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CHRONIQUE LIVRE
du 26 janvier 2011





« Noyés dans le tourbillon du temps fou, drogués aux performances, soumis à des délais professionnels intenables et multitudes d’obligations — que nous nous fixons souvent nous-mêmes —, nous perdons de vue l’essentiel. […]  Ralentir, c’est résister… »
Ralentir ce n’est pas vivre au ralenti, mais vivre plus lentement et plus en conscience comme nous y invite Pascale d’Erm dans Vivre plus lentement, un nouvel art de vivre, paru dans la collection Les nouvelles utopies des éditions Ulmer, avec des photographies de Elie Jorand.
Devant l’emballement individuel et collectif, face à la pression d’une société devenue hyper-marchande, ultra-compétitive et déshumanisante, en réaction à l’idéologie capitaliste du "toujours plus" et du matérialisme exacerbé, vivre plus lentement, à son rythme et en tenant compte de l’Autre est certainement un des grands défis à relever.

Trouver d’abord le temps juste, le « Tempo Giusto » comme l’appelle Pascale d’Erm. Et c’est l’exemple de Carl Honoré, l’auteur de Éloge de la lenteur qui nous est proposé.
Pour Carl Honoré, la « révélation » fut une brutale prise de conscience en 2004.
L’auteur nous explique comment Carl Honoré est parti vivre à Londres et comment dans une des villes les plus « speed » du monde, il a réussi à prendre son temps.
Comment, pour « appliquer la lenteur au quotidien » il a appris à « dire NON. »
Dans ce chapitre inaugural du livre, Pascal d’Erm a choisi l’exemple parlant d’un homme qui a su « réduire » pour mieux exister.
Au fur et à mesure de notre lecture, on s’aperçoit combien le pas à franchir n’est pas si grand et combien on aurait à gagner sa vie dans une lenteur et une simplicité voulues plutôt que de la perdre en la "sur-gagnant" dans le maelström des vanités boutiquières d’une société productiviste.

C’est ensuite Orvietto, capitale des villes lentes (Citta slow, mouvement né en Italie).
« La lenteur urbaine implique la révision radicale des règles d’urbanisme pour écarter les voitures des centres, proposer des transports alternatifs, favoriser la qualité de vie et le calme des habitants. »
La ville doit s’adapter au pas du piéton, au temps de la réflexion et du partage. Le premier impératif pour atteindre cette lenteur urbaine si bénéfique consiste à « effacer la voiture de l’espace urbain ».
La bagnole intra-muros est un accélérateur à vide de vie, un gouffre dévoreur de temps et d’humain, une machine à polluer. Sa disparition en ville change la vie. On respire, on circule en paix, on redécouvre la ville, on se redécouvre.
Bien sûr, il convient dès lors de « favoriser les transports doux » : minibus, trams, vélos… Ainsi réapparaissent la tolérance, l’échange, l’entraide.
Les villes lentes sont des « usines » à bien vivre en communauté. Ce sont des villes à échelle humaine « … les villes lentes se réapproprient leur échelle de développement; s’opposent au gigantisme urbain, ne veulent pas ressembler à ces villes tentaculaires, fragmentées, où les liens humains sont difficiles à établir. »

Vient ensuite l’exemple de Sylvain Tesson adepte de la lenteur vagabonde : « Marcher, écrire et escalader… des bonheurs clés pour court-circuiter la cadence folle des heures creuses » ; celui de Georges Toutain, figure du mouvement slow-food  qui nous invite à « respecter le rythme de la terre, le cycle des saisons, le fonctionnement des écosystèmes... », la vitesse nous ayant débranchés des réalités d’une vie terrestre et non pas virtuelle, technologique et scientiste ; et enfin le parcours de l’artiste Patrick Jouin, adepte du « Slow Design » qui « prône un autre rapport au temps, plus maîtrisé, inspiré par la nature et attacjé aux valeurs de simplicité, d’authenticité, pour mieux féconder [l’]imagination. »

Vivre plus lentement, un nouvel art de vivre est le livre des possibles.
Revenir à une lenteur à hauteur d’homme n’est pas une utopie. Des femmes et des hommes l’on fait. Ils ont su se réapproprier leur vie, ils ont su la partager, ils ont su réagir contre un modèle de société exclusivement tourné vers le profit, le matériel et l’atomisation de l’humain.
« Dans l’histoire des sociétés, les temps sabbatiques ont toujours eu une grande fécondité… » écrit Pascale d’Erm.
Et c’est bien d’une naissance, celle d’un homme moderne dont nous parle Vivre plus lentement, un nouvel art de vivre, à l’opposé de l’homme grégaire, passéiste et conformiste, qui accepte de s’emprisonner derrière les barreaux d’une société folle de vitesse et d’accélération stériles.



Vivre plus lentement, un nouvel art de vie, de Pascale d’Erm, photographie de Elie Jorand, coll. Les nouvelles utopies, éd.. Ulmer

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