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LA CHRONIQUE DVD
du 2 juin 2009



Un peu d’air frais.
Chomsky & Compagnie (Pour en finir avec la fabrique de l’impuissance), de Daniel Mermet et Olivier Azam, chez Les Mutins de Pangée, ventile les cerveaux, débride la comprenette, donne à voir et à entendre un penseur non-conformiste et radical.
Dans ce film documentaire, c’est de domination dont il est question. Daniel Mermet et Giv Anquetil nous entraînent à leur suite aux Usa, en Belgique, au Canada et en France à la poursuite d’une forme particulière d’interrogation du monde — celle de Noam Chomsky.
Série de reportages réalisés pour l’émission Las-bas si j’y suis sur France Inter, Chomsky & Compagnie se révèle une boîte à outils où chacun pourra piocher à sa convenance.

Chomsky est un rejeton du Siècle des Lumières. Sa première bataille est la liberté d’expression. Une liberté d’expression qui ne s’arrête pas à ce qu’on souhaite entendre, mais aussi à ce qu’on ne supporte pas, jusqu’à l’abominable tant qu’elle n’incite pas à la violence. Quel intérêt y a-t-il à défendre une liberté d’expression qui ne s’accommoderait pas du dissensus? Si la pensée doit se bâtir sur les mêmes fondations que celles des dominants, à quelle critique aboutissons-nous, si ce n’est à un conformisme tranquille ?
Chomsky est la bête noire des intello-médiatiques (journalistes, philosophes, leaders d’opinion…). Il relève les mécanismes de la collaboration avec le pouvoir en place. Chomsky dérange. Il ne pense pas là où l’on voudrait qu’il pense. Il démonte les rouages de la domination sans jamais nous imposer son point de vue. Ici est la nouveauté et le danger pour la pensée normalisatrice. Chomsky ne nous contraint pas. Il ne nous oblige pas à penser et à critiquer comme lui. Il expose, explique, analyse. À nous de nous faire notre chemin.
Et c’est encore un peu plus d’air frais.
La pensée unique est devenue une forme de domination acceptée parce que confortable. Penser dans les rails des intellectuels médiatisés a quelque chose de rassurant. Je suis comme vous. Je suis inséré. J’ai des droits. En ce qui concerne le devoir de critiquer et d’être soi-même, on attendra un peu.

Avec Chomsky & Compagnie nous réapprenons que les mots ont un sens. Tout le jeu pour le pouvoir consiste à le détourner : frappes chirurgicales, guerre pour la paix, etc. C’est en dévoyant le sens des mots que les dominants parviennent à faire accepter à l’opinion publique ce qu’elle rejette en bloc. Dans les sociétés dites démocratiques, il ne s’agit pas de bastonner mais de convaincre en biais. Le pouvoir passe son temps à faire de la pédagogie à des adultes qui ne sont plus des gamins mais dont il aimerait bien qu’ils retombent en enfance.
Le levier de la peur est un des moyens couramment utilisés. La peur justifie l’obéissance. Il suffit de lui donner dans les médias l’importance qu’elle n’a pas. La peur autorise une forme de « dictature démocratique », du moment qu’on promet de nous défendre contre des chimères. Dormez en paix, braves gens, nous veillons.
Oui, les mots ont un sens, par exemple, le mot environnement. Comment ce fait-il que celui-ci ait remplacé un peu partout le mot nature. Après tout, quand nous parlons de changements climatiques, de pollutions, de pillage environnemental, c’est bien de nature dont nous parlons. Mais il se trouve que le mot environnement est plus consensuel, moins connoté, plus conceptuellement correct. Bref, il passe mieux dans les médias. On peut l’affubler d’un tas d’adjectifs, il sera toujours bien habillé. L’environnement est un bisness. La nature est gratuite. Dans nos sociétés, la gratuité est vue d’un sale œil et, par ricochet, la nature est boulottée par l’environnement. Au bout du compte, l’environnement est ce qui reste autour de nous quand on a détruit la nature.
Les mots représentent donc un moyen de domination « soft » mais terriblement efficace. On peut les utiliser à bien des fins. Actuellement, les mots sont des anesthésiants, de puissants soporifiques que les dominants administrent à fortes doses.

Chomsky & Compagnie est une petite merveille. Tout le contraire d’un prêt à penser. Deux heures (plus les bonus) d’une ré-appropriation de soi, au cours de laquelle on réalise qu’à force de crier avec les loups nous sommes devenus des agneaux mûrs pour l’abattoir et contents d’y aller.
Il ne reste qu’à citer la phrase de Noam Chomsky en exergue du DVD : « Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements. »
Les gens — c’est nous.


Chomsky & Compagnie (Pour en finir avec la fabrique de l’impuissance), de Daniel Mermet et Olivier Azam, DVD, Production Les Mutins de Pangée

 

Pour en savoir plus : http://www.lesmutins.org



Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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