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CHRONIQUE LIVRE
du 24 novembre 2010





« Ramenant tous les registres des relations sociales à des échanges marchands, la société de marché vise à transformer les individus en nomades qui n’auraient plus d’autres modalités pour faire valoir leur “être” auprès de leurs semblables que de se vautrer dans des stratégies narcissiques d’affichage des succès obtenus dans l’accumulation des signes consuméristes. »
Jean Gadrey est l’auteur de Adieu à la croissance sous-titré Bien vivre dans un monde solidaire, co-édité par les éditions Les Petits matins et Alternatives Économiques.
Un livre qui s’avère être une critique radicale et argumentée de la croissance quantitative chère aux tenants du capitalisme productiviste et aux néolibéraux dérégulateurs accros au PIB.
Ce que l’auteur défend c’est la croissance qualitative, celle du mieux social, du bien-être et de la soutenabilité, donc de la prise en compte de l’état de notre Planète et de ceux qui l’habitent. « … l’humanité a franchi depuis près de cinquante le “seuil de soutenabilité” de ses émissions à effet de serre, e sorte qu’il lui faudra des politiques d’un grand volontarisme (dont selon nous, la fin de la croissance quantitative) pour revenir à ce seuil d’ici à 2050 afin d’éviter des scénarios catastrophes. »
De la même manière que la « croissance verte » n’est qu’une illusion dont les techno-scientistes se servent pour bâtir des utopies qui nous conduiront immanquablement vers ces scénarios catastrophes. « Dans les prochaines décennies, il va falloir nourrir l’humanité en respectant la nature, et se passer de plus en plus des énergies fossiles et de bien d’autres ressources naturelles. On ne risque pas d’y parvenir en soufflant le vent de la croissance, fît-elle verte ou immatérielle. »

 Adieu à la croissance dénoue les nœuds de l’avidité consumériste et borne les moyens mis en œuvre par le capitalisme pour asseoir sa dictature des marchés dans l’inconscient collectif, jusqu’à nous paraître l’unique voie vers un « nirvana » de l’avoir au dépend de l’être ; comment un système assujetti l’individu à l’économie en le « mettant au travail salarié ». « Travailler plus et consommer plus » plus nous dit Jean Gadrey « n’est vraiment pas un comportement inscrit de tout temps dans l’esprit humain, même chez les plus démunis ! »
Il existe pourtant un autre paradigme, un autre moyen d’assurer à tous une existence « heureuse » et sans compétition absurde.
Si la guerre économique reste le moteur du capitalisme et sa méthode de domination, il n’est pas inutile de rappeler que, comme toute guerre, la guerre économique ne fait pas faire d’économie et multiple les victimes sur sa route.
Le culte de la croissance est pour cette guerre un prêt à penser commode que les médias, les politiques et surtout la publicité répètent à l’envi, tel un koan insoluble qui, plutôt que d’ouvrir les consciences et de miser sur l’individu, décervèle et joue sur la collectivité dans ce qu’elle a de pire : la rapacité. « On peut, sans croissance économique, améliorer nettement la vie des ménages à faible pouvoir d’achat, par la redistribution indispensable des revenus, mais aussi par la maîtrise du foncier, du logement social (et écologique), par la gratuité d’accès à des services publics redevenant universels, par une profonde réorganisation de la production et de son contrôle, issue de délibérations sur les besoins. »
En quelque sorte, Jean Gadrey reprend ici une partie des thèses décroissantes sur la gratuité, le mésusage et le partage — le fameux plus de liens et moins de biens.

Adieu à la croissance est un livre optimiste dans le sens où il donne des raisons d’espérer et redéfinit les objectifs d’une décroissance soutenable et d’un changement de société possible. « Une “économie soutenable” débarrassée du culte de la croissance, associée à une maîtrise collective de la finance et une nette réduction des inégalités, n’a rien à voir avec un simple verdissement du capitalisme financier, productiviste et inégalitaire encore aux commandes. »
Les Grenelle de l’environnement et les mesures écologiques médiatiques sont des hochets agités par les néolibéraux pour masquer leurs véritables desseins qui n’est autre que d’accroître les profits d’une minorité de riches aux dépends d’une majorité d’exploités.
Jean Gadrey propose dans Adieu à la croissance l’alternative des économies douces qui sont « d’abord des économies du “prendre soin” et de la qualité du vivre-ensemble ». Une économie au service de l’homme, respectueuse de la Nature et non pas une économie de croissance quantitative mortifère et scandaleusement dévoreuse de Planète.

Adieu à la croissance est un livre stimulant, au sujet brûlant, et qui a le mérite d’envisager pour demain un monde soutenable qui ne soit ni une chimère ni un enfer comme nous le propose le système capitaliste de la croissance infinie, imbécile et assassine.

À lire impérativement.



Adieu à la croissance (Bien vivre dans un monde solidaire)
, de Jean Gadrey, éd. Les Petits matins & Alternatives Économiques


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