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LA CHRONIQUE LIVRE
du 3 mars 2010



« L’empreinte écologique cherche donc à représenter la quantité de capacité régénérative de la biosphère nécessaire au fonctionnement de l’économie humaine pendant une année et pour une population données. »
L’empreinte écologique, d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, dans la collection Repères des éditions de La Découverte, est une invitation à mieux comprendre ce qui se cache derrière ce terme devenu un « classique » de l’écologie, ainsi qu’à mieux envisager et traduire les données que cette comptabilité d’un genre particulier propose à notre analyse des phénomènes environnementaux, et tout particulièrement des bouleversements climatiques en cours.
Écrit dans un souci de clarté, L’empreinte écologique est abordable à lecture par tout un chacun. Les auteurs se sont voulus à la fois vulgarisateurs et précis dans leurs explications et leurs commentaires. Il ne s’agit pas ici de dresser un état des lieux mais d’expliquer le mécanisme comptable qu’est l’empreinte écologique, de montrer son intérêt particulier et collectif. L’instrument est complexe à mettre en œuvre et à interpréter, d’où l’obligation de borner et de quantifier les données entrant dans le calcul de l’empreinte écologique.

« Dans une société de plus en plus urbanisée et mondialisée, l’homme moderne est ainsi chaque jour davantage coupé de la nature ; et, du fait de son mode de vie, il mobilise continuellement des ressources dont la provenance exacte, voire la nature lui sont inconnues. »
Prendre sa voiture, manger de la viande, partir en voyage, travailler, s’éclairer, se laver autant de gestes quotidiens que nous pratiquons sans nous douter de l’impact direct qu’ils représentent sur la biosphère.
Chacune de nos activités est redevable des ressources naturelles. Nous vivons au crédit de la Nature sans jamais, jusqu’à peu, avoir tenu nos comptes. Il a fallu que la « balance commerciale » entre la biosphère et l’éconosphère (l’ensemble des activités humaines — producteurs, consommateurs, marché du travail et marché des biens et services) soit déficitaire en termes de capacité de régénération (« l’offre de nature ») et de quantité de services (la « demande de nature ») pour que nous nous penchions enfin sur notre empreinte écologique, et sur notre irraisonnable pouvoir de consommer davantage que ce que peut produire et régénérer la Planète.
« … l’humanité a sollicité en 2003 davantage de services issus de la biosphère que celle-ci était susceptible d’en régénérer sur la même période. Autrement dit, la situation mondiale est ouvertement insoutenable. » Le problème se situe bien à ce niveau-là, celui de la soutenabilité. En introduction les auteurs dressent une brève histoire de la soutenabilité, devenue « durabilité » en France ou encore « développement durable », expression parfaitement barbare, qui brouille la compréhension du phénomène et le ramène à un niveau purement productiviste et réducteur.
Le développement soutenable a été défini en 1989 [CMED] : « comme un “développement qui correspond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs” . » Célèbre définition que les pays les plus riches n’ont toujours pas prise au pied de la lettre, continuant d’idolâtrer une croissance mortifère et un PIB uniquement construit autour de données économiques sans commune mesure avec la notion de « bonheur » humain. « Et si […] la Terre ne pouvait être exploitée, polluée et peuplée au-delà de certaines limites, alors comment ne pas mettre en cause les modes de développement et de croissance économique qui avaient prévalu jusque-là, en particulier dans les pays riches ? » Bref, le capitalisme et le productivisme des pays dits « développés » sont les responsables désignés des modifications environnementales majeures. « Si chacun vivait comme un Nord-Américain moyen, il nous faudrait l’équivalent de 5,2 planètes Terre pour répondre de manière pérenne à nos besoins. » Et c’est se modèle-ci qu’on veut imposer aux pays émergents comme un paradigme de société !

L’empreinte écologique est un livre nécessaire à la compréhension d’un monde qui change et évolue à un tel rythme qu’il nous faudra, un jour ou l’autre, de gré ou de force, changer nos modes de vies, changer nos habitus, changer notre vision consumériste de l’existence et passer à la culture du lien et du partage, de la modération et de la frugalité, pour ne pas irréparablement consommer notre seule et unique Terre.
Les auteurs de L’empreinte écologique l’ont bien compris qui, dès l’entrée en matière de leur ouvrage, prennent en exemple l’Île de Pâques et sa désertification : « La dégradation d’un espace écologique aussi limité que l’Île de Pâques n’a pas pu échapper à l’observation de ses habitants… » Serons-nous des Pascuans modernes à l’échelle globale, celle de notre Planète ?

En épilogue, ces ultimes phrases des auteurs de L’empreinte écologique qui raisonnent comme un avertissement : « Car une chose est sûre : nous sommes à présent comme les habitants de l’Île de Pâques qui virent la disparition de leurs forêts. Nous ne pourrons plus dire à nos descendants que nous ne savions pas. »



L’empreinte écologique, d’Aurélien Boutaud & Natacha Gondran, col. Repères, éd. La Découverte

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