Aller sur la page d'accueil de
L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 28 avril 2010




« Le capitalisme vert sera l’âge d’or de la barbarie productiviste. C’est le risque de la tchernobylisation du monde, après sa mcdonaldisation, sa disneylandisation et sa loftstorisation. […] Le capitalisme productiviste d’hier a engendré les forçats du travail et de la consommation. Le capitalisme productiviste vert s’apprête à sacrifier la part la plus humaine dans l’homme. […] Le productivisme… est devenu une machine de guerre contre la société et la planète. »
Paul Ariès, l’auteur de La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, paru aux éditions Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, possède la faculté rare d’interpeller le lecteur. Chacun de ses livres est une invitation à la réflexion et à l’introspection sur nos modes de vies, sur notre manière de concevoir notre rapport à l’autre et à la Nature.
Paul Ariès est très certainement le théoricien de la décroissance, celui qui met en mots idées et concepts. Ces ouvrages sont autant de propositions à changer de société et à entrer dans l’ère de la simplicité volontaire par le chemin le plus souhaitable — celui du désir.
La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance est un livre à la fois politique et humaniste, qui explore le passé productiviste de notre société, explique comment les gauches ont trop souvent choisi la voie du productivisme contre celle de l’humain et de la Planète. Il ouvre enfin des pistes (notamment celle de la gratuité) et trace en même temps le sillon des possibilités individuelles et collectives de construire une société plus juste, plus humaine et plus respectueuse des écosystèmes.

« … être écolo n’est-ce pas nourrir la planète avec un milliard et demi de petits paysans, plutôt qu’avec quelques centaines d’agro-managers ? »
Qu’est-ce qu’un écolo ? Quelqu’un qui achète bio en 4X4 ? Quelqu’un qui ferme le robinet en se brossant les dents pour économiser l’eau et part en vacances à des milliers de kilomètres en avion ? Quelqu’un qui manifeste dans la rue ou milite dans un parti écologiste et qui possède des actions en bourse de groupes transnationaux pétrochimiques ou pharmaceutiques ?
Peut-être qu’être écolo consiste à tenter de mener une vie bonne. Une en adéquation avec ses idées, sachant que nous sommes ce que nous faisons et que nos actions influent sur les autres et sur la Planète. Peut-être est-ce aussi la mise en pratique d’une certaine désobéissance civique et d’une ré-appropriation de sa subjectivité. Être écolo, n’est-ce pas avant tout vivre simplement pour simplement que d’autres puissent vivre (selon Gandhi) ?
La société d’abondance nous convie à la table de l’opulence et du gaspillage. Elle éduque, conditionne et vampirise nos fonctionnements collectifs et individuels. La publicité, son bras armé, nous conditionne à n’être que des (sur)consommateurs. L’économisme est le maître mot de nos gouvernants, la croissance devenue une excroissance, une boursouflure, un chancre qui gangrène nos existences et détruit inexorablement la Planète. Paul Ariès, lui, invite à prendre un autre chemin, plus désirable, plus émancipateur, plus heureux : « Nous emprunterons quelques chemins giboyeux qui pourraient nous conduire à cette simplicité volontaire face à l’illusion mortelle de la société d’abondance.»

La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance c’est aussi l’occasion de revisiter Marx, de comprendre pourquoi les gauches (les idées de la gauche) sont les seules capables de répondre aux enjeux écologiques et sociétaux présents et à venir. Quand Paul Ariès parle des gauches, il englobe toutes les fractions, toutes les tendances, tous les états d’âmes de la gauche, des écologistes aux extrêmes, mais il y met y greffe l’élément essentiel qui leur fait défaut : l’antiproductivisme.  « L’antiproductivisme a aujourd’hui le cœur résolument à gauche. L’enjeu est de faire que la gauche ait le cœur résolument antiproductiviste. […] Nous devons opposer la coopération à la concurrence, la relocalisation au mondialisme, le ralentissement au culte de la vitesse, la gratuité à la marchandisation, etc. » Est-il encore possible de faire accroire à un pseudo mythe de l’opulence et à une société de l’abondance infinie quand l’effondrement de la biodiversité, des ressources naturelles et du modèle capitaliste productiviste (vert ou pas) nous démontre l’exact contraire ?
Même si La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance pourra déranger un certain nombre par ses références marxiennes et son analyse politique appuyée, ce livre est sans conteste une échappée belle vers une simplicité volontaire désirée et pleine de promesses.

« ... il ne s’agit pas de consommer moins mais de (re)devenir des usagers, maîtres de leurs usages. Notre vie individuelle et collective n’est pas trop complexe, mais trop artificielle. »
Dans le chapitre « Huit raisons de choisir la simplicité », Paul Ariès développe et conceptualise son ambition de faire de notre monde marchandisé un monde ou la complexité humaine s’oppose à la complexité technoscientiste ou économique. L’auteur fait le choix et le pari de l’homme contre celui de la production, de la technique invasive et de l’économie mortifère. Il choisit résolument la meilleure part de nous contre la pire, celle de la croyance productiviste, de l’asservissement aux objets, de la consommation destructrice et de la « sportivation » de la société. Plutôt que des compétiteurs et des concurrents, devenons des coopérateurs. Optons résolument pour « L’authenticité contre l’artificialité ». (Re)découvrons notre corps, refusons-nous comme producteur, comme consommateur et comme spectateur, changeons notre rapport au temps («aimer le peuple, c’est refuser la vitesse »), pensons au rythme de nos pas, changeons notre rapport à la nature (« le jardin planétaire »).

Très loin d’être une utopie, la simplicité volontaire est certainement un des moyens de nous réconcilier avec nous-mêmes et avec notre Planète. La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance est un de ces livres qui marque durablement les esprits. La révolution que propose l’auteur et les décroissants « est celle de la “gratuité du bon usage”. » C’est aussi l’adoption d’un revenu universel d’existence adossé à un revenu maximal autorisé. C’est une volonté de redonner à l’Homme une place centrale dans la société, et à la Planète sa place fondamentale et unique. Sans la Nature l’Homme ne serait pas, sans les hommes il n’y a pas de société vivable ni viable.
La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance est un livre remarquable en cela qu’il amène à réfléchir sur nos comportements, et plus généralement sur le sens que nous souhaitons donner à notre vie. Peu de livres sont capables de marquer profondément le lecteur, selon moi celui-ci en fait partie.

La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, de Paul Ariès, éd. Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte

Pour en savoir plus :
Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com. Après modérations, ils seront insérés sous la chronique correspondante.