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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 2 novembre 2009




Bonnet de lutin violet sur la tête. Echarpe jaune autour du cou. Veste kaki sur le dos. Jean et chaussures de marche. Canne en bois. Un vieil homme, 86 ans, marche dans le désert mauritanien. Région d'Adrar. Il est à la recherche d’une météorite extra-terrestre géante. Il se nourrit de dattes, de thé, de raisins secs... Il dort dans un sac de couchage à même le sol, dans le sable qu’il a creusé. On le retrouve juché sur un chameau, assis sur une peau de chèvre, ballotté d’avant en arrière. Méharée lente, pénible. Le vent, les dunes de sable mou, les cailloux, le soleil, les puits à sec.
En 1987, l’homme part seul avec son guide et des touaregs. Il cherche sa météorite à l’est de Chinguetti, ancienne cité caravanière convertie aujourd’hui en point de départ de randonnées dans le désert. Le vieil homme affronte le désert. Patiemment. Lentement. Dans un monde où la vitesse contraint à ne plus rien voir que superficiellement, le vieil homme, lui, chemine au pas des vaisseaux du désert. Il regarde. Le vieil homme est un « voyant ». Il prend le temps quand nous cherchons à le gagner, en vain. Sa lenteur est sa force. Un long périple d’où il rentre bredouille, mais riche de mille et mille observations, récoltes et méditations.
Décembre 1988, le revoilà dans le désert Mauritanien. Direction l’ouest  de Chinguetti cette fois-ci. Son fils l’accompagne. Le vieil homme a 87 ans. Il a pratiquement perdu la vue, ce qui ne l’empêche pas de marcher des kilomètres et des kilomètres durant à travers un désert de pierres aride. La météorite géante, son Graal, est encore l’objet de sa quête. Bien que pour le vieil homme cet objet ne soit qu’un prétexte. Et toujours les chameaux, bêtes parfois récalcitrantes sans qui la traversée ne serait pas possible. 45 kilomètres de lutte pour une conquête. Et puis, enfin, à l’horizon…

Ce vieil homme, c’est Théodore Monod. Un savant comme on l’entendait autrefois. Ses connaissances en sciences naturelles sont encyclopédiques. Sa foi, son savoir multiple, son humanité, ses convections font de ce vieil homme un être à part. Karel Prokop l’a filmé durant ces deux derniers périples dans le désert mauritanien. Les films documentaires qu’il en a tirés sont aujourd’hui disponibles : Le vieil homme et le désert, édités par l’INA.
L’intérêt de ces documentaires ne résulte pas tant de la quête de Théodore Monod — la fameuse météorite de Chinguetti —, que de l’homme lui-même, de son quotidien, de sa pensée et de sa façon d’aborder la vie. Karel Prokop filme le vieil homme caméra à l’épaule. Il le suit dans sa longue marche, dans les préparatifs des voyages, dans son rapport aux touaregs, au désert, à la nature. Il ne faut pas chercher l’extraordinaire ou le scoop dans ces documentaires. Ce sont des moments d’intimités passés avec un homme hors du commun.
Théodore Monod est un pasteur, au sens où il montre le chemin, la route à suivre. Tout au long de sa vie il sera un fervent défenseur de la Nature, de la cause animale, de l’humanité (se battant sans relâche contre sa barbarie). Antinucléaire convaincu, contre les armes de guerre, il militera pour un avenir pacifique de l’humanité ; il ira, avec raison, jusqu’à demander le remplacement des paroles de la Marseillaise, raciste et guerrière —  "… qu’un sang impur ( ?) abreuve nos sillons ( ?)". Si certains pensent que Théodore Monod était un utopiste, ils se trompent. Ce vieil avait une vision panoramique, érudite et sage du monde. Théodore Monod était un explorateur des consciences. Il fut et reste un exemple et un incitateur, un brasseur d’idées, un des premiers à s’intéresser à l’écologie, à notre environnement et à l’avenir de la Planète.

Le vieil homme et le désert nous permet d’approcher Théodore Monod dans le quotidien de sa pratique de la science. Marteau de géologue à la main, courbé, attentif, concentré, le vieil homme casse des cailloux, observe, commente, découvre, récolte, vit. Constamment sur le qui-vive, prêt à toutes les expériences, ouvert sur le monde et les autres, Théodore Monod, outre son immense intelligence et son insondable savoir, est avant tout un homme. Facétieux. Ronchon. Pressé. Actif. Heureux, jusque dans l’échec. Mais surtout conscient. Peut-être est-il l’homme le plus conscient du 20e siècle. Celui qui aura su conjuguer foi, amour, recherche et humanité. Un petit bout d’homme tellement grand, tellement beau dans sa quête qu’on se sent minuscule à son contact.

Le vieil homme et le désert de Karel Prokop est une petite merveille, un bijou précieux qu’on voudrait partager autour de soi. Après avoir vu ces deux documentaires, étrangement, on se sent regonflé à bloc. Un cœur plus gros, comme si le vieil homme et le désert nous avaient fait découvrir un champ nouveau d’exploration — nous-mêmes au sein de l’Univers.
À voir. À méditer.

Ps : À remarquer l’effort de l’INA pour l’utilisation d’encre à base d’huile végétale sur du papier 100% recyclé pour son packaging. Une initiative dont devraient s’inspirer d'autres éditeurs de DVD.


Le vieil homme et le désert (Théodore Monod), DVD + livret, packaging écolo, éd. Ina

Pour en savoir plus : http://www.ina.fr



Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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