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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 8 juillet 2010




« Le décryptage dans cet ouvrage de différents aphorismes, ineptes le plus souvent, est destiné précisément à permettre à tout un chacun de comprendre comment et jusqu’où sont poussés la politique de l’oxymore et l’usage d’affirmations totalement erronées, mais qui, par leur simplisme, frappent l’esprit, retiennent l’attention et a minima, même chez ceux qui ne tombent pas dans le piège, l’empreinte d’un doute sur la réalité. »
Médisez, dénigrez, accusez, il en restera toujours quelque chose. La manipulation, plus on la reproduit, plus on la répète et plus on la diffuse finit par laisser une trace difficilement délébile. Sorte de contre-publicité dont on tympanise les esprits pour les troubler, mais aussi pour les réconforter dans un mode de penser simpliste et confortable. Les professionnels en la matière sont sans doute les techno-scientifiques, des spécialistes ou pseudo-spécialistes pour qui le progrès, la technique et la croyance absolue dans le génie humain à répondre à toutes les questions et à nous sortir de toutes les impasses servent de méthode Coué et de narcotique à usage collectif.
Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie (et autres tartes à la crème du discours techno-scientifiques) de Corinne Lepage et Jean-François Bouvet, paru aux éditions du Seuil, prend le parti de débusquer quelques uns de ces arguments tendancieux et de les analyser pour ce qu’ils sont : douteux et spécieux — souvent dirigés vers un unique but : la justification de profits économiques colossaux ou de la sauvegarde d’avantages particuliers.

Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie est un de ces aphorismes stupides que reprennent en chœur les tenants de l’industrie atomique pour légitimer le nucléaire civil (et indirectement militaire).
« … seuls dix-huit pays au monde dépendent du nucléaire pour plus d’un quart de leur électricité. Dire que sans le nucléaire, on s’éclairerait à la bougie, c’est donc résolument vouloir nous faire prendre les vessies pour des lanternes » fait justement remarquer J-F Bouvet. Tchernobyl n’a pas suffit. Le lobby nucléariste n’en est plus à une contrevérité prêt pour asseoir son hégémonie. La France exporte son « savoir-faire » à travers le monde, sans complexe et sous l’œil bienveillant « d’amateurs » tel que Claude Allègre dont l’arrière boutique d’une pensée techno-scientifique regorge d’accessoires de prestidigitation et de manipulation à l’usage du citoyen. Comme le rappelle l’auteur, avant l’année zéro du nucléaire (1963), les Français ne s’éclairaient pas à la bougie, semble-t-il…

« Compter sur les OGM agricoles pour réduire la pollution revient à miser sur l’alcool pour améliorer la sécurité routière. »
Les OGM, chacun le sait maintenant, ont été « inventés » pour permettrent à certaines multinationales de l’agrochimie de se bâtir un empire financier et de contrôler par l’intermédiaire des brevets la production semencière mondiale. Le premier OGM que la firme Monsanto a mis sur le marché n’était qu’un moyen de vendre en quantité astronomique son produit phare : le Roundup. Corinne Lepage rappelle, s’il le fallait encore : « La vérité est que ce produit semble extrêmement toxique et dangereux. L’Agence américaine de protection de l’environnement a reconnu la toxicité du Roundup et ses effets nocifs à forte dose (congestion pulmonaire et accélération du rythme respiratoire à court terme, rénaux et effets sur la reproduction à long terme). »
Et à ceux qui assurent que les pesticides sont indispensables à l’agriculture, et qu’ils permettent et permettront de nourrir la Planète, Corinne Lepage rétorque que « l’agrochimie serait aujourd’hui capable de faire aussi bien avec des produits moins toxiques, efficaces à des doses de moins en moins lourdes. » Il en va d’abord de la santé des agriculteurs et de celle de notre environnement, à commencer par la biodiversité. La solution réside assurément dans l’agriculture biologique, la seule qui actuellement répond aux besoins d’une alimentation saine ainsi qu’à la sauvegarde du milieu naturel : « … elle représente même la seule solution acceptable pour permettre l’alimentation à venir de la planète. »

À travers ses nombreux exemples et la mise en exergue d’un certain nombre de tartes à la crème, Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie fait voler en éclat des idées reçues qui ont la vie longue et qui à défaut d’être « honnêtes » se développent, elles, de façon durable.
Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie est un ouvrage simple, facile à lire et qui pourra aider ceux qui sont encore « contaminés » par la pensée techno-scientifique, pour ne pas dire scientiste de quelques hommes médiatiques, qui aidera donc à se forger une opinion.
À un moment de notre histoire où nous sommes confrontés à un bouleversement environnemental (dont nous sommes en grande partie responsable), il est plus que temps faire tomber les barrières d’un obscurantisme mortifère.

Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie (et autres tartes à la crème du discours techno-scientifiques), de Corinne Lepage & Jean-François Bouvet, éd. du Seuil

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