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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 18 janvier 2010




« Qu’ils sont puérils tous ces gens habitués à bien manger, à prendre l’avion pour aller en vacances n’importe où, à voir aussitôt renouvelé tout ce qui est vieux ou abîmé, à croire que tout cela est un droit, un acquis et que, de toute façon, “ça” progresse. Quand notre économie reconnaîtra-t-elle la non-gratuité des ressources naturelles et la non-gratuité des rejets polluants et des émissions qui rompent les grands équilibres climatiques ? »
Cet extrait est extrait de la contribution d’Olivier Abel, philosophe, au livre Éthique et changement climatique, paru dans la collection Les essais, aux éditions Le Pommier. C’est d’ailleurs la contribution qui m’a semblé la plus intéressante et la plus riche d’enseignements.
Même si l’on n’est pas forcément en accord avec toutes les propositions d’Olivier Abel, son texte n’en demeure pas moins d’une intelligence rare.
Du même : « Depuis longtemps, la vérité des prix du pétrole est demeurée cachée : à l’échelle géologique, le pétrole est extrêmement rare et précieux. Nous avons donc vécu largement au-dessus de nos moyens, au détriment des générations futures, qui nous accuseront d’avoir pillé des trésors. »
Nous n’avons plus les moyens de notre train de vie. La croissance est un leurre, un piège dans lequel nous nous sommes enferrés. Le mirage du développement infini et d’une technologie omnisciente qui répond à toutes les questions et résout tous les problèmes n’est, depuis belle lurette, qu’une poudre aux yeux jetée à la face des populations pour leur cacher une vérité incontournable : « Nos vies ne sont plus vivables ainsi, il nous faut nous organiser autrement, chacun, tous, et nous ne devons laisser personne le faire à notre place ni personne “payer” pour nous. »
L’analyse que fait Olivier Abel des prochains bouleversements environnementaux et l’éthique qu’il propose, celle d’une vie bonne et celle qui consiste à élargir le spectre de notre perception, à mieux sentir ce que nous faisons, devraient insister le lecteur à réfléchir sur son mode de vie, sa responsabilité et ses devoirs vis-à-vis des générations à venir.
Encore Olivier Abel : « Il n’y pas que les armes et le commerce, il y a les sports et les lettres, les arts et les sciences, la vie spirituelle et le théâtre politique et urbain, il y a la courtoisie quotidienne et l’inventivité des formes de vie. Pourquoi ne pas s’investir plus tranquillement dans tout cela, mieux redistribuer ces biens-là, proposer d’autres formes d’accomplissements que la consommation ? » Espérons que nos gouvernants liront ces quelques lignes et s’en inspireront…

Éthique et changement climatique est le résultat d’un colloque qui s’est tenu à Paris en 2009. Des scientifiques, des philosophes et des économistes ont contribué à sa rédaction.
André Berger, climatologue, dans sa contribution : Changement climatique : états des lieux, dresse un constat clair et abordable des connaissances actuelles et des données scientifiques concernant le changement climatique. Par exemple : « … la vitesse à laquelle nous perturbons le système est largement supérieure à celle de son évolution naturelle. En outre, la preuve est faite que cette augmentation substantielle de CO2 est essentiellement liée aux activités humaines. » Il n’y a d’ailleurs plus que «l’éminent» chercheur Claude Allègre et quelques autres pour en douter.
Le texte d’André Berger, accompagné de nombreux schémas, se veut le plus objectif possible. Le changement climatique n’est pas une affaire d’opinion mais assurément de données scientifiques. Il n’est pas idiot de faire crédit à ces chercheurs qui travaillent à une modélisation climatique et à une projection dans le temps des bouleversements qui nous attendent.
Néanmoins, comment laisser passer dans ce texte, sinon d’une grande rigueur, une phrase telle que : « En France, la production d’électricité se porte bien, parce qu’elle vient, à l’heure actuelle, pour 80 % du nucléaire : que l’on soit favorable ou non à ce dernier, son impact sur les émissions de CO2 est largement positif. » Voilà un exemple étonnant d’un manque de lucidité. Comment ne peut-on pas voir plus loin que le CO2 ? C’est vouloir soigner un mal de tête avec une dose massive de curare. Quid des déchets nucléaires ? Quid du démantèlement ? Quid de la pollution marine et atmosphérique ? Quid du pillage des matières premières et des ses coûts en vies humaines — au Niger par exemple ? Quid des accidents nucléaires ? Quid du mox, des missiles, des armements ? Quid du fait que nos descendants devront vivre sur une poudrière durant des milliers d’années ? S’éclairer aujourd’hui vaut-il la grande nuit nucléaire de demain ?

Éthique et changement climatique est un ouvrage qui appelle à la réflexion sur le rôle et la responsabilité des scientifiques ainsi que sur notre implication personnelle dans l’aggravation du changement climatique. S’il est peut-être trop tard pour arrêter l’évolution du système, il n’est certainement pas trop tard pour l’anticiper et diminuer notre empreinte écologique individuelle et collective. Cela passe par une réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, par un changement radical de mode de vie, par une décroissance supportable (peu ou prou) de notre train de vie. Notre bien-être d’aujourd’hui ne doit pas compromettre celui des futurs habitants de la Planète.

Une dernière citation extraite du texte d’Olivier Abel et qui synthétise bien les enjeux actuels : « Si l’épuisement des ressources et l’insouciance énergétique actuelle ne développe qu’une imagination affaiblie, une insensibilité profonde à l’état du monde, un nihilisme de pacotille, une sorte de tourisme universel sous l’impératif du “pas de souci”, alors le réchauffement climatique, la fuite en avant des puissances de ce monde, les famines, les guerres et les pillages développeront une peur grandissante pour nos proches, qui peut nous mener au fanatisme et nous rendre capables de justifier le pire. »

Éthique et changement climatique, collectif, col. Les essais, éd. Le Pommier 

Pour en savoir plus :




Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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