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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 30 novembre 2009




« La thèse du livre est que l’homme a intérêt à préserver l’intégrité de la nature, car son bonheur dépend étroitement de l’environnement naturel. »
Dès son introduction, Éric Lambin, l’auteur de Une écologie du bonheur, dans la collection Les essais, des éditions du Pommier, donne la mesure de son ambition. Un peu plus loin, toujours dans son introduction : « De manière générale, tout ce qui relève de la possession matérielle rend moins heureux que ce qui relève de l’expérience vécue… Pour être heureux, suffirait-il de diminuer ses aspirations plutôt que d’augmenter ses revenus ? » On applaudit des deux mains, et on aurait tendance à répondre par l’affirmative à cette question. Vivre léger mais plein de sa propre expérience.
Éric Lambin s’empare d’un sujet périlleux parce que trop souvent rebattu : le bonheur. Mais pas n’importe lequel, le bonheur écologique. L’auteur, à juste titre, propose à l’homme de se retrouver à travers l’expérience de son appartenance au monde naturel. On se pourlèche les babines et on tourne allègrement les pages.

« Il a été montré qu’une perception positive de la nature et de ses bienfaits diminuent l’empreinte écologique de la consommation. »
Il sera beaucoup question de développement durable dans Une écologie du bonheur. Il faut dès à présent, malgré toutes les qualités de ce livre, noter que cette notion de développement durable est d’un flou artistique qui ne permet pas, comme le fait souvent Éric Lambin, de s’appuyer dessus. Qu’est-ce donc ? Plutôt un slogan qu’une réalité. Ne serait-il pas plus juste de parler de développement ou de gestion soutenable (pour la Planète), ce qui permettrait de ne pas penser croissance, profits, bénéfices à tout bout de champ.
Vouloir atteindre le bonheur en réduisant notre poids environnemental comme le propose l’auteur, n’est pas seulement une question de gestion de nos économies marchandes, mais surtout la volonté de moins consommer, de moins polluer, de moins gagner maintenant pour vivre davantage demain.
C’est, je crois, le seul point — la notion imprécise de développement durable — qui dans le livre d’Éric Lambin, m’a posé problème. Tourner en rond autour d’un concept aussi flou que bancal ne favorise pas la compréhension de ce que devrait être l’écologie du bonheur.

« … la moitié des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2)… a pour origine seulement 7 % de la population mondiale, soit les 500 millions de personnes les plus riches de la planète. »
Partant de ce constat, Éric Lambin propose une démarche intéressante : expliquer à ces free riders en quoi la destruction de notre environnement peut leur être néfaste et qu’ils ont, eux dont l’empreinte écologique pèse terriblement, intérêt à contrôler leur rapacité, diminuer leurs besoins et mieux gérer leur rapport à l’écologie.  Si ces 500 millions de « consommateurs/pollueurs » venaient à changer leur fusil d’épaule, la Planète n’aurait qu’à y gagner.
Le bonheur écologique est dans le pré, consomme moins, pollue moins, gaspille moins, le bonheur est dans le près, à portée de main (contine à l'usage des consommateurs).
Une écologie du bonheur peut se lire comme un manuel des dangers potentiels si nous ne respectons pas notre environnement, en commençant par l’exploitation des animaux. Ne serait-ce qu’en en consommant : « Produire 1 kg de viande dans un élevage intensif peut nécessiter de 10 000 à 25 000 litres d’eau par an, selon les conditions climatiques…. À elle seule, la filière mondiale de production de viande contribue pour 18 % aux émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique. »

La santé, on le sait, est l’un des éléments incontournables du bonheur. Les chapitres suivants — hypocondriaques s’abstenir — passent en revue les maladies, virus, microbes et autres joyeusetés que la globalisation des transports, des échanges marchands et du tourisme de masse véhiculent à vitesse grand V à travers le monde. Toujours plus vite et plus loin. Éric Lambin s’inquiète qu’un jour notre insatiable besoin du toujours plus risque de se retourner contre nous, et notamment contre les free riders, ceux qui consomment du voyage et des échanges transnationaux à longueur de temps.
« Les tendances expansionnistes et dominatrices de l’espèce humaine à l’égard des écosystèmes naturels et des espèces animales ont favorisé une interaction croissante entre l’homme et les plus petits membres du monde vivant, les microbes. »
Sans compter les petites bêtes, ces arthropodes qui nous menacent : « Partout dans le monde, l’homme domestique la nature, modifie le couvert végétal, transforme et aménage les paysages pour en tirer une plus grande production… Ces transformations modifient l’habitat des vecteurs et des hôtes animaux, et donc de l’environnement épidémiologique. » Puces, tiques, et autres moustiques finiront bien pas nous manger tout cru.
Plus loin il sera question d’urbanisme, de sécurité et de conflits environnementaux. On le voit Une écologie du bonheur est un livre documenté qui développe une thèse intéressante. Vouloir le bonheur de l’humanité par la pratique de l’écologie et le respect de nos écosystèmes, inciter les plus riches à investir dans la sauvegarde de notre Planète, leur faire prendre conscience de l’intérêt qu’ils ont à préserver le monde naturel, est une approche à creuser et à mettre en œuvre.

Une écologie du bonheur démontre que le bonheur a un rapport direct avec la nature et le lien affectif que nous entretenons avec elle depuis des temps immémoriaux. La détruire, l’exploiter, la soumettre, ce n’est rien d’autre que nous avilir nous-mêmes.


Une écologie du bonheur, de Éric Lambin, col. Les essais, éd. du Pommier 

Pour en savoir plus : http://editions-lepommier.fr


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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