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CHRONIQUE LIVRE
du 26 janvier 2011





« Trois étapes ont marqué le Grenelle de l’environnement. La “naissance” avec la grande négociation initiale sous les feux des caméras en octobre 2007 ; la “vie adulte” avec l’adoption de la loi dite Grenelle 1 aussi littéraire qu’inopérante au premier semestre 2009 ; et “l’enterrement” de première classe avec l’adoption d’une seconde loi en mai 2010 censée être la boîte à outil du Grenelle mais qui s’apparente au contraire à une entreprise d’enfumage-déminage. »
Le Grenelle de l’environnement suscite depuis des années de nombreux commentaires et autres écrits, et souvent sans qu'ils ne soient accompagnés d’éclaircissements ou de données effectives.
Le livre de Stephen Kerckhove (d’autre part délégué général d’Agir pour l’Environnement), Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec, paru aux éditions Yves Michel dans la collection Écologie, vient à point nommé pour nous aider à comprendre en quoi et pourquoi cette manifestation — voulue par un gouvernement dont, et cela ne fait plus aucun doute maintenant, les préoccupations écologiques sont soit électoralistes soit un exercice « d’enfumage » au profit des lobbies de l’industrie — est un échec.
Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec démine le terrain consciencieusement sapé par un Grenelle davantage voué au « bougisme » et la défense d’intérêts privés qu’à la protection de l’environnement. « Le verbiage technocratique qui rythme les deux lois Grenelle ne saurait faire illusion bien longtemps. Reculs sur l’éolien, la fiscalité écologique, les infrastructures de transport, les pesticides, les antennes relais, les déchets, la publicité… la liste des petits renoncements et grandes trahisons s’allonge quasi quotidiennement. »

Dans un premier temps, Stephen Kerckhove s’applique à démonter les mécanismes du Grenelle.
La méthode et le discours : « Les lois sur l’environnement seraient désormais des textes, démesurément gros, afin de les rendre inaccessibles. » Un procédé qui permettait à l’État de noyer ou de perdre dans la masse des dossiers essentiels et sensibles (notamment ceux que les lobbies du nucléaire, de l’eau ou de la pharmacie jugeaient non négociables), alors que souligne l’auteur « la défense de l’environnement doit être une défense systémique, dialectique où chaque recul thématique revient à affaisser tout l’édifice. »
De compromis en compromissions le Grenelle s’est avéré un Cheval de Troie, un moyen d’introduire sous couvert de pragmatisme des mesures nuisibles à l’environnement, mais en revanche bénéfiques aux entreprises les plus polluantes. Les lois Grenelle 1 puis 2 démontrent combien la majorité parlementaire ainsi que l’exécutif sont allergiques à l’écologie et à toutes lois contraignantes — que ce soit sur les transports, les pesticides, le climat, le nucléaire et nombre d’urgences écologiques majeures.

Dans un deuxième temps, l’auteur examine certains dossiers importants. La téléphonie mobile par exemple pour laquelle les lobbies ne sont pas les moins actifs. L’État est pour le moins laxiste devant les énormes intérêts en jeux. Pourtant les questions sanitaires engendrées par les 71 000 antennes relais disséminées partout en France ne laissent pas d’inquiéter : « … l’étude épidémiologique Interphone […] concluait à une augmentation de 40%  des risques de développer un gliome chez les personnes utilisant le mobile de façon durable et intensive (2 heures par mois durant au moins 10 ans)… »
Stephen Kerckhove donnent à méditer sur le sort réservé entre autres au nucléaire, aux nanotechnologies, aux pesticides, à la voiture électrique, à la publicité… autant de sujets que le Grenelle a enfoui sous des « mesurettes » davantage faites pour brouiller l’opinion publique que pour protéger l’environnement — le Grenelle fut un Grenelle du spectacle permanent.

Le constat qui s’impose est que « le Grenelle de l’environnement est une sorte de hamburger politique, formaté pour plaire au plus grand nombre, dont la consistance, le format, la couleur attirent sans pour autant rassasier. »
Stephen de Kerckhove, en conclusion, appelle à la résistance et à une certaine forme de révolte.
Il enjoint à la mobilisation : « Individuelles ou collectives, ces mobilisations débutent par un “non” » et donc « une désobéissance civique qui nous conduit sur les chemins de traverse où l’écologie n’est plus recyclée dans l’eau tiédasse du “développement durable” et autre “croissance verte”. »
Une résistance nécessaire contre une idéologie dominante au pouvoir qui, si elle devait perdurer, rendrait à terme la Planète invivable.
« Face aux crimes contre l’environnement perpétrés par ces destructeurs qui nous dirigent, un seul et impérieux devoir : nous révolter pour ne plus subir ! » écrit Stephen Kerckhove. Bien loin d’être du fanatisme, son appel est la forme de radicalité dont nous avons besoin.
Individuellement et collectivement notre responsabilité est engagée. « L’urgence écologique nous impose de ne plus perdre de temps dans des Grenelles de l’écologie hors-sol dont la vocation première est de reporter à des lendemains qui chantent faux ce que nous aurions dû faire il y a des années. »

Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec vaut par son analyse, son décryptage et son appel à se mobiliser. On ne peut que sortir galvaniser d’une telle lecture, mais surtout motiver pour continuer ou se joindre à l’action pour la sauvegarde de l’environnement — car, en réalité et dans tous les cas, quels autres choix avons-nous ?



Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec, de Stephen Kerckhove, coll. Écologie, éd. Yves Michel

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