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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 14 décembre 2009



« L’obligation de subir nous donne le droit de savoir. »
S’il existe une industrie antidémocratique et parfaitement opaque, celle du nucléaire est bien celle-là. Quel gouvernement, jamais, a consulté ses citoyens sur la validité ou non de l’énergie atomique, et sur la volonté populaire de continuer ou non dans cette voie ? Il n’y a pas débat sur le nucléaire civil — inutile de parler du militaire, qui depuis toujours reste le pré carré de ces messieurs galonnés. Il n’y a qu’un monologue fait de mensonges par omission ou de contrevérités assénées avec toute la morgue et l’assurance (presque) sereine que peuvent avoir certains scientistes et autres physiciens atomistes. Personne ne dit jamais que le problème de l’énergie nucléaire est un problème collectif, que nous devons nous y intéresser, ne serait-ce que parce qu’il hypothèque le futur de pas moins de 6000 générations. La vraie question est de savoir si nous, aujourd’hui, nous avons le droit en conscience d’entasser des déchets issus du nucléaire pour des millénaires et de laisser nos descendants le soin de « faire avec ». Qui peut affirmer que dans cent ou mille ans (pour faire court) la France sera toujours un pays tempéré doté d’un gouvernement démocratique ? Que deviendront alors ces déchets radioactifs ? Sommes-nous des devins ?

Le film documentaire Déchets, sous-titré Le cauchemar du nucléaire, d’Éric Guéret avec la collaboration de Laure Noualhat, chez Arte éditions, nous éclaire sur ce que sont les déchets nucléaires, leur vraie nature, sur ce qu’on cherche à nous dissimuler et, surtout, sur les risques que nous font courir (parfois sciemment) les industriels de l’atomique et les États qui les « couvrent ». Avec les déchets nucléaires, notre Planète se transforme en poubelle explosive, en bombe à retardement non pas pour les terriens que nous sommes, mais pour les terriens que nous seront dans des siècles. Et la difficulté se situe bien là. Comment imaginer à l’échelle humaine les dangers de ces si nombreux déchets radioactifs sur une période de plusieurs milliers d’années. Il semblerait qu’il n’y ait qu’une réponse possible : faisons confiance à la science et à la technique.
C’est d’ailleurs ce que firent les « savants ». Il y a plus de quarante ans, ils tablèrent sur le progrès de la science pour s’occuper des déchets du nucléaire. Un jour prochain, pensaient-ils, ingénieurs et spécialistes atomiques trouveraient bien la solution. À ce jour, ils attendent encore…
Jusqu’à très récemment, on se contentait de jeter les fûts radioactifs dans les océans. Des décennies durant, la France, les USA, le Japon, l’Angleterre, l’Urss et même la Suisse ont pollué mers et océans, entraînant la contamination des eaux, du plancton et de toute la chaîne alimentaire. Il ne s’agissait pas de stockage, ni de recyclage mais davantage de soustraire à la vue les matières « embarrassantes ».
Et maintenant ? Il est vrai que les rejets par bateaux ont été interdits — mais pas terrestres !

Déchets nous convie à une visite édifiante à travers le monde des déchets nucléaires, à travers le cauchemar éveillé d’une pollution cachée, niée et… mortelle. Des États-Unis, à la Russie en passant par la France, Éric Guéret et Laure Noualhat ont enquêté. Ils se sont fait aider par des spécialistes de la CRIIRAD. Le film documentaire qu’ils ont réalisé est un exemple de rigueur et d’honnêteté intellectuelle.
Le danger est bien là. Pire, face au nucléaire dit civil, l’humain ne pèse pas bien lourd. À Hanford (USA), par exemple, où les scientifiques ont fait des expériences à « ciel ouvert » sur les populations. À La Hague (France) où les mesures réalisées par des ONG montreraient que les rejets en mer et dans l’air sont au-dessus des normes admises. À Hayak (Russie) où se déroula dans les années 50 la première catastrophe atomique civile, bien avant Tchernobyl.
Déchets  n’est pas un documentaire militant. Il rend compte de faits et vérifie ces faits. Et si les conclusions ne sont pas seulement alarmantes mais franchement désastreuses, les enquêteurs n’y sont pour rien. Ils n’ont pas instruit à charge, ont effectué des recoupements, ont validé leurs « découvertes » — d’où la valeur absolue de leur travail.
L’énergie nucléaire n’est pas une énergie propre, au contraire. Elle n’est pas recyclable (moins de 10 % en vérité). Elle n’est pas démocratique. Elle n’est pas humaine. Les déchets nucléaires, si nous continuons à en produire — et il semblerait que nous gouvernants en aient l’intention — seront le linceul qui recouvrira les générations futures.
L’association déchets + changements climatiques + pillage des ressources naturelles + consommation exponentiellement + mondialisation des échanges + modifications génétiques + paupérisation est un cocktail détonnant.

Nous ne sommes plus au temps du catastrophisme. Nous sommes déjà entrés dans la catastrophe. Ce qu’il faut maintenant, et vite, c’est réfléchir à comment atténuer le choc. Notre choix est entre beaucoup et beaucoup trop. Et l’embryon d’une solution passe par la culture. Changer nos modes de comportements et de pensées devient urgent. Il n’y aura pas d’épilogue heureux sans une révolution complète de nos mentalités. À commencer par l’abandon des centrales nucléaires et de leur énergie si coûteuse en terme d’humanité et de sauvegarde de la Planète.

Nucléaire non merci !


Déchets (Le cauchemar du nucléaire), D’Éric Guéret, col. DVD col. Histoires Grandes enquêtes, Arte éditions

Pour en savoir plus :



Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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