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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 24 novembre 2010






« La croissance continue de l’économie du savoir, de la production, des richesses, des techniques, nous projette dans un mouvement qui nous évite de réfléchir. Impossible de juger le monde : il se transforme. Inutile d’évaluer le savoir : il est entrain de se constituer. Impossible d’aborder le rapport de l’être au monde : il se métamorphose, nous soulageant de toute pensée. […] Penser, quel que soit le domaine abordé, c’est déjà être décroissant. »
Le livre de Jean-Luc Coudray, L’avenir est dans notre poubelle, sous-titré L’alternative de la décroissance, paru dans la collection Idées libres des éditions Sulliver, aborde l’idée de la décroissance sous un angle sensible, intelligent et particulièrement frappant.
Il n’est pas question ici de théories ou de concepts alambiqués, mais bien davantage d’une réflexion pertinente, à la fois écologique et politique, sur les valeurs qui fondent notre société.

Autant de textes courts dans lesquels Jean-Luc Coudray porte à notre attention une quotidienneté faite de renoncements et de normalisation, d’obligations et de contraintes qui nous empêchent de réfléchir à nos modes de vie et aux possibilités d’envisager un autre modèle économique, social et environnemental.
« La décroissance n’est pas une idéologie mais une nécessité pratique. Les contraintes environnementales vont nous obliger à réduire notre train de vie jusqu’à ce que notre empreinte écologique nous permette de fonctionner durablement. »
La décroissance n’est ni un retour en arrière ni une formule magique. Elle est certainement la seule option possible — immédiate et à moindre coût — pour assurer la pérennité de notre civilisation. Le capitalisme productiviste a montré ses limites et son inhumanité. La décroissance est le chemin le plus naturel vers un monde plus juste et plus égalitaire.
« L’assimilation de la décroissance à l’âge des cavernes montre bien que nous ne croyons plus à la loi, à la culture, à la pensée. Pour nous éloigner de l’animal nous préférons ce qui nous déshumanise. »
Penser est subversif. La publicité, la télévision, la marchandisation de la vie et l’obligation qui nous est faite de surconsommer — soi-disant pour "être" — nous propulsent directement dans un univers de robotisation.
« Les techniques de manipulation génétique, qui introduisent dans le vivant les intentions limitées des marchands, mélangent le réel et sa copie appauvrie. La science, qui cherche toujours la théorie unifiée expliquant l’univers, contribue maintenant à la fabriquer : c’est le marché. »
De même que la gratuité est une valeur qui fait peur aux marchands parce qu’elle induit indubitablement les notions d’échange, de partage et de lien. Moins les liens sont nombreux, plus le monde se transforme en une immense entreprise fiduciaire.
« Toute relation autre que financière pervertit le marché. L’homme, dans sa dimension éthique, religieuse, culturelle et sociale, est un obstacle au libéralisme. […] Le véritable sens du mot libéralisme est qu’il libère de la compensation pour autrui. »
C’est exactement ce que redoute et combat la société de marché : la compassion. L’intérêt que nous portons à l’Autre doit être détruit dans le cadre du néolibéralisme. Il n’y a pas d’être humain mais des consommateurs. Et l’un des moyens pour réduire l’humain reste sans conteste la bêtise.
« … [la bêtise] consiste à être fasciné par un objet sans tenir compte de ses relations avec son environnement. […] Bien entendu, la société de consommation, qui fétichise les objets, entretient un mode de penser basé sur la bêtise. »
Le choix de la bêtise n’est ni un hasard ni un signe de faiblesse, il est pour les marchands un moyen de domination, une arme contre la pensée qu’ils considèrent toujours comme révolutionnaires. Seuls points de repères capitalistes : la force et la richesse, montrés comme des sommets à atteindre — compétition et cannibalisme social étant les deux mamelles auxquelles se nourrissent les zélateurs de la globalisation.
« … ceux dont le psychisme est encore dissocié, qui n’ont organisé aucune vision, qui évoluent sans gouvernail dans le chaos des impressions sensibles, n’ont que la force et la richesse comme références. »

L’avenir est notre poubelle est un livre subtile et intelligent, qui allie étroitement pensée et convictions. Jean-Luc Coudray s’y révèle un acteur sensible de la décroissance.
En toute fin du livre, des pensées décroissantes sont offertes à notre méditation — et pour n’en citer qu’une : « Chacun vit au-dessus des moyens des autres. »

L’avenir est notre poubelle à lire absolument.

L’avenir est notre poubelle (L’alternative de la décroissance), de Jean-Luc Coudray, coll. Idées libres, éd. Sulliver

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