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CHRONIQUE du 9 février 2011








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« L’essentiel de cet ouvrage est consacré […] à expliquer comment, chose réellement surprenante, le doute parvient à s’installer sur une réalité validée par toute la science moderne et dont tant les chimistes que les physiciens de l’atmosphère ne doutaient déjà guère il y a un siècle. »
C’est ainsi que Stéphane Foucart, dans son introduction, présente son livre Le populisme climatique, sous-titré Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, paru aux éditions Denoël dans la collection Impacts.
Et c’est bien d'une enquête dont il s’agit. Une traque des réseaux, des lobbies et des modes de fonctionnement des climato-sceptiques, parmi lesquels l’auteur a choisi de s’intéresser à deux figures emblématiques : l’une connue, parce que médiatique et haute en couleur, Claude Allègre ; l’autre moins exposée mais très active, Vincent Courtillot — tous deux savants de renommée internationale.

« Cette violence faite à la science […] a principalement été en France le fait de deux géologues : Claude Allègre et Vincent Courtillot. Leur croisade climato-sceptique, forgée dans la tromperie, la manipulation des données, l’intrigue et l’instrumentalisation su scepticisme scientifique, a trompé une part du public, des médias, de certains intellectuels et responsables politiques. »
On le voit, dès les premières pages du livre, le ton n’est pas tendre.
Le populisme climatique n’aurait pas d’intérêt s’il se contentait de rester au niveau de la dénonciation sans apporter les preuves de ce qu’il avance. Évidences que l’auteur va pourchasser tout au long de l’ouvrage, mettant à jour les pratiques et l’objectif principal des climato-sceptiques qui est « la fabrication du doute » avec pour mécanique « le dénigrement des sciences, la diffamation des chercheurs ou simplement la négation des lois de la nature. »
L’exemple de Claude Allègre et Vincent Courtillot, tous les deux directeur ou ancien directeur de l’Institut de physique du globe de Paris — donc théoriquement instruits des règles et des méthodes du monde des sciences —, est représentatif du microcosme climato-sceptique. « La somme d’erreurs commises à propos du réchauffement par les deux hommes dans leurs interventions publiques est incroyable. » De là à penser qu’ « il ne s’agit pas d’erreurs fortuites » il n’y a qu’un pas...
Stéphane Foucart va s’appliquer à le franchir, démontant point par point ces erreurs, qui « sont activement délivrées à l’opinion publique pour discréditer les sciences du climat et forger du doute », et en expliquant les raisons.

Il est remarquable, en lisant Le populisme climatique, de s’apercevoir (pour ceux qui en doutaient) que se sont les mêmes chercheurs à travers le monde — ceux qui, par exemple, ont été aux côtés des cigarettiers ou bien ont minoré les dangers et les risques pour la santé humaine de l’amiante — qui se trouvent maintenant mêlés à la stratégie des grands groupes transnationaux pour dénigrer  les travaux du GIEC ou des scientifiques travaillant à l’explication du réchauffement climatique, à la mise en évidence de la responsabilité des activités humaines dans l’emballement climatique, à l’élaboration d’une politique de prévention et à la gestion durable des ressources naturelles et de l’énergie.
En dix-huit chapitres, l’auteur nous entraîne dans la nébuleuse climato-sceptique. La démonstration est précise, quasi chirurgicale, et les recherches ainsi que la documentation sont sans conteste un des atouts du livre.
« Fabriquer et propager le doute. Démobiliser les opinions pour laisser aux décideurs tout loisir de reléguer la question climatique au second plan de leur liste des priorités. […] Sans sombrer dans le conspirationnisme, il faut reconnaître que des tentatives coordonnées de grandes entreprises, généralement américaines, de fabriquer et colporter du doute sur la question climatique sont bien documentées depuis deux décennies. »
Car si un doute est bien levé, c’est lui des intérêts financiers agitant le landernau des lobbies qui agissent pour que la science soit aux ordres des marchands et des spéculateurs. Plus généralement, me semble-t-il, le climato-scepticisme est un épiphénomène du capitalisme productiviste, comme l’est l’agriculture intensive, le démantèlement des services publics ou le nucléaire.
C’est toujours l’argent le moteur et le prescripteur. L’argent qui veut contrôler et intoxiquer — et « C’est la démocratie même qui est prise en tenaille. Le lobbying classique influence les élus ; le dénigrement public de la science et la diffamation des chercheurs influencent l’électeur. Ce ne sont pas les mêmes dollars qui servent à l’un et à l’autre de ces objectifs. Mais ils sortent des mêmes poches. »

Le populisme climatique est un ouvrage passionnant et passionné.
Les dispositifs qu’il met à jour, l’évidence des manipulations qu’il dénonce, ainsi que la démonstration de l’incroyable force de persuasion des climato-sceptiques nous alertent et nous font toucher du doigt un domaine sensible où la science, l’intérêt général et la sauvegarde de la Planète sont en jeu.
Même si certaines outrances, bonhomies et autres plaisanteries bien senties d’hommes de sciences fantasques et médiatiques peuvent parfois prêter à sourire, n’en doutons pas un instant, les climato-sceptiques sont un frein à l’urgence qu’il y a de réaliser que le climat change et d'agir en conséquence.


Le populisme climatique – Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, de Stéphane Foucart, coll. Impacts, éd. Denoël

Pour en savoir plus :


Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




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