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CHRONIQUE LIVRE
du 17 mars 2010




« Nous ne pourrons nous libérer de la consommation que si nous prenons conscience que l’enjeu n’est pas d’abord quantitatif (consommer plus ou moins) mais qualitatif (quel mode de vie voulons-nous). Comment nous libérer si nous demeurons dans une société dominée par l’économie ? »
Et plus loin, Paul Ariès, l’auteur de Désobéir et grandir, sous-titré Vers une société de décroissance, aux éditions Écosociété, nous donne son avis : « … je pense que la meilleure façon d’en finir avec la dictature de l’économie, c’est de fonder le droit à vivre sur l’existence et non point sur le travail. » Car c’est bien de paradigme dont il faut changer — de mode de concevoir notre vie et nos rapports aux autres. Ce livre, qui reprend des chroniques de Paul Ariès, peut-être tout aussi bien considérer comme les bases d’un programme de société, tout à la fois politique et social, économique et humain. L’auteur s’avère être un des théoriciens de la décroissance, un de ces objecteurs de croissance qui pensent que pour sortir de la société productiviste et de la (sur)consommation, il faut avant tout changer les politiques menées par nos gouvernants. Il ne s’inscrit pas dans la rupture, mais davantage dans le jeu démocratique des institutions — une révolution de l’intérieur en somme.

« Les limites de la croissance ne seraient pas physiques mais humaines : jusqu’où aller sans péter les plombs, c’est-à-dire sans sombrer dans un “ enfer climatisé ” (Henri Miller). » La croissance est effectivement histoire d’hommes avant d’être économique. Nous le voyons tous les jours quand cet « enfer climatisé » est vanté par un autre cercle de l’enfer, celui de la publicité. Quand nos besoins deviennent parfaitement superficiels et, dans un même temps, jugés comme essentiels par… les économistes de la globalisation. Quand le paraître (marques, sports professionnels, idolâtrie nauséabonde du pouvoir et de l’argent) engloutit l’être sous les scories d’un néant climatisé, d’un non-être social, d’une massification des désirs et des affects.
Dans Désobéir et grandir, l’auteur nous confie son désarroi devant la pente actuelle d’une société hyper-marchande et vouée à la (sur)consommation de biens inutiles et polluants : « J’avoue, en simple objecteur de croissance, ne pas comprendre […] comment  la démesure peut conduire à la liberté puisqu’il n’y a, pour nous, d’autonomie possible que dans la capacité à s’autoréguler. » La rengaine lancinante du « toujours plus » chantée par les tenants d’un économisme à outrance ne saurait satisfaire que les corps, mais certainement pas les « âmes ». Sommes-nous vraiment plus évolués que des vers de terre ? N’en sommes-nous plus qu’à ingurgiter d’un côté pour recracher de l’autre ? Allons-nous nous réduire à une fonction digestive, et devenir les enzymes des grandes sociétés transcontinentales, seulement utiles à absorber leurs (junk)productions ?
Encore Paul Ariès : « Notre combat n’est donc nullement fondé en dernière analyse sur l’éminence de l’épuisement des ressources ni même sur le réchauffement planétaire, mais sur la certitude que l’ensemble des crises qui affectent l’humanité ont une seule et unique cause. Ces crises environnementales, sociales, politiques, institutionnelles, psychologiques s’expliqueraient par la perte du sens des limites. » Une réflexion qui, elle, ne manque pas de sens.

Il est beaucoup question dans Désobéir et grandir de la notion d’usage et de mésusage. Paul Ariès considère qu’il faut articuler la décroissance autour de ces deux concepts, en favorisant la valeur d’usage et en taxant le mésusage (par exemple pourquoi payer l’eau dont on se sert pour sa toilette ou son ménage au même prix que celle qui remplissent les piscines des particuliers ?). Il prône aussi un retour à la gratuité. Notre société, devenue presque exclusivement croisssantiste, stigmatise le gratuit comme dangereux et contre-productif. Le lien fait peur aux marchands parce qu’il crée du gratuit, de l’affectif et du bonheur. « … l’interdit de la gratuité est désormais ce qui fait système et suture la société hyper-capitaliste. » L’auteur propose « l’extension de la gratuité aux biens communs. »

Paul Ariès a souvent la dent dure contre ceux (hommes et systèmes) qui n’en finissent pas de nous ronger de l’intérieur. Sa pensée et ses théories n’en restent pas moins les fondations qui permettront peut-être de construire une « décroissance équitable », un monde plus humain, plus chaleureux et plus attentifs à la fois à la Planète et à ses habitants.
Désobéir et grandir une belle ambition à méditer et à pratiquer.

Je ne résiste pas à l'envie de recopier ici les dernières lignes du livre qui, elles, ne sont pas de Paul Ariès mais de l’éditeur. Elles m’ont mis en joie (certainement un peu bêtement, je le concède) parce qu’elle symbolise assurément une certaine philosophie de la vie et de la considération que l’on éprouve pour ses semblables et pour la Planète, à laquelle j’adhère pleinement : « Achevé d’imprimer en avril 2009 par les travailleurs et les travailleuses de l’imprimerie Gauvin, Gatineau (Québec), sur papier contenant 100 % de fibres post-consommation et fabriqué à l’énergie éolienne. »


Désobéir et grandir, de Paul Ariès,  éd. Écosociété

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