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CHRONIQUE REVUE
du 3 mars 2010



« Désormais, il [le jardin] est peut-être avant tout un enclos de résistance. Parce qu’il échappe au marché, comme le dit Gilles Clément. Parce qu’on ne peut le consommer et qu’il nous met toujours en présence d’un lieu. »
Voilà ce qu’affirme à juste titre Marco Martella fondateur de la revue Jardins dont le premier numéro, Le Génie du lieu, vient de paraître aux éditions du Sandre. Il ne s’agit pas dans cette revue de nous expliquer comment planter des choux ou semer des haricots, mais plutôt de nous émerveiller d’un Genius loci toujours présent dans nos jardins, quelle que soit sa forme, son état et sa fonction. Revue littéraire et de réflexions qui nous fait partager les expériences, les textes et les propos d’auteurs aussi divers que Sheppard Craige ou Malcolm Chazal. Il y est question d’environnement, de paysage, de jardins, de parc, de vie sociale et de la Nature.

Je retiens pour ma part l’entretien avec Gilles Clément (paysagiste, jardinier et écrivain) : Jardins de résistance. Un échange qui donne lieu à des réflexions sur l’écologie et la résistance à une société technicisée, mécanisée et marchandisée. C’est avec beaucoup de bon sens et de générosité que Gilles Clément nous livre quelques-unes de ses pensées nées de sa fréquentation des jardins et de la Nature.
« Le fait nouveau dans l’histoire de la culture occidentale est, j’en suis convaincu, l’avènement de l’écologie. Vers le milieu du Xxe siècle, l’homme comprend qu’il habite un univers fini, que les ressources naturelles, comme l’eau, sont constamment recyclées et ne sont pas inépuisables. Le monde n’est finalement pas sans limites, il est périssable et fragile. » Qui plus est, l’homme n’a fait que redécouvrir ces notions de précarité environnementale, troublé et trompé depuis la fin du 19e siècle par l’avènement de l’ère industrielle, du capitalisme et du productivisme. Durant environ cent ans, l’homme s’est cru le maître du monde, se détachant de ses racines, s’élevant « hors-sol » pour devenir un consommateur de biens — des biens de la Planète en particulier et des ses ressources naturelles. Avant ça, la société agraire le maintenait les pieds dans la boue et le nez dans les étoiles. L’écologie était une seconde nature qui s’imposait d’elle-même. Il aura fallu un mirage, celui de l’abondance facile et du profit immédiat, pour lui faire oublier qu’il habitait sur une Planète finie dont il ne peut se passer pour vivre.

Toujours Gilles Clément : « L’expression “développement durable” est une absurdité puisque le développement tel que nous le concevons, ne peut être durable. C’est un mauvais oxymore. Alors, vers quel autre modèle aller ? Vers un modèle qui ne verrait pas une prééminence de l’économique sur le politique. […] On a oublié que l’économie devrait être le moyen de faire fonctionner un projet politique. La question qu’il est désormais nécessaire de se poser est : comment faire pour continuer à vivre sur cette Planète ? Comment profiter de la diversité biologique sans la détruire ? » Un questionnement qui est à rapprocher de celui de Jacques Ellul sur le rôle de l’économie (portée sur la vague technologique) et de la coercition dans laquelle elle nous emprisonne chaque jour davantage, au détriment de la politique et de la soutenabilité de nos activités sur Terre.

Encore Gilles Clément : « Aménager un petit jardin utilitaire selon des méthodes biologiques et à l’échelle de l’humain, c’est un geste qui sort du projet politique traditionnel. Et nous avons besoin de symboles forts, capables de parler aux hommes à travers la Planète, de réorienter notre regard sur la nature et sur notre devenir. » C’est exactement cela : regarder ailleurs, changer nos modes de vie, changer de culture (dans les deux sens) et vivre davantage en harmonie avec ce qui est notre seul vaisseau : la Terre.

Jardins est une revue littéraire et, par de nombreux côtés, militante. On ne peut qu’encourager l’initiative de Marc Martella, et reprendre à son compte le propos de Sheppard Craige : « N’importe qui peut apprendre ce respect pour le monde qui l’entoure. Je repense encore une fois au serment du jeune médecin : Ne pas faire de mal. »



Revue Jardins, éd. du Sandre

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