L'Écologithèque

TOUS LES ÉDITEURS & AUTEURS CHRONIQUÉS

TOUTES LES INTERVIEWS

 

CHRONIQUE du 17 mai 2011








L'écologithèque.com  a pour vocation de rendre visible au plus grand nombre et de chroniquer les livres, les films documentaires (DVD), les BD & les revues à caractère environnemental, écologique, mais aussi social. Les chroniques sont animées par l'écrivain Christophe Léon. Vous pouvez si vous le souhaitez commenter les chroniques par mail à commentaires@ecologitheque.com. Les commentaires, après modération, seront insérés à la suite des chroniques concernées.





« Dans quelle mesure les commodités dont nous jouissons sans nous poser de questions, mais qui nuisent à notre habitat, nous sont-elles vraiment indispensables ? Quelle part des ressources naturelles que nous sommes en train d'épuiser contribue à améliorer notre vie et quelle autre nous maintient enchaînés à notre condition d'esclave du travail ? »
Colin Beavan est Américain. Il vit à New York et est écrivain. Conscient de l'empreinte écologique du New-yorkais moyen qu'il est, il décide un jour, pour lui et sa famille, de réduire au maximum pendant un an cette empreinte. Mieux, il va en faire un livre et relater son expérience, les changements qu'elle a entraînés dans sa vie, les contraintes, les bonheurs, les échecs. L'auteur de No Impact Man, paru chez 10/18, tente d'atteindre un certain équilibre qu'il résume par une formule mathématique : « Impact négatif + impact positif = 0 impact net ».

Comment vivre en couple, se déplacer et élever son enfant en essayant de limiter au maximum ses déchets, ses émissions de gaz à effet de serre, bref en polluant le moins possible dans une mégapole telle que New York ?
Discuter, exiger, faire la morale est un exercice facile auquel la plupart d'entre nous s'adonne volontiers. Quand il s'agit d'environnement et développement soutenable, chacun y va de ses conseils, de ses solutions. Mais qui pratique ? Qui dans sa vie quotidienne tente d'accorder ces beaux principes de sauvegarde de la Planète et de ses ressources naturelles ? Autant dire peu de monde. Comment convaincre quand soi-même, à sa petite échelle, on ne fait rien, ou si peu ?
Bien évidemment, les industriels les plus polluants s'entendent à nous faire culpabiliser. La publicité, le sponsoring de campagnes incitant le citoyen à adopter un comportement éco-responsable cachent les vraies responsabilités. Celles des grands groupes transnationaux qui émettent pour plus de la moitié des GES. Ceci dit, ne pouvons-nous pas en même temps que de critiquer à juste raison les industriels opter pour des modes de vie plus rationnels, des comportements moins destructeurs pour ce qui concerne l'avenir de notre unique maison, la Terre ?

« ...si nous accordions moins d'importance aux acquisitions, nos existences seraient plus riches, plus gratifiantes, les ressources serainet mieux gérées, la planète et ses habitants seraient plus heureux. »
L'accumulation de biens nuit à notre bonheur. Elle nuit aussi à l'environnement. La surconsommation et l'accroissement exponentiel de besoins superflus, qu'on nous vante comme un droit et un accès au bien-être, fait des nous des esclaves du travail et, par ricochet, des instruments de la dégradation environnementale. « … travaillons-nous et achetons-nous toutes ces choses pour vire, ou vivons-nous pour travailler et acheter toutes ces choses ? » Une question centrale que pose Colin Beavan dans No Impact Man. Les biens matériels, quand ils sont devenus superfétatoires dégradent à nos conditions de vie, détruisent les liens, font de nous des robots, des soldats consommateurs — intercheangeables, corvéables à merci et sans âmes.
L'anthropocène est l'ère du déchet, du jetable et de l'obsolescence programmée.

No Impact Man nous montre in vivo ce que pourrait être un mode de vie plus responsable. Réduire son empreinte écologique oblige à faire des choix, à tisser du lien, à regarder autour de soi, à se créer les conditions d'une existence plus libre et plus remplie.
On pourra toujours se moquer de ces gens qui tentent de changer leur quotidien afin de réduire leur empreinte écologique, ceux qu'on appellent des « écolos » ou des utopistes. La surproduction, la surconsommation, mais surtout l'idéologie productiviste et le néolibéralisme créent toutes les conditions pour une destruction à plus ou moins long terme de notre environnement. Il ne s'agit plus d'idéologie. De droite ou de gauche. Il est question de la survie de l'humanité et des générations futures. 
No Impact Man ne cherche pas à culpabiliser. Le livre prouve simplement qu'en vivant plus prêt de ses besoins réels, en devenant chaque jour un peu plus responsable, en réduisant son impact sur l'environnement la vie devient plus heureuse, plus partagée, plus équitable.
L'écologie et le respect de la Planète n'est pas un moins mais un plus. Nous avons tous (et tout) à y gagner. Il est urgent de faire le premier pas vers une société de l'être en opposition avec celle qui nous rend esclaves, celle de l'avoir.
« … je préfère être un imbécile qui essaye, plutôt qu'un imbécile qui reste les bras croisés, alors qu'il sait pertinemment ce qui lui pend au nez s'il ne fait rien. »
La question n'est plus de savoir pourquoi — nous le savons tous, l'information est maintenant suffisamment diffusée pour ne plus se mentir à soi-même —, ce qu'il faut c'est agir.

Ce qui ne gâche rien, l'humour est omniprésent dans No Impact Man. L'auteur se moque volontiers de lui et de ses échecs. Il n'y a pas dans ce livre de thèse dogmatique. Chacun est capable de se réaliser à travers un mode de vie plus en adéquation avec la Planète. Il pourra alors, en toute légitimité, exiger des pollueurs qu'ils cessent de détruire notre environnement. Il est temps de mettre un terme au Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
« Vivons nos vies comme si nous ne comptions pas pour du beurre. Car paradoxalement, le plus dangereux, c'est encore de se croire insignifiant. Les gros lobbies ont l'argent de leur côté, nous avons les êtres humains. »
Le projet écologiste est un projet humaniste. Il n'est pas question de revenir en arrière, mais bien plutôt de progresser vers une humanité plus partageuse, plus redistributive et plus heureuse.

No Impact Man, un livre à lire de toute urgence.

No Impact Man, de Colin Beavan, éd. 10/18

Pour en savoir plus :  ou &



Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com. Après modérations, ils seront insérés sous la chronique correspondante.



Le site de Christophe Léon, animateur de L'Écologithèque

Proposer une chronique, une note de lecture ou une recension

DES LIENS POUR AGIR