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LA CHRONIQUE DVD
du 3 mars 2010



« Tchernobyl, c’est de l’histoire ancienne », entend-on parfois dire ici ou là. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis l’accident de la centrale nucléaire. Le nuage s’est dissipé. En dehors de quelques ONG, chercheurs scientifiques indépendants ou associations, presque plus personne n’en parle ou bien sous l’aspect historique, celui des leçons qu’on doit en tirer. Il paraîtrait même que cette catastrophe ne pourrait plus se reproduire aujourd’hui. La science, la technique, les invocations, les prières, la méthode Coué et la balance du commerce extérieure nous l’assurent… Les dommages collatéraux ne toucheraient plus qu’une zone circonscrite autour de la centrale-sarcophage. Seuls les lapins, les sangliers, les biches et les malheureux habitants du coin en souffriraient encore. Nous voilà rassurés.
Le film documentaire L’Europe et Tchernobyl, de Dominique Gros, co-produit par les Films d’Ici et ARTE France, nous prouve l’exact contraire.

Pas d’images fortes ou sensationnalistes, seulement les faits, les témoignages et les analyses que le réalisateur est allé chercher dans divers pays d’Europe et notamment la Norvège, pays le plus touché par les retombées du drame. La Norvège qui aujourd’hui encore poursuit des mesures de protection et continue à faire des relevés. La pollution radioactive y est encore forte. Elle n’est pas uniquement un fait scientifique, mais elle est surtout une réalité sociale. Un nombre significatif de personnes ont dû arrêter leur activité économique, notamment en ce qui concerne l’élevage, à cause de Tchernobyl. Du lait a été et est encore contaminé. La viande. Les herbages. Les eaux. Les poissons. Plus de vingt ans après, Tchernobyl est bien au centre des préoccupations des Norvégiens.

L’Europe et Tchernobyl, par un commentaire sobre, des témoignages éclairants et un argumentaire précis explore en détail les conséquences d’une catastrophe technologique majeure. On y voit une modélisation du déplacement de ce fameux nuage radioactif que les autorités françaises n’ont jamais vu et dont elles nous ont assuré à l’époque qu’il n’avait pas atteint notre territoire. Les victimes françaises de cancer de la tyroïde apprécient certainement.
La question est de savoir pourquoi certains pays ont immédiatement pris des mesures et pas d’autres. Peut-être si la France avait été le premier pays au monde exportateur d’éoliennes ou de panneaux solaires, plutôt que de centrales nucléaires, les moyens mis en œuvre auraient été très différents. Peut-on seulement imaginer qu’un pays comme le nôtre protège ses intérêts économiques au détriment de ses citoyens ?
L’Europe et Tchernobyl fait aussi le point sur les dernières découvertes médicales, scientifiques et écologiques. En 2010, Tchernobyl n’est vraiment pas de l’histoire ancienne. Un accident est toujours à redouter. Quelle centrale nucléaire résisterait à un tremblement de terre comme celui qui vient de se produire en Haïti ? À une forte montée des eaux ? À une défaillance humaine ? À une malveillance ? À force de nous croire infaillible, d’adorer le progrès technique telle une idole, à vouloir vivre au-dessus des moyens de notre Planète, combien de temps avant le prochain drame nucléaire ?

L’Europe et Tchernobyl ne fait pas dans le voyeurisme. Ce documentaire est un état des lieux. Voilà comment était la Terre avant le nucléaire, voilà comment nous allons la restituer à nos enfants. Dans un contrat de location classique, le locataire doit faire usage du « bien » en « bon père de famille ». Sommes-nous des «bons pères de famille»?  Veillons à ne pas donner un taudis en héritage aux générations futures.
L’Europe et Tchernobyl ne joue pas les Cassandre : ça s’est produit et ça se reproduira si nous ne faisons rien.

Nucléaire, non merci !



L’Europe et Tchernobyl, de Dominique Gros, DVD, co-production Les Films d’Ici & ARTE France

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