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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 19 mai 2009




Bernadette Darchen est docteur ès sciences et maître de conférence à l’Université de Paris VI. Elle est aussi une des spécialistes de renommée mondiale des fourmis. Elle a été trente années durant la directrice d’une station biologique en Dordogne.
C’est pour dire si Bernadette Darchen est qualifiée, si elle n’est pas née de la dernière pluie et ne peut pas être suspectée d’ignorance dans le domaine de la zoologie, de la biologie et autres matières connexes. Bernadette Darchen a de l’expérience à revendre, de la bouteille comme on dit vulgairement.
Et pourtant… Pourtant, Bernadette dérange — beaucoup.
Planète en danger, de Jean-Michel Barjol, est un film documentaire qui s’attache à retracer le portrait de cette femme qu’on peut qualifier d’unique.

Première contrariété : le titre, Planète en danger. Je n’ai vu dans ce film que très peu de rapport avec un quelconque danger pour la planète. Ce qui après une vingtaine de minutes m’a vraiment agacé. Un titre qui m’a semblé un tantinet racoleur, et puis…

Deuxième contrariété : un kangourou albinos, une mangouste, des lamas cracheurs, un lion empaillé et divers autres animaux — empaillés ou non. Le tout donnant au film un caractère dadaïste et assez troublant dans les vingt premières minutes. Et puis…

Dernière contrariété : le petit côté parfois excité de Bernadette Darchen. Faisant preuve d’un zoomorphisme exaspérant, Bernadette, dans ces vingt premières minutes, m’a irrité. Il s’en est fallu d’un poil de chevreuil que j’arrête la projection, et puis…

Et puis… Et puis, la petite musique du personnage a commencé de sonner agréablement à mes oreilles.
Bernadette Darchen, sous ses airs de ne pas y toucher, avance ses pions. Parle de nature, de sauvetage, de vie animale, de son mari, de ses paons, de sa mangouste pisseuse au lit, des fourmis et, surtout, de sa relation intime avec les animaux qu’elle côtoie.
Bernadette nous explique qu’elle apprivoise mais ne domestique pas. Elle prétend même que l’homme en cherchant à domestiquer la vie autour de lui — animale, végétale, minérale — scie la branche sur laquelle il est à cheval.
Apprivoiser est une expérience à deux. L’homme est tout autant apprivoiser que la bête, la fleur ou même la roche. Dans l’apprivoisement, il y a du respect et de la dignité. Dans la domestication il y a, immanquablement, de la domination et de la haine.
La société de l’échange, de la connaissance partagée, de la gratuité et de l’humain est apprivoisement. Celle du marché global, du capitalisme sauvage, de l’argent-finalité, du 4x4 (Cross over, se foutent-ils de nous maintenant dans les pubs…), de la vitesse et du profit immédiat est domestication.
De l’apprivoisement à l’amitié, il n’y a qu’une main tendue. De la domestication à l’esclavage, qu’une domination.
Bernadette Darchen aime la vie au sens large, commun et scientifique. Si elle en parle parfois en des termes qui feront grincer les dents des plus écolos d’entre nous, c’est qu’elle est comme ça madame le docteur ès fourmis. On ne se refait pas.

Planète en danger suit cette femme chez elle et sur les bords de la Vézère. Un chez elle qu’elle a transformé en arche de Noé. Un sanctuaire pour les animaux — tous les animaux.
Oui, elle a empaillé certains de ses pensionnaires, les a placés dans la nature, si bien qu’on pourra croiser un lion mort depuis belle lurette en plein milieu du gazon. Bizarre…
Il faudra vingt minutes pour s’habituer à Bernadette. Pour oublier la première impression qu’elle laisse : celle d’une zinzin, moitié professeur Tournesol moitié Jeanne d’Arc.
Parce qu’elle n’est vraiment pas ça. Madame Darchen est un monument d’expériences et de sagesse.
L’écologie, la biodiversité, les animaux, les végétaux et de tout ce qui compose notre vie sur Terre, Bernadette en a une approche personnelle dont elle a fait sa philosophie.
Elle parle de ce qu’elle connaît et de ce qu’elle a vécu. Des conclusions qu’elle en a tirées. Du respect que l’on doit à tout être vivant. De la cruauté des hommes, de leur cupidité et de leur égoïsme. Elle n’en veut à personne, mais trouve que ça commence à bien faire. Que la société ne prend pas le bon chemin. Que l’Homme (avec un grand H) a perdu le goût de la vie, la saveur de l’autre au profit d’une conception spécieuse de sa supériorité.

Planète en danger, de Jean-Michel Barjol est un OVNI inclassable. On aime ou on n’aime pas. Il n’y a pas d’entre deux, de moyen terme, d'ambiguïté.
Bernadette Darchen est un cas, une espèce en voie de disparition. Elle doit être protégée.
Planète en danger peut se regarder comme une fable ou un conte, celui d’une femme en relation directe avec le vivant. Pour le spectateur du film, une drôle d’expérience… à tenter.


Planète en danger, Jean-Michel Barjol DVD, BQHL diffusion

En savoir plus : http://www.bqhl.com


Christophe Léon

www.christophe-leon.com