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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 28 septembre 2009



« Nauru : 21 km² de roche perdue en plein océan pacifique… la plus petite république de la planète… Un petit État ou la main invisible du marché mondial aurait déposé tous les maux de nos sociétés. Un laboratoire à ciel ouvert. »
Qui, hormis les spécialistes, a jamais entendu parler de Nauru? Un confetti au milieu de nulle part, loin de tout. Une île qui, encouragée par les pays riches dont l’agriculture intensive nécessite chimie et engrais, va connaître la fortune et l’extrême pauvreté en quelques décennies. Ceci grâce au phosphate, un engrais indispensable au déploiement d’une agriculture à échelle mondiale et inhumaine. Le phosphate qui se trouvait à volonté (ou presque) dans le sol nauruan.

Luc Folliet, l’auteur de Nauru, l’île dévastée, aux éditions La découverte dans la collection Cahiers libres, s’est rendu sur cette île, a interrogé les habitants, a reconstitué son histoire, a mené l’enquête.
Le résultant : un livre documentaire et fouillé sur ce qui pourrait bien être l’exemple à ne pas suivre.
D’emblée, Luc Folliet, par le sous-titre un tantinet provocateur mais parfaitement justifié, nous « met au parfum» : Comment la civilisation capitaliste a anéanti le plus riche pays du monde.

« Dans les années 1970, Nauru est un paradis pour une population qui n’a pas besoin de se lever pour aller travailler… Ils [les Nauruans] sont des rentiers et se comportent comme tels. Oisifs et consommateurs… L’État fourni tout, pourvoit à tout. »
Le phosphate, dans ces années-là, est extrait en quantité. L’avenir n’est envisagé qu’en termes de dollars australiens. Les Nauruans, et surtout les hommes politiques locaux, font une cure de pognon. Ils deviennent du jour au lendemain des surconsommateurs, possèdent jusqu’à sept voitures de luxe, les abandonnent sur le bord de la route en cas de panne (même d’essence), mangent trop, ne bougent plus, grossissent, oublient leur culture ancestrale, se croient les maîtres du monde.
Bref, un peuple de
« pêcheurs-cueilleurs » se transforme en un peuple ultra capitaliste. Certains vont même jusqu’à se torcher avec des billets de banques.
Les Nauruans importent ce dont ils ont besoin. Achètent des maisons en Australie. Vivent, non seulement au-dessus de leur moyen, mais surtout au-dessus des moyens de leur île. À force d’extraction massive, du pillage de l’unique ressource (négociable) naturelle de l’île, le phosphate, la production va en diminuant. Et les hommes politiques nauruans ne sont pas de bons pères de famille, loin s'en faut. Ils ne gèrent pas en conséquence. Lorsque que les rentrées d’argent viennent à manquer, ils dépensent autant et même plus. La fuite en avant et après nous le déluge.

Nauru, l’île dévastée, décrit méthodiquement le processus d’un désastre. Luc Folliet décortique les mécanismes qui amèneront les dirigeants de Nauru à faire de leur rocher une île prison pour les immigrés clandestins voulant rejoindre l’Australie ; qui les obligeront à s’allier avec les Japonais pour quelques subsides, leur assurant leur vote à l’ONU contre l’interdiction de la pêche à la baleine. Homme et Nature pareillement bafoués.
Nauru passe en l’espace d’une demi-vie d’homme, de la richesse absolue à la pauvreté totale.
Un désastre écologique. L’île amputée, le sol dévasté. Mais aussi humain : « Le diabète. Le mal nauruan. Il ne se passe une semaine sans deux ou trois enterrements provoqués par cette maladie récurrente sur l’île…. Principale cause de décès du pays. » L’oisiveté, la perte de l’habitude d’aller travailler, la malbouffe, autant de phénomènes qui ont contribué à ce mal.
Le diabète serait-il un mal capitaliste ?

Poussée à son paroxysme, l’idéologie capitaliste de la loi du marché, de l’offre et de la demande et de la dérégulation conduit irrémédiablement à la catastrophe. Nauru est, pour cette raison, un laboratoire.
Ce minuscule rocher démontre à quel point la surexploitation des ressources de la Planète, la rapacité de l’homme, la concussion des dirigeants politiques et l’intérêt particulier des pays riches peuvent scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Nauru, l’île dévastée, est un livre exemplaire. Il étudie l’infiniment petit — Nauru. La question est de savoir si cette expérience est applicable à plus grande échelle. Si un jour prochain, dans notre monde occidental, une crise, pourquoi pas financière, viendra ébranler le capitalisme dominant. Si les politiques appliqueront les mêmes méthodes que leurs homologues nauruans. S’ils continueront à vanter et à mettre en place un système qui, bientôt, s’autodétruira. S’ils continueront à exploiter sans vergogne des richesses naturelles qui ne sont pas infinies.
Nous n’avons qu’une Planète et des milliards et des milliards de papiers monnaie. Nous n’avons qu’une Terre. Le jour où elle sera comme l’île de Nauru, effectivement, les billets de banque ne seront plus que du papier toilette.

Luc Folliet, à travers son livre Nauru, l’île dévastée, nous fait toucher du doigt ce que pourrait être l’avenir de nos enfants et petits-enfants.
Lisez Nauru, l’île dévastée. Vous comprendrez pourquoi il faut réagir et construire un autre modèle de société, respectueux de la Nature et de l’Homme. Une société plus juste et un partage des richesses plus équitable.

« Nauru, c’est surtout l’histoire de l’homme qui, une fois son confort matériel assuré, néglige sa culture, oublie son passé et se fout de son environnement. Nauruans, Occidentaux ou Chinois. Sur ce point, je pense qu’on se vaut tous. »

À nous de prouver le contraire.

Nauru, l’île dévastée, de Luc Folliet, col. Cahiers libres, éd. La découverte 

Pour en savoir plus : http://editionsladecouverte.fr


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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Commentaires :

28 septembre à 15h20, Christophe V. a écrit :

Bonjour,

Ayant mis au monde 2 enfants encore jeunes à l'heure où j'écris, je n'ai pas le choix que de garder espoir et d'agir pour qu'il se concrétise. Sinon je partagerais sans état d'âme la sentence finale de cette chronique : "Nauruans, Occidentaux ou Chinois. Sur ce point, je pense qu’on se vaut tous" que j'exprimerais ainsi : "l'Humanité disparaitra, bon débarras !", de l'ouvrage éponyme du philosophe Yves Paccalet.