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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 28 septembre 2009



De la Colombie, on en entend parler dès qu’il s’agit de stupéfiants ou de rébellion armée. Si les caïds de la drogue et leur trafic tiennent le haut du pavé de l’information, si les FARC font des incursions dans notre salle à manger à l’occasion d’une action relatée par les médias, il existe une population totalement oubliée, celle des paysans colombiens qui, jour après jour, endurent l’épreuve de la guerre.

Hasta la ultima piedra
, de Juan José Lozano, chez Earthling productions, sort des sentiers battus. C’est dans la communauté de Paix San José Apartado, que le documentaire nous propose de nous rendre.
Espace, humidité, chaleur, verdure. L’endroit pourrait être un pays de cocagne. Ce n’est pas le cas. La guerre que se livre les milices paramilitaires, l’armée et les FARC gangrène cette région de Colombie. Les premiers touchés sont les paysans, qui en subissent au quotidien les effets assassins. Des paysans qui ont décidé de créer une communauté de paix, neutre, ne voulant prendre position pour aucun des belligérants.

Hasta la ultima piedra
relate en 58 minutes l’histoire de cette communauté. Comment le gouvernement colombien n’a pas accepté cette neutralité. Comment il tente d’utiliser les paysans comme bouclier humain. Comment les soldats de l’armée et des milices les tuent, les massacrent, les dépècent sous prétexte qu’ils aident les guérilleros. Mais aussi, comment ces mêmes guérilleros des FARC s’en prennent au paysans, leur reprochant de soi-disant aider l’armée.
Situation inextricable… Pourtant, grâce à l’entraide, à la solidarité et, il faut bien l’avouer, à une volonté hors du commun, les paysans de la communauté de la Paix réussissent l’impossible : travailler et survivre dans un enfer de violences qui n’est pas le leur. Leur détermination et leur neutralité ont un prix — leurs vies.

Hasta la ultima piedra est un documentaire fort. Le réalisateur ne cherche pas le sensationnalisme. Ce reportage dans la « jungle » colombienne n’est pas une épopée guerrière, c’est tout simplement le quotidien de paysans pacifistes qui refusent de se laisser embrigader par l’une ou l’autre des parties. Des femmes, des hommes et des enfants qui s’unissent et forment une communauté soudée face à la barbarie, la bêtise et la haine.
Ce sont ce qu’on appelle des « petites gens » qui, par leur farouche détermination à ne jamais baisser la tête, à ne jamais plier devant l’innommable, sont certainement bien plus grands et bien plus respectables que nombre de « grands personnages » dont les rodomontades médiatiques cachent une vacuité sans fond.

Le titre, Hasta la ultima piedra, fait référence à un monument de pierres (les galets d’une rivière) que les paysans récoltent pour construire une stèle dédiée aux victimes de la guérilla. 450 noms. 450 morts dont les noms sont peints sur les pierres. Une stèle qui n'était pas en 2005 achevée. Les meurtres de paysans continuent. La folie meurtrière de certains hommes n’est pas éteinte.

Hasta la ultima piedra  est un film à voir, ne serait-ce que parce qu’il nous enseigne que la Colombie n’est pas uniquement le pays que les médias ordinaires nous montrent. C’est aussi un espoir, celui de gens simples, de paysans, qui luttent sans relâche et dans l’anonymat pour leur vie.
Un exemple d’humanité rare.


Hasta la ultima piedra, Juan José Lozano, DVD, chez Earthling productions




Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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