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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 14 avril 2010




« … l’empêcheur de tourner en rond, le pessimiste “de service”, “écolo”, “gauchiste”, “hippie”, “existentialiste”, selon les âges, “millénariste”, dans certains milieux, “catastrophiste”, dans d’autres, “ayatollah”  pour nos ennemis, en général ceux-là mêmes qui organisent les catastrophes réelles : marées noires, “vaches folles”, accidents nucléaires, amiante cancérigène, réchauffement climatique ou pollutions chimiques, tout ce qui nous mène pas à pas au néant. »
Ainsi les détracteurs d’Armand Farrachi le qualifient-ils. Auteur de Une semaine chez les ours, paru aux éditions Les Liens qui Libèrent, Armand Farrachi est un irréductible défenseur de la biodiversité, et par-là de la cause animale, un « athlète » de l’écologie, un combattant de première ligne pour tout ce qui concerne notre Planète et ses écosystèmes.
On pourrait aussi lui reprocher une certaine forme de misanthropie qui, personnellement, me semble parfaitement naturelle. Quand on a fréquenté les grands singes sapiens que nous sommes et des êtres tels que les ours par exemple, la comparaison ne coule-t-elle pas de source ?

Dans Une semaine chez les ours, l’auteur nous convie à sept jours d’affût dans la forêt slovène, à la recherche de l’ours. La « chasse » ici se veut pacifique et la tentative photographique aléatoire. Ce qui compte pour Armand Farrachi, c’est d’entrer en communion avec la Nature, dans un milieu quasi respecté et parmi une faune et une sylve presque intactes. « Pas d’automobiles, pas de pesticides, pas de lignes à haute tension ni d’enseignes, pas d’affiches publicitaires ni de slogans obscènes, rien n’est pollué, ce qui, pour un Français, mérite déjà le voyage. » Un monde donc étranger à la « civilisation » du « toujours plus 
» , de la technologie funeste et du temps de cerveau disponible pour le formatage universel.
Les chasseurs, les vrais, les viandards, les gros bras, les massacreurs de bestioles et autres Rambo à la petite semaine, l’auteur ne les porte pas dans son cœur : « … je ne fraterniserai jamais, par principe, avec quiconque tue pour le plaisir, et prendrai toujours le parti du taureau contre celui du torero, de l’ours contre le chasseur. […] Si les animaux menaient une lutte armée contre les hommes, je leur fournirais des armes et des renseignements. »
Armand Farrachi n’aime pas les écocidaires, qu’ils tuent l’ours, qu’ils assassinent le taureau lors de fiestas bestiales où des dégénérés hurlent et applaudissent à la mise à mort sacrificielle d’un être vivant. Quel plaisir peut-on trouver dans le meurtre, hormis pour des malades ou des pervers ? Autant tuer pour se nourrir est acceptable sous certaines conditions, autant tuer pour faire vibrer en nous la corde malsaine du tortionnaire ne devrait pas être admissible, comme cela l’est dans le cas de la corrida, des combats d’animaux et de la chasse loisir par exemple.

Une semaine chez les ours est aussi l’occasion de crapahuter avec l’auteur à la recherche de l’ours brun, cet ours tellement polémique dans les Pyrénées. Imaginez que ce plantigrade, dès qu’il arrive sur notre sol, attaque le bétail, les bergers, les chasseurs et tombe tout seul par accident du haut des falaises. Voilà un animal curieux, qui nulle part ailleurs n’agit de cette façon, seulement chez nous, certainement dans le seul but de donner l’occasion aux
« victimes » de les tirer à vue, de les cribler de plomb, de les empoisonner, de les effaroucher et de demander des primes suite au massacre de troupeau par ces monstres agressifs. La terre pyrénéenne est-elle un asile pour ours aliénés ou bien les braves gens en armes ont-ils la gâchette et le verre pilé faciles ?
« La France aime à laisser croire qu’elle s’occupe de la “biodiversité”, au point de réintroduire à grands frais des animaux emblématiques en danger d’extinction, mais sans aller jusqu’à lutter contre les causes de leur disparition, à savoir les chasseurs ou ces éleveurs armés jusqu’aux dents qui préfèrent s’affubler du nom bucolique de “bergers”. » Les autorités françaises jouent évidemment un double jeu, consistant à complaire aux uns et aux autres. L’ours, lui, ne fait pas de politique, ni la Nature, ni le climat, ni les écosystèmes. « La seule espèce protégée en France, c’est le chasseur », écrit Armand Farrachi. J’aurai tendance à y ajouter (liste non exhaustive) : les pro-nucléaires, les bétonneurs, les goudronneurs, les banquiers, les lobbies de la chimie, du pétrole, de la bagnole et de l’armement…

Une semaine chez les ours est à la fois l’occasion d’une ballade en forêt, d’une quête personnelle et plus largement universelle. C’est aussi une occasion d’espérer, d’être utopiste au sens où l’utopie est une idée qui n’a pas encore abouti (Théodore Monod). Pour l’auteur, l’occasion d’écrire : « Sans les grands animaux, habitants de l’équilibre et de l’harmonie, mort comprise, il n’y a de vérité que tronquée, artificielle, menacée, incomplète. Je crois que si chacun passait une seule fois quelques minutes de sa vie avec un gorille, un tigre ou un ours, ce n’est pas seulement lui qui en serait changé mais le monde. »

Passez Une semaine chez l’ours avec Armand Farrachi, vous ne le regretterez pas.



Une semaine chez les ours, d’Armand Farrachi, éd. Les Liens qui Libèrent

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