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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 20 octobre 2010




Deux livres à lire dans la collection Désobéir des éditions Le passager clandestin. Deux petits livres qui revigorent, qui donnent envie de se battre pour le service public et pour le logement. Deux petites chroniques de la désobéissance civile qui incitent à l’action et invitent à agir individuellement et collectivement. Bref, deux livres essentiels qui forcent à devenir des acteurs indociles plutôt que des spectateurs impuissants face au système néolibéral dévastateur pour l’individu aussi bien que pour la Planète.

« Dans l’attente d’un réveil général de la contestation, il faut tenir, et gagner du temps. Redonner l’espoir en créant des précédents, un remportant des petites victoire dont l’exemplarité suscitera d’autres batailles ailleurs… et, ce faisant, rappeler que le service public qu’une France exsangue avait pu bâtir à force de volonté, au sortir de la guerre, une France autrement plus riche peut le défendre et l’étendre bien davantage aujourd’hui, à condition de contraindre les néolibéraux à partager cette richesse qu’ils accaparent actuellement. »
Désobéir pour le service public décode la politique de sabotage  de nos services publics au profit du privé. Tous les secteurs sont touchés : enseignements, santé, justice, culture, transports… Cette politique s’articule autour de l’idée savamment orchestrée d’une crise économique et d’une crise financière de l’État aussi peu crédibles que, par exemple, la retraite à 67 ans pour le bonheur de tous et la sauvegarde du régime par répartition.
« Pour obtenir le consentement ou la passivité des usagers du service public, les autorités produisent jour après jour un imaginaire de crise… »
Sans ce service public — qu’il est de bon ton de stigmatiser et de comparer avec le monde de l’entreprise commerciale et de la compétition productiviste —, quid de l’éducation et de la possibilité pour nos enfants de suivre une scolarité gratuite et de qualité (on en vient à mettre dans l’arène éducative des professeurs non formés aux méthodes pédagogiques d’enseignement) ; quid de la santé et du droit pour chacun d’être accueilli et soigné quel que soit son cas et la rentabilité de sa maladie ; quid de la justice que l’on voudrait aux ordres ou bien compétitive avec, un exemple parmi d’autres, l’élection de juge d’application des peines ; sans parler de la culture, domaine dans lequel l’État n’a jamais été aussi dépourvu.
Désobéir pour le service public propose de passer à l’action en faisant circuler l’information, en protégeant l’usager, en l’aidant à comprendre et à s’organiser, en n’assumant plus les actes des chefs, en prenant au mot sa hiérarchie, en pratiquant la grève du zèle, en choisissant avec soin ses cibles, en réduisant les marges bénéficiaires des services publics en voie de privatisation, en développant un service public alternatif…
« Les choses ne s’amélioreront pas toutes seules. Il n’est plus temps de baisser la tête dans le sable en attendant que la catastrophe passe. Cette catastrophe-là, le néolibéralisme, ne passera pas sans que nous ne la stoppions. »
Autant de modes d’action qui s’adressent d’abord aux fonctionnaires, mais que l’on peut imaginer applicables ailleurs et pour lesquels les usagers peuvent être à la fois les auxiliaires et les bénéficiaires.

*

« Si tous les humains ont un droit égal à la vie, pourquoi n’ont-ils pas un droit égal à la propriété de la planète qui les abrite ? Peut-on imaginer l’appropriation totale, par quelques-uns, de l’ensemble de l’espace terrestre, au point que l’on en viendrait à devoir interdire aux habitants de la planète de même poser le pied par terre s’ils n’ont pas les moyens de payer un loyer ? Peut-on réserver le droit de vivre dignement, et de “faire son nid” comme le font tous les mammifères, aux habitants de cette planète ? »
Désobéir pour le logement expose dans un premier temps les raisons pour lesquelles il est urgent de désobéir afin que chacun d’entre nous puisse avoir l’accès à l’espace sécurisé, familiale et intime qu’est un logement.
Dans une société de marchandisation comme la nôtre, le logement n’est rien d’autre qu’un produit ou un placement qu’il convient de rentabiliser ou de monnayer, d’où une mise sous tension de l’espace locatif et une spéculation sur l’espace immobilier. Parce qu’il s’agit bien d’espace et pas seulement d’un toit.
On en vient à refuser, pour divers motifs — pénurie structurelle de logements, marché de la construction inopérant, listes d’attente interminables pour l’obtention d’une HLM, bureaux vides plutôt que logements pour tous, hébergements temporaires de longue durée, etc. —, le droit de se loger dignement et durablement.
« Défendre une autre conception de la propriété, plus compatible avec les exigences d’une démocratie égalitaire. La “main invisible” du marché, qui déterminerait la meilleure affectation possible des ressources, pour le bien de tous, est une chimère, dont la criante pénurie de logements montre assez le caractère dramatique. » Le droit au logement n’est pas négociable, ni pour des raisons économiques ni pour des raisons politiques, et encore moins sociales.
Désobéir pour le logement après avoir dressé la petite histoire du droit au logement propose de passer à l’action. C’est d’ailleurs ce qui fait la particularité et la qualité de cette collection, qui ne se contente pas de l’analyse sociologique et politique, mais appelle le citoyen à se prendre en main et à jouer son rôle au sein de la communauté.
Agir donc, en organisant des irruptions festives, en participant à des actions dans les mairies, en faisant la grève des loyers, en désobéissant aux expulsions, par des réquisitions citoyennes, en faisant face à la triche des pouvoirs publics, etc. Autant d'initiatives que Désobéir pour le logement détaille et explique.
Il est temps de battre en brèche la spéculation et l’injustice sociale en désobéissant pour le droit au logement.
Et comment ne pas être en adéquation avec cette dernière interrogation du livre : « Pourquoi ne pas se battre pour le droit au logement choisi pour tous, et donc pour la création d’un nouveau zonage dans les plans d’urbanisme afin d’intégrer les zones écoconstructibles, c'est-à-dire où seules des constructions à empreinte écologique minimale pourront être autorisées ? »

Désobéir pour le service public et Désobéir pour le logement sont deux petits livres à se procurer (leur prix, 5 € l’unité, ne ruine pas) et dont il est urgent de s’inspirer dans la lutte contre les dérives toujours plus grandes du néolibéralisme.
La désobéissance civile — dans les règles de l’art, comme le propose la collection Désobéir — est une forme de résistance qui a de l’avenir.



Désobéir pour le service public, par Les Désobéissants, col. Désobéir, éd le passager clandestin

Désobéir pour le logement, par Les Désobéissants, col. Désobéir, éd le passager clandestin

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