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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 05 septembre 2009



« Signe extérieur d’appartenance à la clase moyenne citadine, la propriété automobile a explosé [en Chine]. Chaque jour, deux mille nouveaux véhicules font leur apparition dans les rues de la capitale… la nation la plus peuplée de la planète, un cinquième des Terriens, est passée du statut de piétons à celui de population motorisée en moins de deux décennies. »
Serge Enderlin, l’auteur de L’après-pétrole a commencé, aux éditions du Seuil, nous convie à parcourir le monde (Chine, Canada, USA, Espagne, Finlande, entre autres) afin de suivre la trace huileuse et polluante de l’or noir, de ce pétrole, véritable poison alimentant le flux saigneux de l’économie mondiale.
À l’évidence, nous sommes shootés au diesel et au super, mais aussi piqués au charbon, mis au régime sec (cours des denrées alimentaires en augmentation exponentielle, sous-alimentation des populations du Sud) par ce qu’on appelle faussement les biocarburants, qui ne sont souvent que des agrocarburants la plupart OGM ; et encore bronzés, irradiés, vaporisés au nucléaire dont la France est le chantre incontesté et le dealer international.
L’après-pétrole a commencé, n’est pas un livre de technicien ni de militant, c’est un livre de journaliste, un documentaire qui, peut-être, aurait mérité une mise en image — tellement la situation semble, non pas désespérée, mais compromise — pour mieux frapper les esprits. Serge Enderlin constate, note et rend compte. À commencer par la Chine.

Un beau pays la Chine. Un pays qui ne demande qu’à nous imiter, à atteindre rapidement, globalement, irrépressiblement notre niveau de vie, de pollution et de consommation. « Qiu Shujie (35 ans) : “On nous envoie à l’étranger pour copier les bonnes méthodes.” » Mais peut-on vraiment leur en vouloir aux Chinois. Presque un siècle que nous vantons à travers le monde notre way of life. Un siècle de marchandisation, industrialisation et de commercialisation — consommation-capitalisme-cannibalisme, les 3 C de notre destin pitoyable. Nous sécrétons notre propre venin et l’exportons sans état d’âme. Après tout, le marché chinois s’ouvre à nous… jusqu’à ce qu’il nous happe et nous digère.
Pour « évoluer » croître » et « produire », la Chine à besoin de pétrole et d’électricité. En un mot, l’énergie est vitale pour elle. « En 2007, la Chine a brûlé l’équivalent de 2,7 milliards de tonnes de charbon, les trois-quarts de ce que les experts estimaient qu’elle utiliserait… en 2020. » Mais tout le monde sait que la spécialité des experts est de se tromper. Dans ce cas, leurs prédictions erronées se traduisent dans les mégapoles chinoises par un smog issu de la pollution industrielle. La Chine manque de pétrole mais pas de charbon : « Pour l’instant, c’est donc toujours le charbon qui "couvre", dans 85% des cas, ces besoins en énergie. Ce qui explique en grande partie la couleur du nuage jaune-gris qui recouvre la totalité des zones urbaines. » Voilà qui donne envie d’atteindre le niveau de vie occidentale : consommer plus pour crever plus tôt.
Charbon et pétrole mamelles de la destruction de notre Planète. Un beau modèle que celui-ci. Mais qui sont les responsables ? Les Chinois ? Ou, plus certainement, le cartel des pays les plus industrialisé, ces VRP d’un mode de vie qui finira par détruire l’écosystème et le monde tel que nous le connaissons.

L’Occident n’est pas en reste. L’après pétrole a commencé, nous convie au Canada, dans la région de l’Alberta où on exploite le pétrole de demain : les sables bitumeux. Une région où l’exploitation de ces sables « … est le plus grave crime écologique en cours sur la planète… la croissance  des émissions de gaz à effet de serre provoquée par les opérations de mine est exponentielle… il y a la pollution des camions Carterpillar et des énormes machines qui retournent la terre, mais aussi celle, dix fois pire, provoquée par la transformation du sable noir en brut synthétique. »
La pollution engendrée est ici doublée de sentiments stupides, primaires et dangereux tel que le patriotisme exacerbé, l’illusoire sécurité intérieure et l’ostracisme affiché. L’Amérique du Nord consciente de sa vulnérabilité énergétique est en voie de se refermer sur elle-même. La «connerie» (appelons un chat un chat) a de beaux jours devant elle. En 2005, Ben harper, originaire de l’Alberta et nourri aux sables bitumeux, est devenu Premier ministre du Canada. Ce politicien-là se réclame de l’ancien Président des Etats-Unis, George Bush himself : « même bigoterie évangéliste, même méfiance instinctive des “menaces sur la croissance” que fait peser le protocole de Kyoto, que le Canada n’a pas ratifié. »
À noter que pour produire 2 barils de brut à partir des sables bitumeux, il faut « consommer » 1 baril de pétrole et 5 barils d’eau pour le rinçage. Le plus inconséquent des économistes tiquerait, mais dans le cas du pétrole, l’inconséquence semble être l’unique loi du marché.

L’après-pétrole a commencéde Serge Enderlin nous parle aussi de Peak Oil, de géopolitique, de charbon au USA, de champs d’éoliennes, de nucléaire et d’espoir vert. Cette «croissance verte» qui nous guette au coin des conformismes en guise de panacée écologique.
Je regrette qu’une alternative ne soit pas abordée dans ce livre, celle, trop simpliste, trop évidente peut-être, de la modération.
Le postulat de  départ, quand on envisage la fin du pétrole et de l’énergie facile et quasi gratuite, est de savoir comment continuer de consommer autant quand nos ressources naturelles s’épuisent. Quadrature du cercle. Quel tour de passe-passe nous permettrait de maintenir notre niveau de vie à son sommet ? Bref, on cherche à rester obèse par tous les moyens. Comment ingurgiter autant si ce n’est davantage, en partageant le moins possible, et sans en crever ?
Pourquoi l’idée d’une décroissance, d’une régulation de notre train de vie, d’une maturité des comportements, d’une diminution des besoins (besoins souvent futiles et artificiels) ne vient pas à l’esprit de nos têtes pensantes et dirigeantes ? L’escroquerie actuelle n’est-elle pas celle qui consiste à assimiler l’être humain à une machine à consommer et ses aspirations à des besoins à rassasier ?
Si L’après-pétrole a commencé n’aborde pas cette alternative, il reste néanmoins un témoignage édifiant sur l’état épouvantable de notre Planète et sur notre incommensurable incurie.

L’après-pétrole a commencé,  de Serge Enderlin, éd. du Seuil 

Pour en savoir plus : http://www.editionsduseuil.fr


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Supplément de lecture :

Éléments d’écologie, de François Ramade aux éditions Dunod, s’adresse, en priorité, aux étudiants en Master et Écoles d’ingénieurs. Une somme, deux kilos de savoir et un pavé dans la marre de nos connaissances en écologie fondamentale. Si je recense ce livre universitaire, c’est qu’il apporte au néophyte intéressé que je suis un nombre considérable d’informations, de développements et d’approfondissements aussi bien sur la biosphère, l’évolution des écosystèmes et quantité d’autres sujets aussi capitaux pour la compréhension de notre environnement.

Évidemment, impossible de lire d’une traite les quelques 680 pages de ce monument, surtout si nos études sont loin derrière nous et si, comme c’est mon cas, n’ont jamais réussi à nous rattraper. Là n’est pas l’intérêt. Ce qui, en revanche, me paraît essentiel, c’est de poser ce livre sur sa table de chevet ou de travail et, à temps perdu/gagné ou par simple plaisir, y piocher à volonté. Une pêche au cours de laquelle le poisson « pite » à tous les coups. On y trouvera tout ce qu’on n’a jamais osé demander ni imaginer sur l’écologie et ses principes fondamentaux, ainsi que sur le fonctionnement très souvent complexe de notre écosystème.
Difficile, âpre, passionnant, il serait regrettable de faire l’impasse sur Éléments d’écologie de François Ramade quand on est curieux et sensibilisé à l’écologie en général et en particulier.

Éléments d’écologie, de François Ramade, col. Sciences Sup , éd. Dunod 

Pour en savoir plus : http://www.dunod.com


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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