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L'écologithèque.com
RECENSION LIVRE
du 28 avril 2010



Présentation de l'éditeur :

« Nulle part mieux que dans l’˝immobilier˝ ne se montre cette transmutation métaphysique qui transforme la chose en ˝produit˝. En effet, pour que l’immobilier devienne une activité hautement rentable, il faut qu’au préalable se modifie radicalement la conception que les mortels se font de l’essence de l’espace et changent en conséquence leur manière d’habiter sur terre et de construire leur habitat. »

Le philosophe Jean-Paul Dollé, professeur à l’école d’architecture de Paris-la Villette, propose une approche originale de la crise économique mondiale survenue en 2009. Ce n’est pas par hasard, avance-t-il, que cette crise historique trouve son origine dans les conditions d’accès à la propriété foncière de la population pauvre de l’État le plus puissant du monde capitaliste. Ce n’est pas un hasard non plus si ce sont des familles noires, celles des descendants d’esclaves, qui ont les premières subi les effets des subprimes et ont dû, dans de très nombreux cas, abondonner leur logement. La question de la propriété, et en premier lieu celle de la maison cristalise en effet plusieurs déterminations très puissantes, spécifiques à la fois à l’histoire du capitalisme et à celle de son développement américain particulier : quand la réappropriation du corps permet historiquement de s’arracher au servage dans les sociétés traditionnelles d’Europe, la propriété de sa maison constitue quant à elle le premier rampart contre la violence de la société de la conquète américaine. Les esclaves, massivement « importés » d’Afrique pour les besoins de la culture et de l’industrie, ne disposent quant à eux ni de la propriété du corps ni, a fortiori, de celle du logement. C’est chez eux, et chez leurs descendants actuels, que l’idéal capitaliste de propriété trouve son expression la plus urgente. Seul le système à haut risque des subprimes, habilement déguisé, pouvait permettre à ces populations pauvres d’accéder à la propriété. Ils furent les premiers à pâtir de l’éclatement de la formidable « bulle » provoquée par lui.

« Ce que dévoile d’une lumière crue la crise partie des USA et qui se répand dans le monde entier comme un virus, c’est l’essence même du capitalisme, à savoir la destruction, dissolution, disparition du monde, de l’espace et des choses, la dévastation de la terre, remplacée par le marché global des produits, dont la valeur d’usage est dissoute dans la valeur d’échange et devient ainsi une marchandise. Cette substitution du marché au monde, de la marchandise à l’appropriation du lieu habitable, suppose l’expropriation et l’effacement, voire l’extermination de ceux qui – tels les Amérindiens d’avant la création des USA –, se considéraient comme les gardiens éphémères et non les propriétaires de la terre, c’est-à-dire du lieu où se déploie la vie et habitent les mortels. Nulle part mieux que dans l’˝immobilier˝ ne se montre cette transmutation métaphysique qui transforme la chose en ˝produit˝. En effet pour que l’immobilier devienne une activité hautement rentable, il faut qu’au préalable se modifie radicalement la conception que les mortels se font de l’essence de l’espace et changent en conséquence leur manière d’habiter sur terre et de construire leur habitat. »

L’Inhabitable capital constitue en outre une analyse de la manière dont le capitalisme produit, dans le monde entier, de l’inhabitable : « Le capitalisme, structurellement, produit l’inhabitable. Ce que révèle la crise des ˝subprime˝, – c’est-à-dire la spéculation folle basée sur le désir désespéré de ceux qui, contraints de subir l’inhabitable de leur vie entière, espèrent, à tort, bien entendu, une part infime d’habitable sous forme de maison – c’est l’impossibilité pour le capitalisme de ménager pour les hommes le lieu de l’habiter. Fondé, au temps de l’accumulation primitive du capital, sur l’expropriation des paysans qui ménagent les sites et dessinent le paysage, le capitalisme par et dans son développement-même, exproprie la terre entière des lieux de l’habiter. À son terme logique la globalisation, – l’extension à la terre entière du Marché de la marchandise qui se substitue au monde où les hommes séjournent auprès des choses – exproprie l’habitation même. Le capitalisme arrivé à son stade présent de financiarisation généralisée ne se contente pas d’exploiter le prolétariat mondial par l’extension de la plus-value, d’opprimer et de mettre en servitude des millions de nouveaux esclaves de la mondialisation, il s’attaque maintenant à l’existence même de l’humanité privée désormais de l’habitation, c’est-à-dire confrontée à la disparition du monde en proie à l’im-monde. »

L'inhabitable capital (Crise mondial et expropriation), de Jean-Paul Dollé, éd. Lignes

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