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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 25 août 2010




« Nous proposons la sortie pure et simple du capitalisme néolibéral, qu’il faut remplacer sans hésiter par un socialisme écologique et républicain. Cette sortie ne doit rien laisser au hasard. Mis bout à bout, un protectionnisme écologique et social, la relocalisation des activités, le droit opposable à l’emploi, la Charte de la Havane, les mesures de solidarité internationale, la désobéissance européenne… forment un tout cohérent. »
Voilà qui ne s’encombre pas de circonvolutions inutiles. Aurélien Bernier et Michel Marchand dans leur livre Ne soyons pas des écologistes benêts sous-titré Pour un protectionnisme écologique et social, dans la collection Les petits libres des éditions Mille et une nuits, ne mâchent pas leurs mots. Si leur analyse de la crise écologique et sociale est pour beaucoup celle que font maintenant de nombreux experts, politiciens et autres associations militantes, leurs conclusions et les solutions avancées sont radicales (qui, je le rappelle, ne signifie aucunement fanatiques) — à commencer par la sortie immédiate du capitalisme néolibéral.
Bref, et pour employer un langage familier, ça décoiffe.

« L’épuisement des énergies fossiles, les émissions massives de polluants et la destruction environnementale sont imputables à l’économie productiviste qui s’est emballée et mondialisée au cours des trente dernières années. Le capitalisme néolibéral ravage la planète. Nous devons consacrer toute notre énergie à y mettre fin. Là se trouve l’essentiel. » Depuis longtemps nous savons que les riches détruisent la Planète. Hervé Kempf l’a démontré avec brio dans l’un de ses livres. Alors pour quelles raisons n’arrivons-nous pas à mettre un terme à ce carnage, à cette gabegie ? Les écologistes n’ont-ils pas tort de dissocier l’écologie du social ? En cela, ne sont-ils pas des écologistes benêts ? Des questions que mettent en perspective les auteurs du livre.
Les écologistes ne pourront plus tergiverser sans fin. Ne pas remettre en question la mondialisation, la financiarisation ainsi que le libre échange, c’est amputé sa réflexion de sa partie congrue et de ce qui en fait sa raison d’être. Il n’y a pas d’autres chemins possibles pour enrayer les bouleversements environnementaux et mettre un terme à la crise sociale que sortir du capitalisme — « Le “capitalisme” entendu comme un système à l’œuvre qui exploite des marchés spéculatifs afin d’en tirer le maximum de profit immédiat, quitte à détruire l’homme et son environnement.»
À défaut d’être ni de droite ni de gauche, l’écologie finit par être de nulle part — mais comme elle ne peut être objectivement de droite…

Réduire le débat à une  dimension purement éthique, morale ou philosophique est une manière commune et consensuelle de l’éviter. Ainsi un certain nombre d’écologistes risquent-ils de passer à côté d’une réalité qui pourtant crève les yeux : «… la nécessité de mettre en place des politiques de rupture avec le système actuel.»
Une partie non négligeable d’écologistes font trop souvent le jeu des « marchés » et des multinationales en laissant croire (volontairement ou pas) que le modèle capitaliste ne peut être pour l’instant mis en cause, qu’il faudrait s’en servir comme d’un levier, ouvrant ainsi la porte au «greenwashing», au hochet du développement durable et offrant la possibilité à l’ordre économique mondial de se verdir et de se refaire une santé. C’est oublié que « [l]’action de l’homme sur la planète, façonnée par le mode de production capitaliste, a aujourd’hui quatre conséquences majeures : les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité, l’épuisement ou la distribution inégale des ressources renouvelables, avec notamment les difficultés croissantes d’accès à l’eau pour certaines populations, et la présence de substances toxiques dans le milieu naturel. »
Nous sommes entrés dans l’âge de l’anthropocène.
« ... [l]e capitalisme vert n’est rien d’autre que la mondialisation néolibérale, plus les énergies renouvelables. »

Aurélien Bernier et Michel Marchand, dans Ne soyons pas des écologistes benêts, font preuve d’une grande lucidité. Leur démonstration s’avère être d’une redoutable efficacité. Qu’ils abordent le thème de la décroissance, du développement durable, de la fiscalité ou encore de la productivité, ils ne sont jamais dans l’outrance.
Les faits sont là. Les possibilités que nous avons aujourd’hui de nous informer et d’agir sont multiples. Si l’engagement individuel est important — réduire sa consommation, favoriser le local, les énergies propres, et plus généralement mettre  en pratique dans son quotidien ses convictions écologiques —, il n’ y a pas de solutions qui ne passent immanquablement par le politique.
En finir avec le capitalisme néolibéral est un impératif dont le mouvement écologique ne pourra pas faire l’économie.

Les auteurs de Ne soyons pas des écologistes benêts avancent des solutions adéquates pour contrer le capitalisme « vert ». Leur visée n’est pas utopique. Leur objectif est clair: « … nous devons élaborer un véritable projet de société capable de susciter l’enthousiasme et de fédérer les citoyens. Un projet dont la vocation est de devenir majoritaire, y compris dans les urnes. »

Une lecture revigorante.



Ne soyons pas des
écologistes benêts (Pour un protectionnisme écologique et social), d’Aurélien Bernier & Michel Marchand, col. Les petits libres, éd. Mille et une nuits

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