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L'écologithèque.com
CHRONIQUE DVD
du 28 avril 2010




Irréversible. Si le nucléaire a bien une « qualité », c’est son irréversibilité. Quand une centrale, un EPR ou un centre de retraitement est construit, le territoire qui l’abrite se retrouve contaminé pour ce qui n’est pas éloigné de l’éternité. L’industrie nucléaire est la plus polluante et la plus dangereuse au monde. La France est le pays le plus nucléairisé au monde. Cherchez l’erreur.
Le film documentaire, Au pays du nucléaire, d’Esther Hoffenberg, distribué par Les Films du Paradoxe, met en scène les habitants, les associations et l’exploitant, Areva, du site de retraitement, de stockage et d’enfouissement de la Hague. À Flamanville la construction de l’EPR va bon train. Des milliards d’euros sont consacrés à l’édification d’un monstre nucléaire qui devrait produire de… quoi au juste ?

Esther Hoffenberg a l’intelligence de piocher dans le quotidien, de nous montrer la vie des « gens », comment ils conçoivent la cohabitation avec le nucléaire, ce qu’ils pensent des dangers et des risques qu’ils encourent. Il semblerait que beaucoup ne veuillent pas voir, ne veuillent pas y penser et qu’un tabou pèse sur cette question.
Areva est le plus gros employeur de la région et le plus gros contributeur financier. La plupart des élus y trouvent leur compte. Ne pas de critiquer la poule aux œufs d’or, est le mot d’ordre. L’économisme à tout crin de notre société favorise un comportement pour le moins indulgent. Sans nucléaire, point de piscines, auditoriums, complexes sportifs et autres infrastructures. Le nucléaire c’est l’assurance d’une manne éternelle. Qu’est-ce qu’on en a à faire tant qu’on a le pognon ?
Ne parlons pas des responsables d’Areva pour qui tout est sous contrôle. L’entreprise gère le risque. Les techniciens s’ils ne savent pas encore, sauront dans l’avenir. Il faut faire confiance à la recherche. Il n’y a rien que ne serait résoudre l’intelligence humaine. Vitrification, enfouissement, retraitement, surveillance. Dormez en paix brave gens.
Tchernobyl c’était il y a 24 ans, le 26 avril 1986. Les gens dormaient en paix. Certains dorment pour toujours. Mais Tchernobyl ne peut pas se produire chez nous, Au pays du nucléaire. Les ingénieurs peuvent garantir la sécurité pour les décennies à venir. Mais dans 300, 400, 1000 ans ? Appréhender les méfaits du nucléaire à l’échelle du temps est quasi impossible pour l’homme. Notre esprit ne saurait concevoir ce qui se passera d’ici un, deux ou trois siècles.
Le nucléaire est un poison inodore, incolore et invisible. Il tue de nombreuses manières et ne signe pas ses crimes. Si la génération actuelle, peut-être la prochaine, n’a pas trop de soucis à se faire (et encore), quid des autres ? Après nous le déluge ?
Heureusement Areva est une entreprise transparente. Elle dit tout sur tout. Sa petite sœur EDF l’imite en toutes circonstances. Nous sommes entre personnes du même monde. On se sent rassuré, non ?

Depuis la mise en service de La Hague, le taux de radioactivité, directement lié par ses rejets en mer, aurait été multiplié par 2,5 — pour l’ensemble de la Planète. Les chiffres sont toujours contestables. Il faudrait demander aux étoiles de mers, aux mollusques et autres langoustes qui voisinent dans les eaux de la Hague ce qu’elles en pensent.
La pollution invisible est la plus difficile à combattre parce qu’elle est affaire d’experts et qu’elle ne se prête pas au spectacle. Comme le dit l’un des responsables de Greenpeace, si les rejets étaient aussi voyant que ceux des pollutions d’hydrocarbure, si les plages étaient infestées par les plaques de mazout, alors il y aurait longtemps que le nucléaire à La Hague aurait été abandonné.

Nous sommes face à un choix de société, de culture et d’économie. Sommes-nous prêts à sacrifier les générations futures pour de l’électricité ? Sommes-nous prêts à consommer du nucléaire au risque de laisser en héritage une Terre inhabitable ?
Au pays du nucléaire est un documentaire qui ne fait pas dans le sensationnalisme. C’est en finesse qu’il aborde le problème du nucléaire, par le bon côté, celui des humains, des habitants et des jeunes. Esther Hoffenberg pose les bonnes questions, filme les bonnes personnes.
À voir absolument.



Au pays du nucléaire, d’Esther Hoffenberg, DVD, Les Films du Paradoxe

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