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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 3 novembre 2010





« Ces philosophes, au rang desquels je me compte, ont été appelés “écocentristes” puisqu’ils ont plaidé pour un déplacement de la valeur intrinsèque, jusque-là réservée aux individus (individus humains, ou individus les plus élevés des “animaux inférieurs”) vers la nature terrestre — l’écosystème — comme un tout. »
Les écocentristes ont trop souvent fait peur. On ne voyait dans leur théorie et leur éthique qu’une application de la doctrine malthusienne. On interprétait leurs analyses et leurs commentaires comme « anti-humains », allant
parfois jusqu’à parler de sectes ou pour le moins de groupuscules fascisants. Éthique de la terre, de J. Baird Callicott, dans la collection Domaine sauvage des éditions Wildproject, jette un éclairage nouveau sur cette conscience d’un « monde de liens réciproques » et sur le projet « d’une extension de l’éthique au-delà des communautés humaines. »

Callicott construit sa philosophie de l’écologie à partir d’une exégèse minutieuse et critique du fameux livre d’Aldo Léopold — considéré comme un « Ésaïe américain » de l’écologie et de la protection de la Nature —, l’Almanach d’un comté des sables paru dans les années 40.
L’auteur de Éthique de la terre a très tôt considéré que l’écologie était un « trésor d’idées philosophiques révolutionnaires. » Son travail consiste à redéfinir l’image du monde. Il s’agit d’imaginer notre rôle, la place que nous souhaitons occuper dans la Nature et « de trouver comment ces grandes idées nouvelles pourraient modifier nos valeurs, en réajustant notre sens du devoir. » Vaste projet que Éthique de la terre met en forme à travers une sélection de textes.

Ce livre n’est pas toujours d’une lecture aisée. La philosophie de l’écologie de Callicott, bien que profondément juste et novatrice, n’est pas d’un abord facile pour celui qui ne fera pas l’effort de « s’accrocher ». Mais Éthique de la terre doit être lu si l’on désire approfondir son « expérience » écologique.
Si l’on admet que la philosophie occidentale moderne est le socle des institutions sociales, économiques et politiques, il convient alors de penser qu’à son tour la philosophie de Callicott pourrait un jour devenir le fondement de nouvelles institutions en établissant et en justifiant « les obligations morales que nous avons à l’égard de la nature. »
Nous sommes devenus aujourd’hui les membres d’une communauté planétaire en raison de l’interdépendance des économies, des transports ou encore des communications. Cette mondialisation mortifère peut aussi être détournée de son concept dominant de marchandisation et ramenée à sa valeur positive qui est le concept de communauté, base lui-même de celui de l’écologie. «  Une fois que le sens commun percevra la terre comme une communauté biotique — ainsi que le font les professionnels de l’écologie —, une étique de la terre corrélative pourra émerger dans la conscience culturelle collective. »
De cette idée forte en découle une autre, celle de la préservation de toutes les espèces puisqu’elles font partie intégrante et indissociable de la communauté biotique. Il est urgent de mettre un terme à nos pratiques de pillage des ressources naturelles. « Les activités humaines actuelles, comme la déforestation des pays tropicaux entraînant l’extinction massive des espèces, sont effectivement “dévolutionnaires”, elles tassent la pyramide biotique, elles étouffent certains canaux et en engorgent d’autres (ceux qui aboutissent à notre propre espèce). »
Et Callicott de dresser une chartres d’après l’éthique de la terre : « tu n’éradiqueras pas, tu ne provoqueras pas l’extinction des espèces, tu prendras de grandes précautions en introduisant des espèces exotiques et domestiques dans des écosystèmes locaux, en tirant l’énergie du sol, en la recyclant dans le biote, et en endiguant ou polluant les cours d’eau ; et tu devras faire preuve d’une particulière sollicitude envers les oiseaux prédateurs et les mammifères. » Préceptes moraux qui sont directement informés « par le modèle du circuit énergétique de la nature » et qui ne semblent pas impossibles à respecter tellement ils sont susceptibles, par leur seule application, de transformer radicalement notre attitude et notre manière d’aborder notre rôle sur Terre.

On le voit tout au long de la lecture de Éthique de la terre, Callicott défend le principe de préserver le bien commun des relations qui unissent tous les composants de notre environnement.
La philosophie écocentrique que développe ici l’auteur permet d’entrevoir un futur où humains et non-humains coexisteront en « bonne entente », où notre insatiable appétit de consommation et de destruction aura cédé la place à une conception organique de la Nature. « Il est donc théoriquement concevable que nous devenions de bons citoyens du monde naturel, respectueux de ses lois, plutôt que des conquistadors brutaux et, en définitive, voués à l’autodestruction. »

Éthique de la terre est un livre exigeant mais plein de promesses et d’espoir.
J. Baird Callicott est un auteur trop méconnu en France. Sa philosophie de l’écologie mérite qu’on s’y intéresse. Nous sommes en mesure d’agir directement sur l’environnement — ce qui nous impose des devoirs et un sens particulier de nos responsabilités — et cet ouvrage nous ouvre de nouvelles perspectives sur la manière d’envisager notre action au sein de la communauté terrestre.


Éthique de la terre, de J. Baird Callicott, coll. Domaine sauvage, éd. Wildproject

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