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CHRONIQUE REVUE
du 17 mars 2010




« Que penser des masses aujourd’hui ? Que penser de leur “mécanique mentale” ? Si l’on admet que ce sont avant tout des hommes dont les valeurs sont menacées, dont l’état crépusculaire quotidien engendre un sentiment envahissant de panique, qui sont le plus rapidement et avec le moins de résistance de leur part, saisis par une folie collective […], ne sommes-nous pas conduits à penser que les troupeaux de lyncheurs et de pogromistes sommeillent dans tous les lieux de massification à l’heure où de multiples “crises” angoissent l’individu et le font désespérer de l’avenir ? »
La revue semestrielle Mortibus, au sous-titre singulier et évocateur de Critiques du capitalisme incarné, s’attaque dans son numéro 10/11 aux masses (Masses & moi). Plus de 500 pages d’analyses et de textes pertinents, décapants, profonds, ravageurs et parfois complexes, qui ne laissent pas indifférent le lecteur. Le type de revue qu’on ne lit pas d’un trait et sur laquelle il faut sans cesse revenir.

Réunissant un grand nombre d’auteurs, qu’il serait trop long de tous citer ici, Mortibus réussit le pari de l’homogénéité. Chaque morceau s’avère être une plongée en profondeur dans la masse (les masses) et une étude au scalpel de ses affects et de ses dimensions. Abordant un éventail de points de vue qui — s’ils ne sont forcément pas exhaustifs représentent un échantillon savant et significatif — manipulent le masses sur le fil des rasoirs sociologiques, psychologiques ou encore d’humeur, Mortibus parvient à nous immerger dans la masse et à en extraire la substantifique moelle : L’individu dans la masse ; Masse, peuple, populace, meute ; Masses saines, masses pathologiques ; Démocratie de masse ; Manipulation et impuissance des masses ; Masses et espace ; Masses, psychologie de masse et capital ;  Culture de masse, idoles de masse, culte de masses ; etc.

Je retiendrai pour ma part, parmi les nombreuses contributions et sans en exclure une seule (toutes étant, à leur niveau, excellentes), celle de Fabien Ollier, intitulé : Le corps sportif : une masse de corps pour un corps de masse. Un texte que j’aurais aimé avoir écrit tellement il représente à la virgule prêt ce que je pense à ce sujet. Un texte acéré et d’un humour ravageur, dont l’analyse dissèque les corps sportifs et les masses agglutinées autour de ces « corps de boucherie ». Un texte qui déplaira aux masses stadistes des « gnous » et autres « aurochs » beuglant ou « shootés » de sport.
« Le sport est au contraire une stratégie de développement de la mort dans la vie, de la barbarie, de la brutalité et de la bêtise. […] … les mots de la raison critique se heurtent bien souvent à un bloc d’irrationalité agressif. D’où les réactions violentes, très violentes envers la critique du sport et envers ceux qui l’énoncent. » Essayez donc de convaincre un fanatique de club de l’inanité de son comportement hystérique sans risquer le « coup de boule » ou l’injure postillonnée.
Le sport s’avère être « aujourd’hui comme un gigantesque laboratoire de supersouris, une fabrique transnationale de bêtes à record surdimensionnées et d’idoles de masse au superlatif… » Le sport, même amateur, n’a plus rien à voir avec une éducation physique mais davantage avec un enrôlement et une marchandisation des esprits et des corps. Cette course insensée aux records (à n’importe quel prix humain) et au "toujours plus" est bien l’image nauséabonde d’une société productiviste et mercantile, qui transforme les corps citoyens en masses toutes assujetties à la même et insane idéologie de la compétition à outrance.

Mortibus est une revue radicale — ce qui ne veut pas dire fanatique. Elle est certainement un repère, une bouée dans la mer des conformismes contemporains. Une revue pour ceux qui désirent lire et comprendre entre les lignes du quotidien.
« Mortibus, farceuse et ironique dans le nom qu’elle se donne pour comprendre et dénoncer les productions d’une société mortifère, […] propose de donner la part belle à la raison émouvante, critique et dialectique ainsi qu’à l’embrasement des libres possibilités des vivants ! »

Une belle, intelligente et jouissive revue.



Mortibus (Masses & moi, N° 10/11), revue, Association Mortibus

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