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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 9 juin 2010




« Un projet où l’individu est vu autrement qu’en simple consommateur, prêt à tout pour acquérir des biens matériels censés le rendre toujours plus heureux. Nous sommes arrivés au bout d’un modèle économique, celui de l’argent roi, du chacun pour soi, du gâchis social, économique et environnemental. »
Jean-François Notebaert & Wilfrid Séjeau sont les auteurs, aux éditions Les petits matins, d’un essai intitulé Écoblanchiment, ayant pour sous-titre Quand les 4X4 sauvent la planète.
Écoblanchiment, quésako ? Un barbarisme pour un autre, celui des entreprises qui s’emparent de l’écologie pour la passer à la moulinette de leurs intérêts particuliers. Des blanchisseurs qui délavent un projet collectif de sauvegarde de la Planète et, de fait, de l’humanité entière, pour en faire une sous-marque, un slogan publicitaire ou bien se redorer le blason à l’eau bénite de l’écologie et de la défense de l’environnement.
Ainsi la publicité scélérate n’en est plus à une hypocrisie prêt. Laverie automatique, elle tente de nous convaincre, par exemple, que l’industrie pétrolière est une chance pour la Nature et les écosystèmes, que la grande distribution n’a de cesse que de préserver la Planète et que rouler en bagnole fait pousser l’herbe plus verte. Bref, l’écoblanchiment est une machinerie de récupération, de concassage, de régurgitation et de gavage du consommateur. Elle tend à chloroformer notre conscience afin de nous faire consommer davantage et sans sentiment de culpabilité.

Dans un premier chapitre, les auteurs pointent certains comportement « écoblanchisseurs », notamment certaines entreprises passées maîtres dans ce domaine, telles que Monsanto ou encore l’industrie automobile. Ou encore la grande distribution qui n’hésite jamais à remplir d’oseille fraîche ses caisses, et pour qui « Dès lors, il s’agit souvent de “faire” du développement durable sur quelques produits tout en proposant, dans les rayons à côté, des articles suremballés, polluants ou fabriqués dans des conditions sociales déplorables. » Il n’est pas rare qu’un yaourt ait fait des milliers de kilomètres avant d’atteindre les rayons réfrigérés des hypermarchés.
Ainsi la finasserie grossière de la grande distribution qui voudrait verdir son image n’est plus à démontrer. « … vouloir faire passer la grande distribution alimentaire pour des lieux de solidarité apparaît franchement opportuniste… »
EDF, notre électricien national n’est pas en reste. Vouloir truffer le monde de centrales nucléaires est l’un des objectifs affichés de cette grande entreprise. Le motif principal est que le nucléaire lutte contre l’effet de serre, tout comme la mort lutte efficacement conte les maladies. Le projet est durable et juteux. L’énergie nucléaire ne prend évidemment pas en compte la pollution due à l’extraction du minerai, à la construction des centrales et à leur démantèlement, encore moins celle due au stockage des déchets radioactifs et à leur « retraitement ». « Chez EDF, tout est durable. En effet : les déchets radioactifs sont extrêmement durables ! » 
Ainsi les campagnes publicitaires d’écoblanchiment menées par EDF (« changer l’énergie ensemble » ou adopter pour sigle les pales stylisées d’une éolienne) n’ont qu’un seul but : rendre l’image de la société verdoyante plutôt que merdoyante. La communication joue pour l’entreprise le rôle de tampon entre elle et le consommateur. Le slogan « L’électricité bas carbone » a été inventé pour anesthésier le client.

Les chapitre suivants se poseront la question de savoir s’il est possible de concilier économie, entreprise et écologie. Il y sera question d’externalités négatives et du rôle de l’écoblanchiment. « L’écoblanchisseur pousse le consommateur à […] acheter des produits polluants tout en lui faisant croire qu’il agit en faveur de l’environnement… »
La question est de savoir si le capitalisme productiviste peut s’acommoder de la donne environnementale. La réponse est, évidemment, non. Il peut simplement la manipuler à son profit. Le capitalisme est antinomique avec le bien commun. Le profit individuel et immédiat est son unique but. Le capitalisme est hors de la morale, il est amoral. Il sciera la branche sur laquelle l’humanité est assise jusqu’à ce qu’elle casse — sans état d’âme. Et les auteurs de Écoblanchiment ont parfaitement raison d’écrire : « Tant que la préservation des biens communs ne sera pas intégrée au prix des produits, ou que le consommateur  ne pourra pas se rendre compte réellement des nuisances qu’il provoque, il sera difficile de s’engager vers un véritable développement durable. »
Vient ensuite le chapitre des résistances. Résistances individuelles ou collectives. Les auteurs listent et envisagent les formes possibles de désobéissances aux lois du marché et de la globalisation. Allant de la simplicité volontaire au lobbying, en passant par l’action d’ONG et d’associations.
Il me semble que le grand principe qui devrait motiver et animer chacun de nous dans nos actes d’achat est celui du besoin et de l’usage. N’achetons que ce dont nous avons besoin. Préférons des produits issus du monde de l’entreprise solidaire et de l’agriculture biologique. Devenons des consomm’acteurs, sachant que le véritable pouvoir n’est pas le pouvoir d’achat mais bien plutôt celui de ne pas acheter ou encore d’acheter soutenable, éthique et bio.

Écoblanchiment est un livre qui sensibilisera le lecteur au rôle néfaste de la communication « écologique » capitaliste, ce grand lavoir automatique qui brouille la donnée environnementale et tente de la récupérer à son profit.
Le temps est compté et les auteurs nous le rappellent : « Si nous ne modifions pas nos modes de production et de consommation, nous courons à la catastrophe. La croissance actuelle menace la vie des hommes sur la planète, et le réchauffement climatique sera le principal facteur de l’arrêt du développement humain. »
 
Écoblanchiment, Quand les 4X4 sauvent la planète, de Jean-François Notebaert & Wilfrid Séjeau, éd. Les Petits matins

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