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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 28 septembre 2009



« … 40 % de l’économie mondiale repose sur les services rendus par la nature : ressources halieutiques, bois, tourisme nature, pollinisation, etc. Or ces ressources sont en déclin de 60 %. La biodiversité s’inscrit donc directement dans l’avenir économique mondial. »
Pour ceux qui ne voient en Allain Bougrain-Dubourg que l’animateur de télévision ou le président de la LPO, cette conversation écologique avec Guilhem Lesaffre, naturaliste de terrain, ouvrira des horizons nouveaux.
Autopsie du monde animal, paru aux éditions Rue de l’échiquier dans la collection Conversations écologiques, nous fait (re)découvrir un homme d’engagement qui de ses convictions a fait une pratique de vie.
Même si on ne partage pas toujours son opinion (en ce qui me concerne, certains passages du chapitre Développement durable), Allain Bougrain-Dubourg développe une vision panoramique de ce qu’est aujourd’hui la Nature dans sa grande biodiversité. Il ne se cantonne pas uniquement aux oiseaux, mais se sert de son expérience pour aborder les grands problèmes environnementaux actuels et futurs auxquels nous sommes et seront confrontés. Dans une société malheureusement devenue conformiste et matérialiste, Allain Bougrain-Dubourg et ceux, qui comme lui, défendent une certaine vision du monde, plus humaniste et plus respectueuse de notre écosystème, ne sont pas encore assez nombreux. Le dissensus qu’il apporte aux conservatismes ambiants est plus que souhaitable — il est nécessaire.

« Comme si le pouvoir de l’argent pouvait permettre à chacun de s’acheter “du vivant”, au détriment des plus faibles. » On le voit, cette conversation ne néglige pas les facteurs sociaux et comportementaux engendrés par la société de surconsommation.
Séquencé en plusieurs thèmes ( enfance, engagement, LPO, marées noires...), Autopsie du monde animal, premier titre de la collection, donne le ton, ouvre le débat, encourage à réfléchir en matière d’environnement et de « développement supportable ». « Le “confort” reste trop ancré dans notre quotidien. Il faut donc compter sur l’évidente perte des ressources pour espérer des changements de comportement. »
Un exemple : quand le pétrole à la pompe s’est envolé, nous avons choisi de laisser plus souvent et plus longtemps nos voitures au garage. Pas (pour une majorité) par conscience écologique, ne soyons pas naïf, mais plutôt par nécessité financière. Néanmoins, le prix de l’essence trop chère a contribué à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. CQFD : ne faudrait-il pas augmenter artificiellement le prix de l’essence afin d’inciter les citoyens à la modération ? Mais surtout, pousser les industriels de l’automobile et encore davantage les Pouvoirs Publics, à innover en matière de transport alternatif ? C’est toute une politique des transports qu’il faut revoir. Et vite.

La protection du monde animal, et des oiseaux en particulier, peut sembler un anachronisme dans un monde où les inégalités, les injustices et la misère ne cessent de croître. Qu’à-t-on à faire de zoziaux mazoutés ou d’autres abattus en période de migration par des
« défenseurs de la nature » armés d’un fusil ? Et pourtant. Le vivant est un. Nous sommes aussi des animaux. Si nous ne sommes pas capables de prendre soin des plus « petits », comment prendrions-nous soin des plus « grands », et par conséquent de nous ?
Il ne s’agit pas de tomber dans une quelconque forme de zoolâtrie béate, mais plutôt d’accorder à tous les êtres vivants sur la Terre autant, voire beaucoup plus d’attention qu’à son téléphone portable ou à sa bagnole.
Saurons-nous combattre efficacement les inégalités, l’injustice et la misère, si nous ne sommes pas en mesure de protéger notre richesse première, la Planète et ses habitants?

Homme d’action et de réflexion, Allain Bougrain-Dubourg, caractérise son engagement en citant Albert Einstein : « Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font du mal qu’à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »
On ajouterait volontiers et sans trahir sa pensée : à cause aussi de ceux qui en tirent exagérément profit au détriment du plus grand nombre — un « mal » qui, de nos jours, est porté aux nues et même encouragé : travailler plus pour gagner plus, on  s’en souvient et on voit le résultat…


Autopsie du monde animal, une conversation entre Allain Bougrain-Dubourg & Guilhem Lesaffre, col. Conversations écologiques, éd. Rue de l’échiquier 

Pour en savoir plus : http://www.ruedelechiquier.net & http://lpo.fr



Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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