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CHRONIQUE DVD
du 6 octobre 2010





Pour ceux qui cherchent encore une raison de ne plus boire cette « succulente » boisson sucrée et qui n’y parviennent pas, je leur conseille de regarder ce film documentaire, L’affaire Coca-Cola, de German Gutiérrez & Carmen Garcia — produit par Argus Films et l’Office national du film canadien, un DVD distribué par Les Films du Paradoxe.

Vendues à des milliards d’unités, les canettes et les bouteilles de Coke sont devenues au fil du temps les incontournables boissons des ados et des plus vieux. On en trouve de toutes sortes. En Inde, les usines d’embouteillage de Coca-Cola donnent de l’emploi à des milliers de travailleurs — pour quel salaire ? Toujours en Inde, on lit ici où là, que la firme assècherait les nappes phréatiques et polluerait l’eau potable — est-ce concevable de la part d’une grande multinationale responsable ?

L’affaire Coca-Cola s’intéresse particulièrement à une série de procès intentés contre cette société par un syndicat colombien qui a l’audace d’avancer que la firme payerait des milices paramilitaires pour assassiner des syndicalistes en Colombie. Où va le monde ma petite dame ?
De quoi se mêlent ces « rouges » à la solde de… de qui ? Assurément pas à celle de Coca-Cola qui, pour certains de ses ouvriers, nombreux, paie 1 dollar de l’heure pour quinze de travail journalier. De ce côté-là, Coca-Cola n’y est pour rien. Un salaire que comparent les auteurs du documentaire à celui du patron de la multinationale : plus de 6000 dollars l’heure.  Il faudrait deux ans de labeur à l’ouvrier colombien à 1 dollar pour égaler l’heure du big boss étasunien. Comme quoi, il est préférable de naître aux USA plutôt qu’en Colombie quand on veut faire une carrière dans la boisson gazeuse.

Le syndicat fait donc appel à trois militants américains qui vont se charger de poursuivre Coca-Cola devant la Cour Fédéral des Etats-Unis. Commence alors le feuilleton judiciaire relaté dans L’affaire Coca-Cola. De rebondissements, en faits avancées par les avocats du syndicat, de tentatives de négociation à la reprise des procès, les syndicalistes colombiens font preuve d’une détermination et d’une dignité qui interrogent et stupéfient.

Pourtant la « main invisible » du marché, la mondialisation et le productivisme néolibéral sont considérés comme les moteurs de l’économie mondiale. Comment se fait-il qu’on puisse laisser des microbes (les syndicalistes) envahirent le corps, si ce n’est sain, du moins très vigoureux de ce géant international ? Où va le monde ma petite dame ?
Non content de trouver un emploi, les ouvriers colombiens veulent être payés à leur juste prix. Mais si tous les employés des pays du Sud, d’Asie et d’ailleurs revendiquaient la même chose, combien achèterions-nous notre boisson internationale à bulles ? Il ne faudrait pas exagérer…

Et puis le commerce, le business et la libre circulation des marchandises (pas des hommes, ni des idées, le néolibéralisme ne saurait tolérer d’entraves à son impérialisme commercial), ont-ils le temps de s’inquiéter du sort de quelques syndicalistes illuminés qui, plutôt que d’être reconnaissants à la main qui donne peu, s’engagent dans des luttes stériles pour l’obtention de meilleures conditions de travail, de salaires et de reconnaissance de leurs droits ?
Il est déjà assez difficile de vivre décemment avec plus de 6000 dollars de l’heure, pour qu’un estimable patron de multinationale s’entende reprocher de financer des milices paramilitaires. Où va le monde ma petite dame ?

En 2009, à l’époque où s’achève ce documentaire, le procès était toujours en cours.
D’un côté « Le goût du vrai ! » et de l’autre le goût du sang, du meurtre et de la torture, lequel des deux est le bon ?
En buvant cette eau gazéifiée et additionnée d’un sirop sucré, peut-être sera-t-il plus difficile, après avoir vu le film, d’en définir l’exact goût.
Pour ce qui me concerne, je préfère sans conteste un bon jus de fruit bio de mon producteur local. Aux dernières nouvelles, aucun des ses collaborateurs au champ n’avait été assassiné. Il paraîtrait même que l’ambiance au travail est plutôt festive et amicale. Où va le monde ma petite dame ?

L’affaire Coca-Cola, un film documentaire pétillant qui ne laisse pas indifférent.


L’affaire Coca-Cola,
de German Gutiérrez & Carmen Garcia, DVD, éd. Argus Films & ONF, distribué par Les films du Paradoxe



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