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CHRONIQUE LIVRE
du 26 janvier 2011





« L’histoire récente du médiactivisme est faite de vagues successives de flux et de reflux. Elle a accompagné la dynamique des mouvements sociaux et les transformations de l’offre de technologies  disponibles. […] Dans les années 1960 avec les médias révolutionnaires, dans les années 1970 et 1980 avec les médias communautaires, dans les années 2000 avec les réseaux d’information et de mobilisation altermondialistes. »
C’est cette histoire des médias alternatifs que le livre de Dominique Cardon et Fabien Granjon, Médiactivistes, paru dans la collection Contester des Presses de Sciences-Po., se propose de sonder.

Les auteurs, dans un premier temps, exposent dans le détail les deux critiques des médias qui s’affrontent et dont « les dissensions les ont souvent empêchés de travailler ensemble et ont sans doute faut quelque peu bégayer l’histoire du médiactivisme. »
Tout d’abord la critique conte-hégémonique (Downing, Chomsky ou Herman par exemple) qui conditionne les luttes «visant à surveiller plus spécifiquement les productions médiatiques de masse, les modes de fonctionnement des médias ainsi que leurs structures de propriété.» Une approche qui combat tout autant la suprématie des médias occidentaux que la diffusion disproportionnée des flots d’informations. Elle s’attaque aussi à l’appât du gain de ces médias et à leur attrait du scoop et de l’information pré-mâchée, entraînant des dérives journalistiques.
La critique contre-hégémonique propose, entre autres, de mettre en place « des changements structurels régulant les industries médiatiques, un rééquilibrage des flux d’information entre ères géopolitiques, un renforcement du secteur public de l’information… »
Dominique Cardon et Fabien Granjon définissent ensuite les bases de la critique expressiviste, souvent en opposition de vue avec la précédente, dont « la visée centrale relève de l’affirmation des subjectivités et d’une volonté de s’assurer de la diversité des points de vues, devenue possible par l’élargissement du nombre des producteurs d’information. »
Il s’agit en fait de décupler les foyers de diffusion et de faire de l’information « à la première personne ». La critique expressiviste souhaite une réappropriation tant à l’échelle collective qu’individuelle des médias.

C’est à partir de ces deux critiques que Médiactivistes «raconte» l’histoire des médias alternatifs depuis 1960.
Médias communautaires, agences de presse dans les pays du Sud, Internet militant, réseaux des altermondialistes, les cinq chapitres consacrés à ces mouvements et à ces luttes médiatiques donnent au lecteur l’occasion de se faire une idée claire de ce médiactivisme qui nous a conduit jusqu’à son « entrée […] dans l’âge d’internet, portée par l’espoir d’élargir le cercle des producteurs d’information, tout en transformant le rapport passif à l’information en une production interactive. »

Médiactivistes est un essai passionnant qui défriche le champ de plus en plus prégnant et miné de l’information, des médias et des rapports que nous entretenons avec eux.
Une livre à conseiller à tous ceux qui veulent comprendre le jeu des pouvoirs et des luttes informationnelles.



Médiactivistes, de Dominique Cardon & Fabien Granjon, coll. Contester, éd.. Les presses de Sciences-Po.

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