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CHRONIQUE du 26 avril 2011








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« Abolir le travail remet la perspective à sa juste place : ce n'est pas nous qui sommes déséquilibrés parce que nous proposons un dépassement qui pourrait être qualifié d'“insensé”. Ce n'est pas cette perspective du libre accès de tous aux maigres richesses qui est folle, c'est le monde qui se noie. »
Philippe Godard, l'auteur de Toujours contre le travail, paru aux éditions Aden, possède la particularité de se placer en périphérie de ce qu'il nomme le Système ou la Mégamachine afin de mieux l'appréhender, l'analyser, le démonter et proposer une autre voie que le dictat d'une économie devenue une machine à broyer l'humain, et à esclavagiser les huit dixièmes de la population mondiale au profit de la minorité restante.

Toujours contre le travail est une attaque singulière, vibrante et argumentée contre le travail en tant qu'aliénation de masse.
« Le travail nuit à chaque travailleur » estime Philippe Godard. Affirmation indubitable, constamment remise en cause par les tenants du Système qui voudraient faire accroire que le travail organisé est une nécessité — non seulement pour la société mais aussi pour l'individu devenu l'instrument du modèle économique capitaliste que l'auteur définit ainsi : « Tout le système du travail et de l'économie, quelque soit sa variante, est bâti sur le vol généralisé. Le vol est l'essence même du capitalisme et, bien au-delà, de l'économie. »
C'est bien une illusion de masse qui est véhiculée par le système. Une illusion que l'évolution technologique — appelé à tort le « progrès » — et le perfectionnement des machines voudraient nous imposer en garantissant aux humains un soi-disant bien-être, qui n'est en réalité qu' « une accentuation de la domination, de la répression si besoin est contre ceux qui contestent les technologies à l'évidence les plus destructives comme le nucléaire ou les manipulations génétiques du vivant. »
Philippe Godard est semble-t-il un néo-luddiste qui accompagne sa vision antidéveloppementaliste d'une critique écologique efficace qui remet à sa juste place les excès mortifères du Système productiviste : « Et c'est encore la planète elle-même qui paie notre prétendu développement. La planète à bout de souffle, ses sols épuisés, engraissés chimiquement, acidifiés, érodés, salinisés... » L'emprise de la machine sur l'humain ainsi que les ravages du travail sont aussi, et à l'évidence, les fossoyeurs de la Planète.
Pour l'auteur, « l'écologie peut être liée à la critique en actes du travail. » Il s'agit donc bien d'une remise en question globale de la notion de travail. De cette fausse valeur qui n'a vu le jour qu'avec le Siècle des lumières et les débuts de l'industrialisation. Philippe Godard souhaite (re)donner un sens à la vie. Un sens qui ne soit plus aliéné par le travail, « par la construction idéologique qui le justifie et qui domine la pensée politique et économique... » La Mégamachine est un outil de domination « en actes des êtres humains — et de la Nature en général. » Pour l'auteur le travail est à l'origine de la séparation de l'humanité d'avec la Nature.
Il ne s'agit pas là d'une vision naturaliste, mais bien d'un constat du monde du travail qui, en fin de compte, n'a plus pour but que de donner la possibilité à chacun de consommer frénétiquement et la Planète et sa vie.
Le ridicule de cet engrenage travail-consommation-destruction ne fait plus de doute. Travailler plus pour gagner plus — qui se révèle à l'usage une aporie —  revient en définitive à détruire davantage pour vivre moins. La logique de ce système conduit à l'asservissement de l'humanité (du moins de l'humanité qui consomme les maigres richesses), et à la consommation du travail d'autrui (la plus grande partie de l'humanité qui n'a accès à rien ou si peu).

Toujours contre le travail suppose une lecture attentive. Les arguments et les analyses de Philippe Godard risquent d'en déranger certains. Ce qu'il propose pour sortir du carcan idéologique accro au travail paraîtra à d'autres utopique — à ceux-là mêmes qui combattent l'utopie parce qu'il sente en elle un danger et un moyen efficace pour détruire le Système.
Mais que propose l'auteur ? Tout simplement une Voie (avec un grand V) : le non-agir. Je sais combien ce concept peut être étranger à notre monde occidental et combien il peut prêter à sourire, mais la démonstration de Philippe Godard n'est ni farfelue ni irréalisable. « Sur ce monde, et partir de ces rapports sociaux, désormais en cessant d'agir contre la Nature et en refusant de nous engager davantage dans la voie du progrès, des techniques, de la science, nous pouvons inventer une autre vie, de laquelle sera banni le travail. »
Le non-agir, comme l'explique l'auteur, est une façon de vivre. Il dynamite la Structure. Il  est un dépassement du travail.

Surprenant Toujours contre le travail, qui nous oblige à réfléchir et à nous extraire du modèle unique de penser et de concevoir le monde. La radicalité de Philippe Godard est salutaire. Son analyse pertinente. Ses propositions revigorantes.
« … l'abolition du travail est juste parce qu'elle représente une réponse cohérente au défi de la destruction de ce monde par l'activité — le travail — des Hommes. Et sans doute la seule  réponse qui préserve à la fois la Nature, l'Homme et sa liberté. »

Toujours contre le travail, de Philippe Godard, éd. Aden

 Pour en savoir plus :


Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




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