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LA CHRONIQUE DVD
du 3 mars 2010



Un film documentaire sur les cabanes — drôle d’idée. Et pourtant le documentaire de Robert Hunzinger, Éloge de la cabane, chez Real Productions, est davantage qu’une simple insertion en pleine nature, qu’un éloge gentillet de nos constructions enfantines ou encore de celles de grands-enfants un peu utopistes, un peu doux-dingues. Il s’agit, à travers des rencontres, de montrer une autre humanité, un autre mode vie et une façon différente d’aborder l’existence. La construction d’une cabane en pleine forêt, en altitude à la montagne ou en plaine n’est que la conséquence d’une réflexion personnelle qui ne vaut qu’à l’échelle individuelle. Les véritables causes d’un changement de vie et d’un ermitage voulus sont toujours l’aboutissement d’un cheminement de la pensée. Dans ces cabanes se cache une certaine philosophie du monde et de la place que l’on occupe en son sein. Une éthique aussi, qui pourrait se rapprocher de celle d’un Thoreau, pour ne citer que lui.

Il n’y a pas dans Éloge de la cabane de prosélytisme. Il est seulement donner à voir, à attendre et, peut-être, à admirer. D’abord ces cabanes qui sont de véritables chefs-d’œuvre architecturaux quelles que soient leur apparence ou leur état. Elles reflètent toujours « l’âme » de leurs bâtisseurs. En pierre, en bois, végétalisées, de guingois, précaires, primaires ou simples abris pour une nuit, on sentirait presque battre le cœur de ces cabanes. Ce n’est ni de l’évangélisme ni une vision bucolique ni une représentation pastorale enchantée. Les cabanes sont l’expression d’un art de vivre. Elles mettent en adéquation l’Homme avec la Nature. Elles permettent de décupler les sensations, de s’ouvrir à l’environnement et de faire corps avec lui.
Les cabanes ne sont pas des anecdotes. Plus des trois-quarts de l’humanité vivent dans des huttes, des yourtes, des tipis, etc. La cabane au sens large est l’habitat le plus utilisé au monde. L’étonnant est que certains aient pris la décision de s’y risquer et de sortir du schéma classique de la société dite moderne. Plus que d’un rejet, il s’agit d’un besoin de reconstruire — de se reconstruire. La cabane devient alors la colonne vertébrale de ce nouveau corps, de cette nouvelle pensée.
Il ne faudrait pas croire que les habitants de ces cabanes sont des « arriérés », des « asociaux » ou je ne sais quoi encore. Certains étaient enseignants, commerciaux ou autres. Il s’agit en fait d’un choix, en un temps ou choisir n’est plus qu’un acte moutonnier (entre un nouveau téléviseur, une nouvelle bagnole, un nouveau voyage…) et consumériste. Peut-on avancer que ces « nouveaux habitants » sont des audacieux, voire des « héros », au sens où ils ont su faire un choix diamétralement opposé à la doxa et qu’ils ont été jusqu’au bout de celui-ci ?
Bien sûr, rien n’est facile. La vie de tous les jours n’est pas donnée. Elle se mérite. Les conditions de vie sont âpres. La question est de savoir combien de temps ces hommes et ces femmes pourront-ils habiter des cabanes loin de tout, loin de la société du confort et du conformisme ? Éloge de la cabane n’apporte pas de réponse à celle-ci. Et d’ailleurs, est-ce bien nécessaire ? L’aventure est personnelle, la fin de celle-ci le sera sûrement.

Éloge de la cabane est aussi un petit traité de désobéissance civique — chacun, à sa hauteur, désobéissant aux convenances, parfois aux lois sur la propriété, aux dictats d’une société conservatrice et productiviste. Si ces expériences ne peuvent être modélisées, si elles sont fortement attachées à la personne, elles n’en demeurent pas moins un acte de vie et un authentique acte de rébellion.


Éloge de la cabane, de Robert Hunzinger, DVD, éd. Real Productions

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