Aller sur la page d'accueil de
L'écologithèque.com
CHRONIQUE DVD
du 31 mars 2010




Supermarchés. Hypermarchés. Qui n’a jamais mis les pieds dans un de ces lieux voués à la (sur)consommation, dans une de ces allées trempées par la pluie fadasse d’un éclairage au néon, poussant un caddie devant soit, abruti par une world musique insipide, agressé par des annonces publicitaires vantant des articles dont nous n’avons absolument pas besoin, canalisé entre des rayonnages — véritables couloirs de la mort pour consommateurs accros ? Qui ne s’est jamais posé la question de savoir ce qui se cache derrière les prix bas, les « supers affaires », les produits des marques de la grande distribution ? Quelles sont les conditions des employés de ces magasins de la junkconsommation ? Qui sont ces fournisseurs, ces agriculteurs, ces entreprises qui subissent l’hégémonie de la grande distribution, fleuron d’un capitalisme mortifère et massacreuse de lien social ? Combien sont rémunérées les caissières, les paysans, les producteurs, les entrepreneurs ? Comment un kilo de pommes, originaires du bout du monde, transportées des jours, des semaines ou des mois dans les soutes d’un navire, peut coûter à une enseigne moins de 50 centimes d’euros à l’achat ? Qui se demande les raisons qui font que le prix du lait augmente dans les rayons, alors que le prix payé aux producteurs diminue ? Qui s’interroge sur l’étrangeté d’un étale de fruits et légumes d’une parfaite géométrie, d’une même et inquiétante couleur, d’une édifiante homogénéité ? Comment se douter qu’en remplissant son caddie on affame les paysans et leurs familles des pays moins-disants socialement et économiquement (généralement du Sud), qu’on favorise l’esclavage au travail, la maltraitance des enfants, le sous-développement, les crises alimentaires ? Qu’on détruit l’agriculture française ? Qu’on oblige les entreprises à comprimer charges et personnels, donc qu’on participe au chômage endémique ? Qui pourrait seulement penser qu’il encourage, en passant à la caisse d’un super-hypermarché, la pandémie d’un capitalisme sauvage, suicidaire et parfaitement orchestré pour le profit immédiat d’une minorité au dépend de la majorité ? Qui aimerait travailler des heures, faire preuve de flexibilité, voire d’élasticité, pour un salaire de 900/1000 euros par mois ?

Ces questions, le film documentaire, Tous comptes faits, d’Agnès Denis, chez Real Productions les pose. C’est l’envers du décor, la face caché de la pieuvre, le côté obscur de la grande distribution qu’Agnès Denis nous convie à regarder dans les yeux. Ce sont des agriculteurs, des ouvriers, des entrepreneurs, des hommes et des femmes qui parlent de leur désespoir et de leur rage d’être anéantis, broyés, laminés par un système barbare. Celui de la loi du marché et du profit à n’importe quel prix social et humain.
Les prix bas, les fraises en hiver, la compétitivité, le productivisme et la (sur)consommation ont un coût : notre liberté.
La grande distribution suit une logique qui n’a de logique que le solde de son compte en banque. Et donc pourquoi mettre encore les pieds dans un de ces monstres-marchés ? Alors qu’il n’est pas plus cher, voire souvent moins cher, malgré ce qu’en dit la publicité et ce que veut nous faire accroire la grande distribution, de faire ses courses localement, sur les marchés, auprès des petits producteurs, plutôt que dans les grandes usines à déresponsabiliser que sont les super-hyper-marchés.
Quand bien même, si d’aventure, une livre de cerises coûte quelques centimes d’euros de plus, n’y a-t-il pas du plaisir à se dire qu’on paie au juste prix le travail et qu’on accorde à la personne humaine, donc à soi-même, l’estime et la considération qu’elle mérite ? Sans compter le lien social, l’échange et le partage qui eux sont gratuits et certainement plus précieux que n’importe quels supposés rabais ou prix bas.
Personnellement, je préfère le sourire de la crémière à l’ignoble rictus de la grande distribution.

Tous comptes faits est un documentaire qui va à l’essentiel et devrait faire réfléchir plus d’un sur ses habitudes d’achat.


Tous comptes faits, d’Agnès Denis, DVD, éd. Real Productions

Pour en savoir plus :

Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com. Après modérations, ils seront insérés sous la chronique correspondante.