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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 1er février 2010




Du Sahara plein les yeux, plein la bouche et les oreilles. Les éditions Arthaud viennent de publier Carnets sahariens suivi de Cinquante ans de Sahara de Roger Frison-Roche, qui réunit la totalité des textes de l’auteur sur le Sahara, cette région du monde qu’il a parcouru de long en large et en hauteur.
Frison-Roche n’est pas seulement l’écrivain de Premier de cordée. Ses écrits sahariens relatent une véritable aventure comme nous n’en connaissons plus de nos jours où le GPS, la bagnole quatre roues motrices et l’avion ont réduit les distances, augmenté considérablement la vitesse et l’amplitude de nos déplacements. Nos aventures ne sont plus des aventures humaines mais davantage technologiques. Le rallye Paris-Dakar — du temps où il polluait l’Afrique, tuant au passage çà et là quelques autochtones — regroupaient des aventuriers de salon au volant de bolides suréquipés, excités à l’idée d’avaler des kilomètres de dunes et de sables le plus rapidement possible, sans rien voir ni goûter des régions qu’ils colonisaient le temps d’une pétarade médiatique.
J’ai retrouvé dans Carnets sahariens suivi de Cinquante ans de Sahara le souffle d’une épopée au long cours que l’on peut éprouver  de la même manière dans les livres d’Edward Abbey, quand il parle du désert américain par exemple.

C’est en 1935 que Frison-Roche rejoint la mission Coche pour son premier raid dans le Sahara. L’objectif est de gravir la Garet El Djenoun, montagne sacrée pour les Touaregs.  Une première qu’il réalisera non sans difficultés, enchaînant ensuite les sommets du Hoggar les uns après les autres.
Ce qu’il y a de fascinant c’est avant tout ce mélange de fatalisme, de lenteur et d’exaltation qui sourd des écrits de Frison-Roche. Chaque sommet est approché au pas des chameaux, sous un soleil de plomb, dans une immense solitude peuplée de cailloux et de sable. Prendre le temps de découvrir, de contempler et de vaincre quand c’est possible. La méharée est avant tout un état d’esprit, une communion avec le désert, mais aussi avec les hommes. Ces Touaregs qui se méfient, ont leur fierté et sont les vrais princes du désert. Théodore Monod, lui aussi, en a parlé magnifiquement dans plusieurs de ses écrits.

Carnets sahariens suivi de Cinquante ans de Sahara nous fait découvrir un pays mais surtout une époque révolue qui n’était pas sans contradictions. La colonisation était partout présente. On la retrouve parfois au détour d’une phrase. Elle ne pèse pas bien lourd au regard de l’aventure à laquelle nous convie l’auteur. Il ne faut jamais oublier le contexte ni l’époque, sous peine de passer à côté de l’essentiel.
Roger Frison-Roche est un alpiniste, un conteur et un écrivain. Jamais au long des six cent pages il ne lasse le lecteur. Le Sahara est partout. Derrière chaque mot, on pressent chez Frison-Roche un amour pour cette terre mais aussi pour ses habitants. L’authenticité des récits, la qualité des observations faites et la plume ardente et ciselée de l’auteur font de ce Carnets sahariens suivi de Cinquante ans de Sahara une œuvre à grand spectacle.

Plus de soixante-dix ans ont passé depuis la première méharée dans le Hoggar, pourtant l’aventure n’a pas pris une ride. Mieux, elle est peut-être l’une des dernières de « l’ancien monde », où l’on pouvait encore se permettre de tester des skis sur les dunes du Sahara. Un monde où la gratuité de  l’effort et de la découverte n’était pas un luxe mais un défi à soi-même.

Carnets sahariens suivi de Cinquante ans de Sahara est un livre marquant qui relate un « mythe », celui de l’homme et de la Nature. Mais un homme à la bonne échelle au sein d’une Nature parfois hostile mais toujours généreuse pour qui sait la respecter et l’aimer.


Carnets sahariens suivi de Cinquante ans de Sahara, de Roger Frison-Roche, éd. Arthaud

Pour en savoir plus :




Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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