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CHRONIQUE LIVRE
du 26 janvier 2011






« … les émeutes se succèdent. Coupé du monde, le Tibet se replie sur ses plaies, ses prisons sont remplies de moines. Les Chinois, eux, se font photographier devant les symboles tibétains (le siège vide du dalaï-lama, un monument…), à la manière d’un chasseur le pied posé sur son trophée. »
20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités d’Éric Lobo paru chez Romain Pages éditions n’est pas seulement le somptueux livre de photographie d’un globe-trotter à l’œil rivé derrière son appareil, c’est aussi une aventure, au sens premier du terme, et une vision du monde sans concession, critique et ouverte aux autres.

Ce beau livre de presque 350 pages débute par un voyage sur les hauteurs himalayennes et le Ladakh.
Ce qui frappe et émerveille ce sont d’abord les paysages et les scènes de vie, mais surtout les visages des Tibétains, des pasteurs ou de cette rayonnante jeune femme (page 25). Et bien sûr les temples, au sein desquels des moines pratiquent leur religion sous le contrôle des militaires chinois omniprésents.
20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités nous entraîne dans un pays occupé où l’on déploie un thangka  géant (immense tapisserie brodée) le trentième jour du sixième mois à l’occasion d’une fête qui réunit plus de cinquante mille personnes au monastère de Drépung. Une foi qui « contrarie l’occupant. Les Chinois essaient de se rendre maîtres de toutes les fêtes… […] Mais, ignorant le calendrier complet des fêtes tibétaines ainsi que la volonté des moines d’en organiser, certaines leur échappent. »
Le Tibet est un pays occupé et meurtri par la Chine et son gouvernement. Mais voilà, dans une société de libre échange et de commerce international dérégulé, il convient de fermer les yeux et de vendre des centrales nucléaires plutôt que d’aider un peuple et de dénoncer l’impérialisme chinois — business is usual.

Eric Lobo photographie, prend des risques, montre culte, danses sacrées et parle de religions, d’oppression et de résistance.
Ces photographies ressortent à la fois de l’art et du reportage, de la beauté et de la chronique sociale et politique. Le regard du photographe est avant tout humain. Sa précision et son habileté à saisir les expressions, les lieux et les atmosphères font de chacune de ses photographies des histoires à part entière.
Après la découverte du Tibet, vient ensuite la richesse ethnographique avec le Myanmar, le lac Inlay et la plaine de Bagan. Les photos de l’auteur nous accompagnent et nous permettent d'appréhender un autre monde, une autre manière d’aborder l’existence, comme cet enfant endormi sur la poitrine de sa mère (page 173) ou ces agriculteurs
au travail (page 179)  ou encore cette famille de palaung dînant à la lueur d’une bougie (page 190 & 191).

Le dernière partie de 20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités traverse la jungle indonésienne. Elle nous fait rencontrer des hommes fleurs dans l’archipel des Mentawai tel que « Bai Teu Rotchak [qui] gratte le sol et retourne les galets de la rivière à l’aide de la suba, une épuisette triangulaire, pour capturer la petite crevette… » (page 238).
Ce que l’on remarque immédiatement c’est la beauté de ces hommes et de ces femmes. La profondeur de leur regard, comme s’ils allaient à l’essentiel d’une vie certainement dure et que nous, occidentaux, aurions, je crois, du mal à « maîtriser ».
Pour finir la "ballade" : la Jungle de l’Irian Jaya et les esprits des hautes et basses terres.
On ferme le livre avec une seule envie — recommencer le voyage.

20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités est un ouvrage magnifique, étonnant et révélateur d’une autre civilisation.
Nous ne sommes pas seuls au monde. Notre modèle dominant n’est pas LE modèle. Vouloir l’imposer ou réduire des peuples entiers à notre vision « globale » et normalisatrice est une aberration.

 

20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités, de Éric Lobo, chez Romain Pages éditions

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