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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 18 janvier 2010





Ce sont d’abord leurs regards qui émeuvent, puis vient le fatalisme qu’ils affectent pour mieux se protéger. Ces ouvriers agricoles ne sont pas comme les autres, ils sont étrangers au lieu où ils travaillent. Ils sont étrangers aux hommes qui les exploitent. Ils sont aussi étrangers à eux-mêmes. Mais ces étrangers-là sont bien plus humains et plus respectables que la clique des exploiteurs. Ces propriétaires de serres qui n’ont d'équivalent à leur inhumanité que leur incroyable facilité à se croire des êtres supérieurs.
El Ejido, La loi du profit, de Jawad Rhalib, produit par Latcho Drom, est un film documentaire qui retourne le cœur et nous met face à notre propre condition d’homme. Qui sommes-nous ? De quel côté sommes-nous ? Celui des monstres ou des humiliés ? Sommes-nous en Europe, en Espagne, en Andalousie ou sur une planète lointaine ?

Almeria est une province côtière de l’Andalousie. Elle accueille la plus grande concentration de culture sous serre au monde. Ce n’est pas rien de voir ces kilomètres de plastique, ces hectares de cultures intensives et d’agriculture chimique.
Ici, particulièrement, la Planète est en danger. Les pesticides et autres pratiques désastreuses pour l’environnement sont l’ordinaire. On ne cultive pas les légumes et les fruits, on les produit — et mal. La quantité prime sur la qualité. Des tonnes et des tonnes de ces, osons le mot, « merdes » traversent l’Europe en camion pour trouver le chemin des supermarchés. Le consommateur pourra acheter sa dose quotidienne et soigner aux petits oignons son cancer et autres maladies. Ces cultures intensives ne nourrissent pas, elles tuent et la Terre et ses habitants.

El Ejido, La loi du profit s’intéresse aux hommes qui permettent à l’industrie des serres de fonctionner. Des employés agricoles venus du Maroc, du Mali ou d’ailleurs. Détenteurs de papiers ou sans, ces déracinés échouent à El Ejido avec dans la tête des espoirs de réussite et de vie meilleure. Il ne leur faut pas longtemps pour déchanter. Profitant de cette main-d’œuvre à volonté, d’autres hommes, du coin, des "pays", s’occupent de leur fournir du travail sous les serres. 45 à 50 degrés à l’ombre. Un salaire de 2,5 € de l’heure. Des conditions déplorables. Voilà leur vie à ces immigrés de l’espoir. Comment auraient-ils pu se douter un jour que l’Europe, le continent riche, était peuplée de profiteurs ? Des esclavagistes fiers d’eux, qui n’hésitent pas, devant la caméra, à tenir des propos racistes avec, au coin des lèvres, un petit sourire satisfait : « Ces gens-là ne sont pas comme nous. Ces gens-là ne vivent pas comme nous. Ces gens-là ne se lavent pas. Ces gens-là… » disent-ils.

Quel genre de société peut accepter que des hommes vivent dans des cabanes faites de palettes et de plastique, sans eau, sans électricité, sans le minimum sanitaire ? On aimerait répondre : la nôtre. Almeria nous prouve le contraire. C’est bien chez nous que des gens sont traités comme des bêtes de somme. Obligés parfois de puiser leur eau dans des bassins de décantation, véritable bouillon de pesticides et autres produits chimiques. Obligés de se vendre pour une misère. Obligés d’accepter toutes les vexations, toutes les brimades, et pourquoi ? Pour un rêve. Celui de la société de consommation et celui du monde occidental. Un mirage qui s'appelle l’argent. Vaut-il mieux être pauvre chez soi ou chez les autres ?
El Ejido, La loi du profit ne peut laisser personne indifférent, quelles que soient ses opinions et ses origines. Parce qu’un jour nous pourrions, à notre tour, être un immigré — ou bien notre fils, notre fille, nos amis…
Plus généralement, le film nous pose une question : une communauté, au sens large, qui traite ses individus comme on les traite à Almeria n’est-elle pas un échec ?
Et encore : quelques centimes d’euros en moins pour l’achat de tomates ou de melons, valent-ils qu’on mette en esclavage nos semblables ?

Ceux qui visionneront El Ejido, La loi du profit n’auront plus le même regard sur leur assiette.
Manger est aussi un acte citoyen et politique. Il devient un acte humanitaire quand il s’agit de s’opposer à l’exploitation sauvage des hommes.
Il n’existe pas d’Almeria en agriculture biologique.
Il est plus facile de fermer les yeux quand les choses se passent loin de nous.
Consommer local et de saison est aussi un moyen efficace de lutter contre tous les Almeria.

El Ejido, La loi du profit, un documentaire à voir pour se rendre compte jusqu’où notre désir de profit peut nous conduire et surtout entraîner les autres — ces gens-là.

El Ejido, La loi du profit, de Jawad Rhalib, DVD, Lachodrom film production 

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