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Chronique décembre 2011












« Nous assistons, à partir des sociétés les plus technicisées, à un soulèvement, encore confus mais universel, du vivant contre ce qui le nie et le détruit, contre le monde irréel que la machine lui fait. […] Nous adorons la machine depuis trop longtemps, nous avons trop, depuis trop longtemps, tout fondé sur cette adoration. »
Ce n'est pas un Indigné squattant à juste titre le cirque affairiste de Wall Street, responsable (avec d'autres bien sûr — FMI, OMC, gouvernements, personnel politique, multinationales, lobbies...) de la crise économico-financière actuelle et de la paupérisation d'une partie, toujours plus grande et plus proche de chez nous, des habitants de la Planète, ou bien encore un altermondialiste organisant un contre-G20, mais un homme mort en 1973 qui écrit ces lignes prémonitoires, non pas dans un organe d'extrême-quelque-chose ou d'écologie subversive, mais dans Charlie Hebdo n° 12 du 8 février 1971. Cet homme s'appelle Pierre Fournier. Il était chroniqueur et dessinateur à Hara-Kiri et Charlie Hebdo, ainsi que fondateur de La Gueule ouverte. Il était aussi un des premiers écologistes militant sur le terrain et dans la vie.
Les éditions Les Cahiers Dessinés publient Fournier précurseur de l'écologie, qui réunit des dessins et des chroniques de Pierre Fournier, accompagnés d'un texte de Patrick Gominet et Danielle Fournier.

« Il s'agit de cultiver, dans un but d'exemplarité, de contagion (si l'exemple ne sert à rien, si la contagion ne se produit pas, tant pis), un art de vivre difficile mais finalement enviable, un art de vivre en bonne santé physique, mentale, morale, sociale, c'est-à-dire en bon accord avec le sol, les saisons, les autres, qu'ils soient plantes, animaux ou humains, et en satisfaisant au mieux, c'est-à-dire sans faire de tort à personne ni à nous-mêmes, nos vrais besoins», écrivait encore Pierre Fournier, en 1969 dans Hara-Kiri.
Plus de quarante ans, et pourtant d'une extraordinaire modernité, Fournier, au court de sa trop brève vie (35 ans), a compris ce que beaucoup de nos contemporains continuent d'ignorer (et au plus haut niveau) : que notre avenir est lié à nos comportements de vie et aux ressources épuisables d'une Planète que nous pillons sans cesse.
Vivre simplement, n'est pas une lubie ou une chimère d'illuminés, mais bien la condition de notre survie. Déjà Fournier à son époque ressentait que l'avidité d'une minorité détruisait les conditions d'existence d'une majorité.
Grâce à son talent de dessinateur, à sa capacité à mettre en mots un idéal et des convictions qui étaient les siennes, Fournier, le peu d'années où il œuvra, réussit à fédérer les premiers écologistes, à les mener à la bataille (contre la centrale nucléaire du Bugey, par exemple) et à mettre l'écologie sur le devant de la scène.
« Pendant qu'on nous amuse avec des guerres et des révolutions […], l'homme est en train, à force d'exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable […]. »

Fournier précurseur de l'écologie est un livre tout simplement extraordinaire.
Avec le recul et les années, on s'aperçoit combien, trop rarement, un homme parvient à comprendre et à interpréter une société. On est stupéfait par la vision avant-gardiste de Fournier, par son incroyable discernement et par la justesse de sa lutte.
Nous y sommes. Nous sommes dans ce monde qu'il a combattu et qu'il voulait meilleur, plus convivial, plus respectueux de la Nature et des Autres. Notre rapacité et notre voracité ont fait de nous des cannibales. En surconsommant, en surproduisant, en déversant nos déchets (radioactifs, ménagers, industriels...) à travers la Planète, nous nous contraignons à faire de la Terre une vaste poubelle. La pensée dominante est à l'imbécile croissance, à l'argent roi, aux faux prophètes et à la capitulation face aux diktats d'un libéralisme assassin.
« Ce n'est pas la société seule qu'il faut réformer, c'est le tout de la civilisation. La révolution désormais nécessaire est d'un type entièrement nouveau. Elle n'a de chance d'être non violente que si elle est totale. » 1969, et Fournier a déjà vu juste. Il faudra une révolution et elle sera non violente pour être totale et réussie. Elle sera aussi le fait des habitants de cette Planète. L'utopie n'est pas un rêve, c'est un chemin. On le voit aujourd'hui avec les nombreux mouvements à travers le monde qui se déploient pour revendiquer un autre système, une autre façon d'être et d'agir. Chacun peut « faire », et nos actes de tous les jours sont politiques. La gratuité, l'entraide, la solidarité, le respect, entre autres, sont autant de moyens de combattre ce système prédateur qu'est la globalisation financière et marchande. Le slogan Nous sommes 99% ils sont 1% met en évidence le rapport de force. Le seul nœud à dénouer maintenant est que les 99% ne rêvent plus de devenir les 1% qui détruisent nos vies et notre environnement.

« […] j'aime trop la terre, les racines de la vie, la nourriture et le sang de la terre, les vieilles maisons, les arbres, les petits oiseaux, les fleurs et la douceur des paysages pour pouvoir supporter sans rien faire que les cons détruisent ça [...] », écrivait Pierre Fournier.
Quatre décennies plus tard, les « cons » ont toujours le pouvoir de nuire. Ils ont l'argent et contrôlent les « marchés ». Ils sont entêtés. Ils sont violents. Ils sont peu nombreux mais en place. Mais ils n'en ont plus pour très longtemps. Il ne tient qu’à nous...

Fournier précurseur de l'écologie est un livre indispensable et un puits où se ressourcer.


Fournier précurseur de l'écologie, par Patrick Gominet et Daneille Fournier coll. Document,  éd. Cahiers Dessinés. / Buchet * Chastel

Pour en savoir plus :


Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




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