Aller sur la page d'accueil de
L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 11 janvier 2011




« La ville est, par définition, le paradis du béton et le summum de l’artificialité. La présence d’élément de la nature, tels les végétaux, y paraît donc incongrue. Pourtant, qui n’a jamais observé une pousse verte entre deux pavés, une tige fleurie jaillissant d’une craquelure de l’asphalte ? Ces manifestations de la nature prennent d’autant plus de force qu’elles sont inattendues dans les lieux urbanisés. »
Et ce sont bien de « mauvaises herbes » dont il est question dans le superbe livre de François Couplan Plantes urbaines, paru aux éditions Sang de la Terre, et illustré par les photographies de Pâris Faini.
Ces herbes que l’on dit « mauvaises » parce qu’en poussant partout, en toute liberté et malgré nous, contrarient le sentiment de domination et de pouvoir que nous croyons avoir sur toute chose. Ces plantes urbaines, qu’elles croissent sur les trottoirs, envahissent les terrains vagues, s'implantent au pied des immeubles, s'enracinent jusque dans les façades des murs, sont l’exemple même d’une résistance puissante à notre volonté hégémonique. Elles sont le reflet d’une Nature qui nous a précédés et qui assurément nous survivra.

Plantes urbaines nous fait découvrir plus d’une centaine de ces « herbes » aux noms particulièrement poétiques tels que le lobularia maritima (alysson maritime) dont on apprend que « les petites feuilles peuvent être ajoutées crues aux salades » ou encore le cichoricum intybus (chicorée) que « Dioscoride recommandait pour fortifier l’estomac. Pline lui attribuait des propriétés rafraîchissantes et Sainte Hildegarde en faisait un excellent digestif. »
François Couplan mêle le savant et le profane, la science naturelle et l’art culinaire, l’histoire et l’Histoire.
Il nous donne à (re)connaître un savoir ancestral aujourd’hui perdu. La mémoire des plantes est aussi la nôtre. Cette perte de mémoire pourrait paraître anecdotique si elle n’était pas le reflet de notre société consumériste où tout se vend, s’achète et s’oublie.
Les « mauvaises herbes » sont des marqueurs temporels qui nous rappellent notre condition, celle de passager sur un vaisseau fragile, celle d’éléments éphémères faisant partie d’un ensemble, ni plus ni moins.

Véritable encyclopédie, Plantes urbaines nous fait voyager entre les murs en béton de la ville au travers d’un champ végétal que nous ne voyons plus, tellement pressés que nous sommes d’aller perdre notre vie à la gagner toujours plus.
François Couplan est un remarquable ethnobotaniste qui nous ramène les pieds sur terre, au milieu d’une flore urbaine variée, dense et essentielle.

Un beau livre.



Plantes urbaines, de François Couplan, éd. Sang de la Terre

Pour en savoir plus : http://www.sangdelaterre.fr

Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com. Après modérations, ils seront insérés sous la chronique correspondante.