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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 05 septembre 2009




Ce deuxième volet de Simplicité volontaire et décroissance de Jean-Claude Decourt chez Utopimages, sous titré Autres réflexions et « pas de côté », est un petit bonheur dont il ne faudrait pas se priver. Un pas de côté qui nous sort de l’ornière et nous fait prendre un chemin de traverse autrement plus jubilatoire et riche de petites « fortunes » essentielles que l’autoroute du conformisme.
Ceux qu’on appelle les « décroissants » ne sont pas d’étranges créatures appartenant à une quelconque secte prônant le retour à l’âge de pierre, mais bien des gens comme vous et moi qui, plutôt que d’accepter la société du conditionnement, sont à la recherche d’une finalité ontologique, d’un sens à donner à leur vie. Les décroissants sont des êtres humains, aussi banal et trivial que cela puisse paraître. Ce ne sont pas des pousse-caddie embrigadés dans une société de surconsommation dont le diktat est : la possession matérielle et le déni de l’autre.

Simplicité volontaire et décroissance 2, pour ceux qui en doutaient, nous fait découvrir combien ces « gens-là » sont tout sauf des fanatiques. Laissant l'intolérance au vestiaire, ils ont opté pour une radicalité stimulante, une forme de pensée constructive qui interpelle et fait réfléchir. Oui, les décroissants pensent… Et qui plus est, leur cogitation est constructive et fédérative. Elle ne se résume pas à considérer l’homme comme un consommateur dont il faut assouvir les besoins souvent inutiles, avilissants et dangereux pour la survie de notre Planète. Avant d’être des robots armés de cartes de crédit, au volant d’une énorme bagnole, travaillant plus pour vivre moins et gagner un argent qu’ils ne trouveront pas le temps de dépenser autrement qu’en amassant des biens matériels polluants et superflus, les décroissants ont misé sur l’homme. Un pari risqué par les temps qui courent.

Échanger, partager, vivre ensemble, construire, prendre le temps, travailler moins, gagner moins, respecter l’autre, prendre soin de la Planète, des générations futures, aimer et réfléchir… Si l’on se pose une seconde et si l’on y regarde de plus prêt, ne s’agit-il pas de s’affirmer en tant que personne, de reprendre en main son existence plutôt que de la laisser entre celles des publicitaires, des spéculateurs et des exploiteurs ?
Les décroissants n’ont pas d’autres ambitions. Simplicité volontaire et décroissance 2 donne la parole à ces gens qui ont choisi un autre chemin, celui de la simplicité volontaire. Celui de sortir des supermarchés, de relocaliser, de consommer bio, de construire sain, de s’entraider. Dans notre monde occidental et favorisé où contenter ses besoins primaires — manger, avoir un toit, éduquer ses enfants — est devenu relativement aisé (pour combien d’années encore ?), la question est de savoir ce que nous voulons faire du temps qui nous reste. Gagner de l’argent ? Amasser des biens ? Consommer la Planète ? Les décroissants ont fait un autre choix, bien plus difficile, bien moins normaliste, un choix qui intrigue et fait peur : vivre. Pas de morale à la petite semaine, pas d’oukase, pas de mots d’ordre, la liberté ne s’impose pas, elle s’invente.

Une société qui est capable du jour au lendemain de « trouver » 1000 milliards d’euros pour sauver un système financier honteux et mortifère, alors qu’il n’en faudrait que 65 pour que la famine dans le monde soit vaincue, est une société malade d’elle-même.
Quand la voiture remplace nos jambes, la télé notre cerveau, le pognon notre sexe, que reste-t-il de notre humanité ? Sommes-nous inexorablement déterminés à n’être que des machines interchangeables ? Des consommateurs ? Des pollueurs ? Les membres obéissants d’une société barbare ? Les bons petits soldats de la marchandisation ? De la chair à multinationales ? Autant de questions que se posent les décroissants. Et leurs réponses, si elles sont radicales, n’en sont pas moins douées de sens.
Décroître pour vivre mieux et ensemble — un beau programme.

Ce qui est réconfortant dans Simplicité volontaire et décroissance 2 c’est de voir des décroissants qui ne sont pas déconnectés du monde. Des femmes et des hommes qui agissent et même prennent, localement et à échelle humaine, le pouvoir. Certains se font élire dans les conseils municipaux, participent largement à la vie de leur village ou de leur ville. Les décroissants ont envie que ça change. Ils ne se cantonnent pas à une communauté restrictive. Ils veulent partager leurs expériences et leur vision du monde. Ce qui peut faire peur aux pouvoirs (politique, financier, culturel). Et comme on les comprend ces pouvoirs qui n’ont qu’un objectif : que rien ne bouge, qu’un petit groupe de soi-disant nantis vampirise le bien commun à son unique profit.

Les décroissants sont des partageurs, des jouisseurs, des amoureux. Simplicité volontaire et décroissance 2 nous convie à une fête, celle de l’homme, de la nature et du partage. Voir ces décroissants exprimer leurs convictions, parler de leurs espoirs, concevoir une autre société, militer pour un monde « différent », respectueux, prévoyant, joyeux et débarrassé du cancer qui le ronge — la surconsommation, la sur-possession et la domination d’un matérialisme outrancier — démontre, s’il le fallait encore, qu’il existe une alternative. Nous met devant un choix, nous qui ne choisissons plus mais nous contentons de suivre. Peut-être est-ce aussi notre unique et dernier espoir : choisir qu’elle finalité nous voulons donner à notre vie.

Et si vivre « décroissant » était tout simplement exister ?


Simplicité volontaire et décroissance 2 (Autres réflexions et « pas de côté »), de Jean-Claude Decourt, DVD, chez Utopimages

Pour en savoir plus : http://www.utopimages.org



Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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