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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 23 juin 2010




« Les Voyageurs de l’eau nous présentent la richesse des usages offerts au cours d’eau, la complexité croissante des fonctions qui leurs sont dévolues, le développement des techniques. Ils témoignent également de la diversité des acteurs qui interviennent : ceux techniquement avancés, dotés de moyens puissants et de savoir-faire, qui tentent de domestiquer des fleuves parfois gigantesques, ou bien ceux qui, dans des pays plus pauvres, essayent de s’adapter au mieux aux réalités du fleuve. »
Guy Pustelnik, dans sa postface, résume en quelques mots ce qu’est Les Voyageurs de l’eau, de Lionel Goujon & Gwenael Prié, paru aux éditions Dunod. Un beau livre à l’iconographie remarquable, augmenté de schémas et cartes, et dont les textes et commentaires nous font parcourir la Planète et nous plongent dans une eau rare, fragile et convoitée. Une eau potable que nous, habitants d’un Nord privilégié dépensons sans compter — toilettes, golfs, piscines, lavages de voitures, arrosages intensifs, etc. —, mais qui pour certains est une denrée si précieuse qu’elle engendre appétits (sens propre et figuré) et conflits.

Deux jeunes ingénieurs, Lionel Goujon et Gwenael Prié sont partis en chasse. Une traque d’un an qui les a conduits dans un tour du monde à la recherche d’une ressource naturelle : l’eau.
Leur démarche pourrait paraître singulière si elle n’était pas animée d’une volonté étonnante chez de jeunes ingénieurs, celle de mettre en lumière le rôle trop souvent ignoré de l’eau et de son accessibilité, ainsi que les enjeux qui sont liés à cette ressource, qui bientôt sera une cause de tensions internationales et même de conflits, si ce n’est déjà le cas.
Asie, Afrique, Amérique du Sud Atlantique Sud, les auteurs ont parcouru les continents en quête de l’eau, des enjeux qu’elle suscite et des solutions envisageables (techniques, humaines, locales…).
« La planète Terre est d’abord une planète d’eau. […] Nos sociétés modernes, amnésiques ou ignorantes, semblent souvent oublier l’importance de l’élément liquide », souligne à juste titre Nicolas Hulot dans sa préface.
Mais nos sociétés ne sont pas seulement ignorantes ou amnésiques, elles sont surtout gaspilleuses, sur-consommatrices et égoïstes. Sinon comment expliquer, par exemple, l’utilisation de 30 litres d’eau potable dans nos toilettes à chaque fois que nous tirons la chasse. Un détail qui pour les nantis que nous sommes peut paraître trivial mais qui, pour ceux qui ne disposent que de 5 litres d’eau par jour pour survivre, est vital. Quoi de plus absurde que de laver à grande eau sa bagnole pour la faire reluire ? L’eau est-elle à ce point une ressource inépuisable que nous la dépensions sans vergogne non pas pour nos besoins fondamentaux mais pour notre plaisir ?
L’eau passe inaperçue dans nos sociétés. Pour combien de temps encore ? L’agriculture intensive et chimique, l’industrie, le gaspillage, l’exploitation minière, la pollution des nappes phréatiques, le changement climatique… autant de facteurs qui feront de l’eau, pour ce qui nous concerne et dans un avenir pas si lointain que ça, une ressource rarissime et ruineuse.

Patagonie, Argentine, le glacier Perito Moreno : « Notre “planète bleue” est recouverte presque aux trois quarts par les océans, qui contiennent plus d’un milliard de kilomètres cubes d’eau. […] L’eau douce, elle, ne représente que 2,5 % de la réserve totale… pour les deux tiers emprisonnée dans les glaciers. »
Chine, barrage des Trois Gorges : « … la volonté politique d’affirmer haut et fort la puissance du régime. »
Inde, Sunbardans : « Dans le golfe du Bengale, le sous-sol recèle un terrible ennemi de l’eau potable [l’arsenic]. »
Argentine, Cordillère des Andes : « Une industrie peu soucieuse de la nature… ces entreprises, pour la plupart canadiennes, s’intéressent plus à la maximalisation de leurs profits qu’au respect de l’environnement. »
Brésil, Amazonie : « … 15 % à 20 % de la forêt équatoriale originelle, avec son écosystème unique, a déjà été détruite
Ces quelques courts exemples choisis parmi les nombreux qui nous sont donnés à découvrir dans Les Voyageurs de l’eau sont une illustration des enjeux liés à l’eau, qu’ils soient environnementaux en premier lieu, mais aussi politiques, économiques et sociaux. Parce qu’il ne faut pas oublier que derrière chaque goutte d’eau se cache un homme —  sans eau pas de vie.

« Ce livre nous l’avons conçu comme un prolongement de la démarche qui a été la nôtre depuis le départ : facile d’accès pour les non-spécialistes grâce à ses nombreuses illustrations et aux exemples concrets qu’il décrit, il n’en est pas moins très documenté. Chaque lecteur pourra choisir son parcours de découverte : au fils des pays, comme nous l’avons fait nous-mêmes, ou selon les grandes problématiques abordées… »
Lionel Goujon et Gwenael Prié ont atteint leur objectif : nous intéresser et nous informer tout en mettant l’accent sur les raisons qui font de l’eau l’élément le plus subtile, le plus fragile et le plus essentiel de notre existence.
Les Voyageurs de l’eau est un bel ouvrage qui s’adresse à tous, mais qui pourra en particulier servir aux enseignants (primaire, géo, SVT…) comme support à un travail sur l’eau.

Un livre indispensable dans une bibliothèque éco-responsable.


Les voyageurs de l’eau
, de Lionel Goujon & Gwenael Prié, éd. Dunod


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