute particulière à ces produits-là.

Personnellement, j’y trouverais une valeur ajoutée supplémentaire si le commerce équitable s’affichait plus souvent issu de l’agriculture biologique. Préserver l’humain et sa dignité est une excellente chose, mais préserver la Planète devient une priorité.

Comme toujours, et en fin de compte, c’est le consommateur qui a le dernier mot. Il est urgent de militer pour une nouvelle catégorie de consommateurs : les consomm’acteurs.
Le commerce équitable est peut-être une passerelle vers ce type de comportement. Cessons d’être des vaches à lait, tout juste bons à mettre la main au portefeuille, à se gaver d’inutile et à se croire obligés de posséder pour s’accomplir.
Achetons équitable et bio. Faisons de notre pouvoir d’achat une arme économique à part entière. Bref, soyons des citoyens responsables. À défauts de changer le monde par les urnes, changeons-le par nos modes de consommation.
Réclamons un monde équitable, où commercer ne serait plus rançonner. Où les exploitants agricoles redeviendraient des paysans. Où prendre le temps de vivre reviendrait à préserver notre Planète...
Il est grand temps.


Entre valeur et croissance. Le commerce équitable en question, de Sylvain Allemand, aux éd. Les Carnets de l’info, 2009

Pour en savoir plus : http://www.lescarnetsdelinfo.com


Christophe Léon
www.christophe-leon.com