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CHRONIQUE LIVRE
du 20 octobre 2010





Armand Vernette, Laurent Lacan, Gérard Rispal, Maurice Bourdoncle… autant d’inconnus que célèbre Yves Garric, l’auteur de Des paysans qui ont dit NON, dans la collection Société des éditions Loubatières.
Ils sont dix au total dans ce livre ces paysans qui ont refusé de céder aux sirènes du productivisme à l’époque où l’agriculture franchissait le Styx et entrait dans l’ère de l’agrochimie et de la monoculture. Dix retraités ou bientôt retraités qui retracent sous la plume de l’auteur leur aventure singulière.
Ces hommes et ces femmes ont choisi, contre l’avis général, de produire de la qualité et de respecter la Terre, ses cycles et ses écosystèmes. Ils ont opté pour la solidarité et l’entraide, le partage et la soutenabilité.
Alors même que l’agriculture dominante imposait endettements, engrais à outrance, dépossession d’un savoir ancestral et profits à court terme, ces anonymes paysans ont investi leur cœur et leur force dans une agriculture respectueuse, non pas différente mais prévenante, une agriculture souvent bio, débarrassée de ces poissons que sont les pesticides, les herbicides et autres merdicides chimiques.
Yves Garric a recueilli leurs témoignages et, d’une plume sensible et empathique pour ces humbles (au sens noble et non péjoratif), les a réunis dans Des paysans qui ont dit NON.

« Les sols sont comme nous : ils ont besoins de se régénérer de nourritures différentes. Il n’y a rien de plus mortel que l’uniformité. Il fat savoir adapter la rotation des cultures à ses terres, à sa région. Moi, il a bien fallu sept ou huit ans pour être enfin dans le coup et obtenir des rendements satisfaisants. (Gilbert Espinasse) »
Le temps n’est pas que de l’argent, c’est aussi une manière d’aborder l’existence. Prendre son temps et donner du temps à la Nature ne sont pas simplement un mode de vie, mais  sont avant tout les garants du bon usage des ressources et d’une existence en harmonie avec la Nature et les Hommes.
Pas question de dresser un portrait idyllique, Gilbert Espinasse et les autres paysans de ce livre n’ont pas passé leur temps la tête dans les nuages et un brin d’herbe entre les dents en sifflotant. La terre ne se donne pas mais se gagne à force de sueur et de labeur. Ils ont compris la diversité et la biodiversité, l’intérêt qu’il y a à la préserver.
Gilbert Espinasse et ces homologues ont participé, peut-être sans le savoir, à l’édification d’une éthique de la Terre telle que l’a défini en son temps Aldo Leopold. Peut-être aussi que ces paysans et leurs semblables, en cultivant proprement, en adhérant à une vision planétaire et humaniste de leur ouvrage, sont tout simplement des philosophes.

Quelques exemples :

« Être responsable, c’est (…) risquer d’être incompris, dénigré voire condamné, rejeté. Mais c’est aussi risquer de faire bouger, avancer, monter d’un échelon tous ceux qui nous entourent (…). C’est risquer de faire régner un peu plus de justice sociale, par le partage des idées, des responsabilités et, pourquoi pas, des moyens de vivre. (Maurice Bourdoncle) »

« Ce pays, dit Pierre Tauriac, m’habite autant que je l’habite. Le peu dont j’en ai la charge, j’ai essayé de ne pas le dégrader, de le garder plaisant. J’ai conservé les haies. Quand je coupe un arbre, je le remplace. (Pierre Tauriac) »

« … je connais des agriculteurs qui passent leur temps à calculer quelle est la production qui va leur rapporter le plus. La pression de la distribution s’en mêle pour accentuer le phénomène de désorganisation générale. On ne travaille plus en cohérence avec sa région, son sol, son climat, ses traditions… et les saisons. Le tout additionné entraîne ces dérapages qu’on n’en finit pas de dénoncer. On réfléchit au problème une fois que le mal est fait. Les remèdes arrivent toujours avec un temps de retard. (Nadine Assié-Astruc) »

« Nous n’utilisons pour notre troupeau ni soja ni céréales. Nous ne donnons pas dans ce développement qui organise des compétitions entre vaches comme entre athlètes. Avec ces championnes laitières-là, il faut déjà produire trois ou quatre mille litres de lait par tête en plus pour se payer le soja qu’on importe du Brésil ou d’ailleurs en produisant des tonnes de CO2 ; et les fortunes de gasoil qu’on brûle pour ensiler le maïs… (Gérard Rispal) »

Des paysans qui ont dit NON est un livre terrien au sens où il mous montre des paysans honnêtes, comme on disait autrefois des honnêtes hommes. Des gens qui ont une conscience élevée de leur rôle dans ce domaine vital qu’est l’agriculture — non pas seulement pour nous nourrir, mais aussi pour permettre aux générations futures de se nourrir.
En désobéissant, ces paysans-là ont su très tôt montrer la voie. Ils sont paradoxalement les pionniers d’une agriculture ancestrale. Depuis, leur sillon s’est élargi. D’autres paysans ont mis leurs pas dans les leurs et il semblerait que la prise de conscience s’élargisse dans les milieux professionnels, mais aussi dans le grand public.

Des paysans qui ont dit NON
d’Yves Garric n’est pas seulement un hommage, c’est l’histoire d’une épopée singulière, celle de l’agriculture à visage humain.



Les paysans qui ont dit NON, d’Yves Garric, col. Société, éd. Loubatières

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