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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 26 mai 2009



« Indigente propagande qui veut faire croire que la chasse est indispensable soit au maintien de la faune, soit à son contrôle, comme si la nature ne s’était pas passée d’eux pendant des millions d’années. »
« L’écologie est une idée neuve, la seule qu’ait produite la seconde moitié du XXe siècle. »

Comment ce fait-il qu’une très faible partie, entre 1 et 2%, de la population française dicte sa loi  à la majorité d’entre elle ?
Interrogation à la fois morale, politique, environnementale et sociale.

La conduite en état d’ivresse est interdite et fortement condamnée — pas le port du fusil, dans ce même état. Mais il est vrai qu’en dehors des périodes de chasse les chasseurs ne sont théoriquement pas armés.
De même, qui enseignerait à ses enfants que le meurtre d’un être vivant dans le cadre de ses loisirs est un divertissement acceptable et valorisant ?
« L’admissible n’est pas aménageable, on l’admet ou on le rejette. La chasse, pour les animaux, c’est à la fois la torture, l’esclavage et la peine de mort », ainsi s’exprime fort justement Gérard Charollois dans son livre Pour en finir avec la chasse, sous titré La mort-loisir, un mal français, aux éditions IMHO.

Gérard Charollois est juriste de formation. Il vit dans le Sud Ouest de la France, terre de chasseurs. Il est en outre le cauchemar incarné de ces mêmes chasseurs.
Son combat et sa détermination sont exemplaires. Raisons morales, juridiques et de préservation de la nature sont ses moteurs.
Dès les premières pages, Gérard Charollois précise : « Ce qui est condamné ici n’est évidemment pas le mode de vie des peuples naturels, mais l’activité ludique, la mort-loisir, qui est une activité non pas “de nature”, comme le prétendent ceux qui la pratique, mais retournée contre la nature. »
Le cadre est posé. Il est vrai qu’en France, la chasse "vivrière" — pour nourrir sa famille — n’existe plus. C’est bien plutôt de cette activité dégradante qui consiste à prendre "son pied" en abattant de sang-froid un animal dont il est question dans Pour en finir avec la chasse.
L’auteur, de par sa formation et sa vision claire des données du problème, n’a pas écrit un livre vengeur ou simplement une énième mouture d’un brûlot anti-chasse. Non, Gérard Charollois argumente, explique, met en relief, avance des raisons juridiques, morales et environnementales pour justifier et asseoir son raisonnement.
La chasse doit être définitivement interdite, nous dit-il, et pas simplement parce que la vue du sang, l’agonie douloureuse d’une bête et la mort gratuite sont intolérables à tout homme ayant un minimum de conscience, mais surtout parce que « Offrir à la nature une zone privilégiée, écarter le pesticide, la mécanisation, l’artificialisation outrancière, accueillir les animaux sauvages et les végétaux qui les abritent participe d’un impératif moral et d’un choix de conviction. »
Choix et conviction. Moral et justice.

La chasse serait une tradition et l’abolir une atteinte à la liberté et aux coutumes ancestrales, ripostent les hommes en arme. La chasse, en vérité, relève de la même tradition que la peine de mort, la torture, l'asservissement, le meurtre ou la castration.
De quelle liberté parle-t-on ? Celle de truffer les bois, les champs et les prés, le dimanche ou la semaine, de tuniques oranges, de chiens à grelots et de fusils ? Celle de poursuivre et exécuter un animal — souvent d’élevage puisque « Le chasseur français à si bien “géré” l’ours pyrénéen, le lynx, le loup, tous les grands prédateurs, qu’ils ont disparu, et ce qui persiste d’animaux libres dans nos forêts ne ressemble plus qu’à du cheptel d’élevage agrainé et réintroduit pour alimenter le stand de tir des “gestionnaires” » — pour l’assouvissement du plus bas instinct humain, tuer ?

Pour en finir avec la chasse devrait être le livre qui permettra l’abolition de cette activité inhumaine. Mais est-ce seulement possible ?
Gérard Charollois met le doigt sur les relations étroites qui se sont souvent établies entre le personnel politique et les chasseurs. L’influence disproportionnée de cette frange de la population s’explique par l’action de lobbying des chasseurs et par leur rôle, surévalué ou forcé, dans les élections, notamment régionales. Beaucoup de sénateurs, qui ne doivent leur fauteuils qu’aux votes des édiles locaux, ne peuvent se passer de leur influence.
Justement, l’auteur est en faveur de la suppression du Sénat, qui est par nature une institution rurale, alors que de nos jours moins de 5% de la population exerce encore une activité agricole et que 3 français sur 5 vivent à Paris et dans sa région. Et puis, Gérard Charollois le rappelle non sans humour : « Le Sénat, dont le nom même vient de sénescence, n’a plus sa place dans une société démocratique. »
En bonne logique, la suppression de la chasse devrait faire l’objet d’un référendum populaire. Le résultat certain de la consultation fait que les chasseurs et leurs affidés politiques y sont fermement opposés…

Mais l’auteur de Pour en finir avec la chasse est aussi un écologiste convaincu et convaincant. Pour l’avoir écouté exposer sa pensée, dans un autre contexte et sur un autre sujet, je peux assurer que Gérard Charollois parle aussi bien qu’il écrit : clairement, intelligemment et savamment. Qu’il n’est pas un homme de l’excès ou de l’outrance verbale. Que ces propos sont toujours emprunts d’une grande tolérance et d’ouverture d’esprit. S’il traque la chasse dans ses moindres repères, c’est qu’il a la conviction ancrée au plus profond de lui qu’elle n’est pas digne de l’homme et de son devoir de créature dite « supérieure ». C’est justement parce que nous avons la faculté de penser, d’analyser et de raisonner que nous devons impérativement faire cesser cette guerre imbécile ouverte chaque année à dates fixées.

« Aussi longtemps que l’homme traitera les animaux et la nature comme des choses, il traitera, à l’occasion, lorsque l’Histoire trébuche, ses semblables comme des bêtes. »
Dernier fragment, extrait du livre, qui se suffit à lui-même.

Inutile de tergiverser, lisez et faites lire Pour en finir avec la chasse, de Gérard Charollois. Il n’est pas si fréquent qu’un tel sujet soit traité d’une manière aussi magistrale.


Pour en finir avec la chasse (La mort-loisir, un mal français), Gérard Charollois, collection radicaux libres, éd. IMHO 2009

Pour en savoir plus : http://www.imho.fr



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Supplément de lecture :

Une fois n’est pas coutume. Je ne chronique en principe pas les « beaux livres », mais L’énergie du Soleil, sous titré : Construire aujourd’hui l’environnement de demain,  de Maylis Gaillard, aux éditions du Cherche Midi & de l’ADEME, mérite l’attention.

C’est pour son côté « exemplaire » que L’énergie du Soleil vaut le détour. On y parle technologies — pour une fois qu’elles sont mises en œuvre pour une cause et dans le cadre d’une nécessité impérieuse qui est la sauvegarde de notre Planète et de ses ressources —, de choix solaire — qui dans tous les cas devrait s’imposer à nous comme une solution naturelle à nos problèmes énergétiques futurs —, et de bâtir en préservant l’environnement.
Explications, photographies, cas concrets, autant d'aperçus qui nous permettent de mieux comprendre les enjeux et les potentialités du solaire.

Allons un peu plus loin : ne serait-il pas urgentissime qu’une loi, un décret, une décision cadre, que sais-je, impose à toute construction neuve commandée par l’État d’intégrer le solaire ?
Et pourquoi pas la récupération d’eau de pluie ? Ne serait-ce que pour les toilettes, plutôt que d’utiliser de l’eau potable pour évacuer nos déjections quand plusieurs centaines de millions d’humains n’ont pas l’accès cette eau même potable.
Serait-ce si compliqué à prescrire ? Il faudrait poser la question à Nathalie Koscuisko-Morizet, ancienne ministre de l’écologie, préfacier de  l’ouvrage. Mais aussi à ses prédécesseurs, à son successeur et aux prochains sur la liste (qui feront ce qu’ils peuvent, les pauvres, sous la focale des bétonneurs et des électriciens nucléaristes) de savoir pourquoi rien n’a été fait dans ce domaine.
Après tout, c’est à l’État de montrer l’exemple, non ? Des pays, l’Espagne en autres, l’ont fait dans une certaine proportion. Et nous ?

Plus qu’une question de volonté politique, c’est une question de prise de conscience collective. À sa manière de « beau livre », L’énergie du Soleil peut nous y aider. Au moins, donnera-t-il des idées à ceux qui voudraient construire «écolo».
Quoique, à bien y réfléchir, la construction «écolo» devrait être la norme depuis longtemps.


L’énergie du Soleil, sous titré : Construire aujourd’hui l’environnement de demain,  Maylis Gaillard, éd. du Cherche Midi & de l’ADEME

Pour en savoir plus : http://www.ademe.fr et http://www.cherche-midi.com  


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr