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L'écologithèque.com
CHRONIQUE DVD
du 20 octobre 2010





Ils sont plus de vingt mille « garçons perdus » qui ont fui le Soudan en 1987 pour échapper à une guerre civile meurtrière. Les enfants de l’exil, le film documentaire de Christopher Dillon Quinn distribué par Swift, nous raconte leur histoire, notamment celle de trois d'entre eux : Panther, Daniel et John.

Fuyant la barbarie, les assassinats d’enfants, les viols et les persécutions, la cohorte des « garçons perdus » a parcouru plusieurs milliers de kilomètres et traversé d’abord l’Éthiopie pour se réfugier finalement dans un camp au Kenya.
Malgré la faim et la maladie, ce qui frappe dans cette première partie du documentaire Les enfants de l’exil, c’est l’extrême solidarité qui règne dans la communauté et l’entraide entre des enfants livrés à eux-mêmes, qui sauront s’organiser et subvenir autant que possible aux besoins essentiels.
Sans parents, morts ou disparus, les « garçons perdus » forment une collectivité parfaitement soudée qui, lorsque certains d’entre eux, en 2001, seront envoyés aux USA par une organisation humanitaire, se réjouira de cette "chance".
Le réalisateur va suivre le petit groupe des exilés, et tout particulièrement trois « garçons perdus » devenus grands.

La seconde partie du film Les enfants de l’exil est certainement la plus déchirante.
La découverte d’un monde qui leur est tout à fait étranger, d’une civilisation sans commune mesure à celle qu’ils ont connue jusqu’alors, est l’occasion d’une confrontation psychologique brutale et stupéfiante.
L’Amérique ne se révèle pas être l’Eldorado tant escompté — terre d’accueil, mais pays étrange où les gens ne se parlent pas, où l’aide apportée par le gouvernement doit se rembourser dès le troisième mois de leur arrivée, où tout est possible si l’on déserte son corps et son âme, si l’on s’oublie soi-même pour entrer dans l’engrenage mortifère de l’individu désincarné.
Pourtant les trois « garçons perdus » vont résister et s’accrocher à leur tradition, à leur coutume et à leurs habitudes de vie soudée.
Nous avons, ces temps-ci, le mot intégration à la bouche, un mot qui pour certains signifie « assimilation ». On voudrait assimiler, broyer, noyer dans la masse l’exilé. Les enfants de l’exil nous fait découvrir comment les « garçons perdus », en gardant leur « âme » parviennent à s’intégrer dans la société américaine, quitte à faire trois boulots par jours et à subir l’insécurité et l’isolement.

La troisième partie du film suit John, Panther et Daniel dans leur long apprentissage des codes de la société américaine. Mais il montre aussi comment ces « garçons perdus » ne se contenteront pas de « s’intégrer », mais comment ils vont se battre pour leur famille restée en Afrique et pour que le gouvernement américain s’intéresse enfin à la guerre au Soudan.
Ils sauront au bout du compte — non pas à force d’assimilation, non pas en se diluant dans une société et des coutumes qui ne sont pas les leurs, mais en s’adaptant — trouver leur place et aider leurs proches (familles, communauté).

Les enfants de l’exil nous conte une histoire touchante et douloureuse.
C'est aussi l’occasion de voir autrement, du côté des exilés, ce que représente l’arrachement à un sol et à une famille (au sens restreint et large à la fois).
Certains de ceux qui font les « lois d’immigration » dans notre pays devraient s'inspirer de ce film et en tirer quelques enseignements — le plus simple et le plus évident étant que les immigrés, les exilés, sont des hommes avant tout.
L’humanité et l’entraide ne s’arrêtent pas aux frontières d’un pays, à la couleur d'une peau ou à la religion pratiquée. Il conviendrait, avant de voter des lois répressives sur l’immigration et d’affréter des charters d’expulsés, de se mettre à la place de l'éxilé. Rien ne dit que nous n’y serons pas un jour, puisque nous l'avons déjà été…


Les enfants de l’exil
, Christopher Dillon Quinn, DVD, distribution Swift


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