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CHRONIQUE LIVRE
du 28 avril 2010




« Ainsi est-il maintenant avéré que le maintien de populations de grands herbivores est une nécessité si l’on souhaite freiner l’avancée des déserts. Plus que jamais, les girafes nous sont indispensables. »
Tout ce que vous avez voulu savoir et que vous n’avez jamais osé demander sur les girafes se trouve dans ce livre de Jean-Louis Hartenberger, Grandeurs et décadences de la girafe, paru aux éditions Belin – Pour la Science.
La girafe fait partie de notre imaginaire collectif. Si nous sommes peu à l’avoir rencontrée in situ, quelques-uns l’ont vue dans des zoos ou des parcs animaliers (mais il faut savoir que le rôle de prédateurs « scientifiques » qu’ils ont joué sur l’effondrement du nombre de girafe n’est pas anodin). Ainsi notre connaissance de la girafe est partielle : un grand cou, de longues pattes, une roche tachetée, une irrésistible façon de se pencher pour boire et enfin une langue noire et d’une incroyable longueur. Voilà, pour ce qui me concerne l’étendue de mon savoir concernant ce bien curieux animal. Et peut-être aussi le souvenir d’un jouet en caoutchouc, une girafe qui, dans mon enfance, faisait « pouic pouic » quand je la pressais. Évidemment très insuffisant pour faire une carrière de paléontologue comme Jean-Louis Hartenberger.

Grandeurs et décadences de la girafe est doté de nombreuses qualités, notamment celle de passionner de bout en bout, chose qui n’était pas acquise d’avance quand le sujet, s’il est intéressant, risquait de lasser au bout de 188 pages. L’auteur a réussi le tour de force d’écrire un livre non seulement érudit, mais surtout « littéraire ». Il a su allier histoire, anatomie, biologie, paléontologie et écriture dans un style assez rare pour ce type d’ouvrage.
Jean-Louis Hartenberger manie aussi l’humour avec beaucoup de finesse. Pour dire vrai, ce fut un plaisir de lecteur, doublé d’un plaisir d’apprendre l’essentiel sur les girafes et encore le superflu, l’anecdotique, le pas de côté.
Grandeurs et décadences de la girafe est écrit « à l’amble » comme la démarche des girafes à la fois gracieuse et efficace.

Le chapitre Des girafes et des hommes est particulièrement savoureux. Des ancêtres, en passant par le voyage épique d’une girafe offerte à Charles X et l’apparition du bel animal à Issoudun, l’auteur nous fait entrer dans la coulisse.
Plus généralement, si les premières pages sont d’un ordre plus scientifique, Jean-Louis Hartenberger parvient à nous intéresser avec des morceaux aussi disparates que des vertèbres surdimensionnées, des girafidés fossiles, son compagnon historique (l’Homme), Alphonse Allais, la peinture préhistorique, le « casse-cou » de la sélection sexuelle, etc.
Le  dernier chapitre est une galerie de portrait des amis de la girafe. Je dois avouer qu’aucun de ces personnages ne m’étaient connus. L’auteur est aussi bon biographe, que paléontologue et écrivain.

« … notre sort leur est lié, comme il l’est avec celui de tous les êtres vivants que nous côtoyons sur cette Terre. »
La girafe comme tous les grands mammifères sont en danger. En cette année de la biodiversité, il serait souhaitable que nous prenions conscience que sans elle, nous ne sommes pas assurés d’aller au bout du voyage. Les girafes, qui se comptaient par centaines de milliers (1 million) au début du 20e siècle, ne sont plus à l’orée du 21e qu’une centaine de mille. Sans girafe, sans ours, sans éléphant, sans les restes d’une mégafaune pour l’essentielle disparue, que subsistera-t-il… de nous ?
Avec Grandeurs et décadences de la girafe Jean-Louis Hartenberger a écrit un livre intelligent et beau.

Jean-Louis Hartenberger est paléontologue au CNRS, à l'lnstitut des Sciences de l'Évolution de l'Université de Montpellier. Il est aussi l'auteur de Brève histoire des mammifères (Belin, collection Regards) qui obtint le prix Jean Rostand en 2001.



Grandeurs et décadences de la girafe
, de Jean-Louis Hartenberger, éd. Belin – Pour la Science


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