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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 09 juin 2009



« La consommation n’est plus la cible de la contestation ; elle incarne l’action militante elle-même. »

S’il existe un domaine où nous sommes quotidiennement en première ligne, c’est bien celui de la consommation.
Que cette consommation soit engagée ne fait pas de doute. Que nous le sachions, le voulions ou en usions, cet acte de consommer représente un réel pouvoir. Raison pour laquelle les publicitaires, les entreprises marchandes ainsi que les hommes politiques s’intéressent à nos modes de consommation.

Il est tout aussi évident que la société de surconsommation a dévoyé ce pouvoir en le rebaptisant pouvoir d’achat. En vérité, ce n’est  pas d’un pouvoir d’achat dont nous disposons, mais davantage d’un pouvoir de consommer. Ce qui par translation, signifie que nous avons aussi le pouvoir de ne pas consommer ou de consommer différemment ou encore d’engager notre consommation.
Individuellement ou collectivement, notre pouvoir de consommer peut être un moyen efficace d’agir sur le monde réel dans lequel nous œuvrons. Il n’est pas anodin d’acheter un 4X4, une bicyclette ou de marcher à pied. On peut aisément détourner le Je pense donc je suis, en J’achète donc je suis ou plus justement en Je n’achète pas, donc j’existe.

« … le buycott…, consiste à orienter les achats des consommateurs vers certains produits ou certains magasins au nom de la défense d’une cause. »
La consommation engagée, de Sophie Dubuisson-Quellier, dans la collection Contester des Presses de Sciences-Po, nous offre l’occasion de mieux cerner ce pouvoir de consommer.
En cinq chapitres, l’auteur nous convie au banquet de la consommation engagée — histoire, protection de l’environnement, injustice sociale, consommation de masse & alternatives au marché.

Clair, précis, parfois didactique, La consommation engagée est un livre que je qualifierai de neutre. Terme qui ici ne doit pas être pris dans son acception péjorative, mais plutôt au regard d’une analyse qui se veut la plus objective possible.
Sophie Dubuisson-Quellier ne porte pas de jugement. Elle dissèque nos comportements qui font de nous des êtres sociaux et, parfois, asociaux.
« La responsabilisation des consommateurs apparaît comme un moyen d’organiser une pression supplémentaire sur les institutions contestées que sont les entreprises ou les marchés globalisés. »
Tout l’enjeu se situe à cette échelle. Celle de notre responsabilisation. Ce qu’on peut aussi dénommer comme une appropriation.
Pour les marchés globalisés, notre pouvoir de consommer est un moyen de réaliser des profits, mais aussi — ce qu’ils tentent d’occulter — un danger effectif. D’où l’introduction dans notre imaginaire d’expressions telles que pouvoir d’achat. Le but étant de nous faire prendre nos vessies pour des lanternes et de nous spolier de notre rôle régulateur.
Le marché global, dit libéral au sens de prédateur, se résume en peu de chose : l’offre et la demande. L’offre = le marché. La demande = le consommateur. Ce marché est tributaire du consommateur. Il y a donc nécessité à s’engager en conscience.

« … la capacité du citoyen à assumer des responsabilités politique directement à partir de leur vie individuelle quotidienne. »
La consommation engagée répertorie les différentes formes d’actions individuelles, mais aussi collectives, liées à notre pouvoir de consommation.
Individuelles : « … boycott, buycott, décroissance, simplicité volontaire, résistance antipublicitaire, pratique de réemploi…»
Collectives : « …mouvements coopératifs, systèmes d’échanges alternatifs, AMAP, logiciel libre, covoiturage, rachat de terres agricoles… »
On le voit, l’éventail des possibilités d’agir directement et durablement sur la société, l’état de notre planète et l’injustice sociale est large.
L’idéal serait que chacun d’entre nous, lorsqu’il achète un bien quelconque, sache qu’il influe immédiatement sur la collectivité.
Acheter un produit non équitable, fabriqué dans un pays qui ne respecte ni les droits des salariés, ni les droits de l’homme, n’a pas la même résonance que d’acheter un produit manufacturé, par exemple, localement, exempt de « kilomètres », respectueux de l’environnement, etc.

Avoir les yeux grands ouverts quand on consomme est, et deviendra davantage à l’avenir, un devoir. La consommation engagée n’est pas nécessairement un acte politique, mais doit impérativement acquérir une dimension volontariste.
Il ne suffit de consommer bio quand on achète ce « bio » dans un supermarché en s'y rendant en voiture, au détriment d’un commerce de proximité.
Il ne suffit pas de prendre son vélo pour se balader le week-end quand on part en vacances à des milliers de kilomètres en avion.
L’acte de consommer demande un peu de réflexion ; tout le contraire d’une addiction à la télé-publicité et aux modes passagères. Consommer engagée ce n’est pas être différent mais plutôt responsable de soi et de chacun. Le consommateur ne doit plus être un spectateur captif. Il doit devenir un des acteurs, si ce n’est le premier, du marché de la consommation.

La consommation engagée, de Sophie Dubuisson-Quellier aidera peut-être le lecteur-consommateur à ne plus se sentir seul.
La consommation de masse n’est pas une fatalité. Elle peut parfaitement être contrôlée, dans sa démesure et son aptitude à tendre vers la surconsommation, en s’engageant individuellement ou collectivement. Les réseaux ne manquent pas : « … l’écologisme, la décroissance, l’altermondialisme, l’économie sociale et solidaire, le commerce équitable ou encore l’éducation populaire. »

Face à une société qui vise au morcellement et à l’isolement du citoyen (dans son travail, à son domicile, dans un monde virtuel et déshumanisé…) afin de mieux imposer le modèle dominant et de mieux le contrôler, la consommation engagée est certainement la réponse contestataire la plus appropriée.
À chaque seconde où se vend dans le monde une marchandise quelconque, c’est un peu de notre présent qui se joue, mais surtout beaucoup de notre avenir.


La consommation engagée, de Sophie Dubuisson-Quellier, col. Contester, éd. Les Presses de Sciences-Po.

Pour en savoir plus : http://www.pressesdesciencespo.fr/



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Supplément de lecture :


« La bioéconomie est l’économie qui permet de maintenir, d’entretenir et d’améliorer la vie du corps social planétaire humain dans un principe fondamental  de solidarité. Les principes de la bioéconomie sont fondés sur l’observation d’un organisme vivant et de ses interactions avec le milieu environnant… », écrit Marie Martin-Pécheux l’auteur de Bioéconomie et solidarisme, aux éditions Interkeltia.

En partant d’une analyse pertinente des mécanismes économiques, des crises monétaires et des enjeux environnementaux, Marie Martin-Pécheux suggère une nouvelle gouvernance, celle de la bioéconomie, plus respectueuse des hommes et de la Planète.
D’un monde libéral à un monde libéré sous-titre l’ouvrage, avec cette profession de foi : « Pour une économie au service de la vie ! »

Bioéconomie et solidarisme veut être une alternative au système capitaliste néo-libéral. On est un peu surpris par certains côtés « naïfs », non pas de l’analyse, mais du discours.
La simplification apparente du schéma économique comparé au fonctionnement du corps humain semblera de prime abord quelque peu puéril. Mais au fil de la lecture, on s’aperçoit que l’auteur « tient » son sujet. Et même si elle ne parvient pas toujours à convaincre, on pressent que sa théorie n’est pas si marginale qu’elle ne le paraît.
Aucune initiative n’est à négliger. Sortir de l’économie autoritaire d’un marché mondialisé pour entrer dans une bioéconomie, pourquoi pas ?

En vérité, je sors perplexe de cette lecture. Le principe d’adapter l’économie pour en faire un moyen au service de la vie et de la sauvegarde des ressources naturelles est une nécessité. La construction proposée dans le livre Bioéconomie et solidarisme, prenant son assise sur une vue « biologique » de l’économie me laisse dubitatif. Non pas quant à sa raison d’être, mais quant à son application…

Bref, Bioéconomie et solidarisme est un livre à ne pas négliger dans le panorama des solutions possibles à la crise économique, et surtout écologique, qui s’annonce pérenne.
Lire, réfléchir et tenter de comprendre n’est pas un luxe, mais certainement une forme de résistance et de contre-pouvoir. Usez-en.

Bioéconomie et solidarisme,  de Marie Martin-Pécheux, col. ContrEnquêtes, éd. Interkeltia 



Christophe Léon
www.christophe-leon.fr


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