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CHRONIQUE du 6 avril 2011








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« Les services publics sont étroitement liés aux droits fondamentaux, le droit à la santé, le droit à l'éducation, le droit de se déplacer, le droit de communiquer, de vivre tout simplement, de s'éclairer, de se chauffer, de se loger... Ils sont le produit de décennies de combat, de sueur et de larmes d'hommes et de femmes mobilisés pour la conquête et la préservation de ces droits... »
C'est au principe même de solidarité et d'égalité que s'attaque la réforme des services publics préparée, mise en place et imposée par les gouvernements successifs (de droite comme de gauche). Le mot réforme est souvent considéré sous son aspect positif, mais ici la réforme n'est rien d'autre — par le biais de la RGPP (Révisons générale des politiques publiques) — qu'un moyen de mettre à sac et de brader l'essentiel de ce qui, depuis 1945, constitue le socle du vivre-ensemble unissant notre communauté.
Jacques Cotta dans son livre Qui veut la peau des services publics ?, paru aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, prend le parti de nous montrer de l'intérieur ce qu'est réellement cette réforme, les changements qu'elle induit dans le quotidien de millions de Français.

 « Le choix politique au bénéfice de la vie collective et du bien-être du citoyen doit-il se trouver remis en question indépendamment de toute autre considération pour des raisons financières ? »
Un des intérêts, entre autres, de Qui veut la peau des services publics ? est que l'auteur pose les bonnes questions.
Il est étrange que l'on veuille donner un prix à la vie humaine et qu'on décide de fermer des hôpitaux, des maternités, des services d'urgence pour des motifs financiers et des seuils de rentabilité. Qu'elle peut-être la rentabilité d'un être humain ? Il y aurait donc des malades qui valent la peine d'être soignés, des enfants qui méritent de naître dans de bonnes conditions, des vieux qui rapportent davantage que d'autres... La solidarité se calcule-t-elle ?
Le premier rôle d'un État n'est pas d'équilibrer ses comptes, d'être un simple financier gestionnaire du bien collectif, mais davantage de venir en aide aux plus démunis, d'assurer un service de santé égalitaire, un service éducatif de qualité et de permettre à chacun de communiquer, de se déplacer, de se loger dans des conditions décentes. Le jour où la finance aura définitivement pris le contrôle de l'État, nous vivrons au sein d'une société côté en Bourse, dont le capital ne sera pas humain mais monétaire et où les profits d'une minorité se feront sur le dos de la majorité des concitoyens (si ce n'est déjà le cas).
Jacques Cotta va dans les hôpitaux, les bureaux de poste, les écoles, rencontre des fonctionnaires, des agents de l'État et des usagers. Il constate combien la RGPP n'est pas simplement une réforme mais bien une entreprise de destruction, le fossoyeur d'une certaine idée de la vie collective, de la Nation et du rôle de l'État.
« Au regard des besoins collectifs et individuels, des exigences républicaines d'égalité, de solidarité, de fraternité, leur rétrécissement [des services publics] représenté comme un progrès exprime une régression de toute la société. »

La réforme du service public a assurément un but : faire payer par les plus pauvres les déficits structurels et la dette publique pour le compte des plus riches.
On l'a vu avec la crise financière où l'État (nous) n'a pas eu de difficultés à sortir de ses caisses 400 milliards d'euros pour venir en aide aux banques, alors qu'une trentaine de milliards suffirait à combler le trou de la sécurité sociale.
Les déficits du secteur public sont le prix à payer pour maintenir un équilibre au sein de notre communauté. Tentre de réduire
ce déficit sans prendre en considération l'intérêt général, ou pire, faire des bénéfices, revient à donner un blanc-sein aux services privés. « La chasse aux déficits dans tous les domaines aboutit au transfert des dépenses socialisées, prises en charge par l'État, sur le budget des particuliers, contraints d'accéder à des services privés, lucratifs, dont le but essentiel est assez normalement de réaliser du profit. »
C'est bien la notion et l'obligation de profit qui gangrène le bon fonctionnement des services publics. Peut-on faire du profit dans l'Éducation Nationale, créer des « lycées-entreprises » ? Doit-on considérer nos enfants comme des marchandises interchangeables, cotables ou encore de futurs sur-consommateurs, de simples rouages de la machine à faire du pognon ?

Qui veut la peau des services publics ?
met aussi en garde contre une dérive antidémocratique : « Le fonctionnement antidémocratique des responsables politiques est une constante dans la privatisation des services publics. » En résumé : eux savent et nous pas. Sous le couvert de sauver le système, les gouvernants le mettent en pièce. Pragmatisme, rentabilité, réalité financière, obligations européennes, etc., autant de mots paravents que nos femmes et nos hommes politiques jettent en pâture pour faire écran à une autre réalité, celle dépeçage des services publics — on se paie sur la « bête ».
Comment peut-on croire qu'aujourd'hui — alors que notre société baigne dans une certaine opulence — nous ne puissions pas maintenir et améliorer des services publics que nos anciens ont bâtis en 1945 après la guerre, sans moyens financiers et à la suite d'un conflit mondial destructeur ?

Jacques Cotta nous alerte sur ce qu'est réellement cette réforme : l'agonie de la République. Qui veut la peau des services publics ? est un document qui appelle à « l'émergence d'une autre République, sociale dans son principe, basée sur la sauvegarde de l'intérêt général, qui permette à chacun de construire sa vie, du travail au logement, de l'éducation à la santé, et de s'épanouir. De vivre tout simplement ensemble. »
À l'heure où nous avons tant besoin de services publics forts afin de palier aux maux qui touchent les plus faibles d'entre nous (de plus en plus nombreux et fragiles), Qui veut la peau des services publics ? est un livre qui permet de mieux comprendre les enjeux et les répercussions au quotidien d'une réforme inhumaine.


Qui veut la peau des services publics?, de Jacques Cotta, éd. Jean-Claude Gawsewitch

Pour en savoir plus :  



Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




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Le site de Christophe Léon, animateur de L'Écologithèque

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